mercredi 31 mars 2021

Trois jours dans la vie d'un yakuza de Hideo Okuda

Junpei Sakamoto est un jeune homme de vingt et un ans devenu yakuza un peu par dépit.

Il nous promène à ses côtés au coeur de Kabukichô, quartier chaud et particulièrement connu pour sa vie nocturne. Ce quartier tokyoite est le repaire de nombreux clans yakuzas. 



Junpei travaille pour le clan Hayata, dont le boss lui donne une mission particulière : devenir porte-flingue. En d’autres mots, le boss commandite le meurtre d’un yakuza ennemi, et Junpei, jeune et fringant sans casier est l’heureux élu. 


Avant d’accomplir sa mission et de se rendre à la police pour meurtre (il encourt au moins dix ans), on lui donne quartier libre pour le week-end. Pour la première fois Junpei se retrouve avec de l’argent et du temps à lui. 


De pérégrinations en rencontres Junpei va découvrir une vie qu’il ne pensait pas connaître, des êtres qu’il ne pensait pas apprécier… Bref ces trois jours sont l’occasion de réaliser à quel point il n’est pas seul et comment la vie peut être belle quand on prend le temps de la vivre. 


Au fil de rencontres parfois surprenantes — ma préférée étant celle avec le vieux professeur Nishio — Junpei va grandir et nous avec lui. 


Trois jours dans la vie d’un yakuza ne ressemble en rien à l’idée que l’on se fait du crime organisé au Japon. Junpei n’est pas tatoué et il n’a pas l’état d’esprit d’un mafieux. En réalité Junpei est un gamin lambda, sans argent et sans famille il a rejoint les yakuza pour gagner les deux, mais il n’est pas un truand. Au contraire il tente de défendre la veuve et l’orphelin ce qui le rend rapidement attachant. 


Les gens comme moi n’ont pas le choix. Je ne pouvais pas faire d’études, ma famille était pauvre, je n’avais pas de relations. En restant honnête, on se fait piétiner. Alors qu’un gangster n’a besoin que de sa cervelle pour gravir les échelons.


L’immersion au coeur de ce quartier du pays du soleil levant est dépaysant, on a envie d’entrer dans tous les petits restaurants typiques, de manger des grillades ou des sushis. 

On a envie de demander à Junpei s’il est sûr de son coup parce qu’après, il ne peut y avoir de retour en arrière. 


J’ai beaucoup aimé ce roman en grande partie parce qu’il ne ressemble pas à ce à quoi je m’attendais. L’auteur a tenté le pari de donner une autre image des yakuzas, non plus celle d’une pyramide organisée et prospère, mais un groupe où le mensonge est roi, où les grands se servent des petits sans vergogne pour atteindre leurs objectifs. 


Le monde des yakuza ne fait pas rêver, ou plus rêver je ne sais pas. C’est un monde à part et en même temps il semble bien ancré dans la société, si bien qu’on comprend qu’être yakuza c’est pour certain la seule option possible (parce qu’à l’instar de Junpei, on est sans argent ou sans attache). 


J’ai aimé cette immersion dans ce quartier japonais qui ne dort jamais. J’ai aimé faire la rencontre de Junpei et découvrir par ses yeux le Japon tel qu’il existe pour ceux qui ont les moyens de le découvrir. 


Trois jours dans la vie d’un yakuza est une excellente immersion au coeur de Kabukichô. La seule fausse note à mon sens c’est l’usage du forum internet pour discuter de si oui ou non Junpei doit accomplir sa mission. 

J’ai trouvé ça parfois amusant et parfois franchement inutile même si je comprends la démarche. 


Le monde yakuza apparaît d’une certaine façon en décalage avec le monde actuel, avec ses codes erronées et sa confiance bafouée, on comprend notamment grâce aux messages sur le forum que la jeunesse ne voit pas d’un bon oeil la mafia. 


Roman d’apprentissage sur la difficulté d’exister et de trouver sa place dans la société, Trois jours dans la vie d’un yakuza est surprenant. 


À lire pour celles et ceux qui s’intéressent au Japon et plus particulièrement à la désacralisation des yakuzas. 


Traduit par Mathilde Tamae-Bouhon aux éditions de l'Observatoire. 









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