dimanche 7 mars 2021

Rêves oubliés de Léonor de Récondo

« La nostalgie et l’ennui entrent lentement dans le coeur de cet homme dont la vie n’avait, jusque-là, jamais été bousculée. Le destin l’ébranle à l’hiver de ses jours, alors qu’il pensait se reposer tranquillement sur les quelques lauriers qu’il avait patiemment amassés. »

Léonor de Récondo est une auteure que je souhaite découvrir depuis je ne sais même plus combien d’années. Depuis la sortie d’Amours je crois. Depuis 2015 donc.




Au fur et à mesure de mes flâneries en librairie de seconde main, je suis tombée sur Amours (que l’on m’a offert en 2017 si je ne m’abuse), puis Pietra Viva, puis enfin Point cardinal

J’avais très envie de les lire, mais il fallait d’abord que je me procure le premier, celui écrit en 2012 et qui, dans ma tête, lance les hostilités (tu sens la torture cérébrale un peu !). 


Dites, vous aussi vous avez ce même problème de devoir presque suivre l’ordre chronologique de parution d’un auteur que vous pensez que vous allez adorer ? 


Quoi qu’il en soit je trouve miraculeusement Rêves oubliés, à croire qu’il m’attendait sagement. 

Reçu le 15, entamé le 16, quoi de plus normal. 

Entamé le 16, terminé le 16. 


Rêves oubliés c’est l’histoire d’une famille, celle d’Aïta (le père) et Ama (la mère), juste après le début de la guerre d’Espagne qui déchirera le pays de 1936 à 1939. 

La famille est contrainte de fuir en France, sous peine d’être, comme les oncles, arrêtée et mise en camp. 


Rêves oubliés c’est un roman intimiste, court et puisant sur la contrainte de l’exil, sur l’amour des êtres pour leur pays. 

C’est l’histoire d’une émigration, d’une envie d’être accepté malgré les différences comme la langue. 


Rêves oubliés nous raconte les difficultés de vivre d’Ama dont une des principales occupations étaient de choisir les bijoux qui pareront sa peau et se marieront avec ses belles tenues. Forcée de tout abandonner précipitamment, Ama devient une véritable femme au foyer chargée de nettoyer le logis, de laver les vêtements…

L’arrivée de Franco au pouvoir a bouleversé le quotidien de ce foyer et de milliers d’autres, Rêves oubliés est l’inscription d’une seule famille dans cette douleur qu’est le déracinement. C’est l’impossibilité de retrouver les lieux qui faisaient les joies, les habitudes. C’est la compréhension de se dire qu’on mourra ici, mais sans attaches comme le souhaite Ama.

« Elle a gardé mon coeur et depuis, Ama, je ne respire plus que son parfum, que l’immensité de son regard perdu. Mon corps s’est rempli de son absence. 

Nous ne nous reverrons sans doute jamais. Pourquoi en serait-il autrement ? Pourquoi, alors que nous traversons ce temps où s’aiguise la haine, l’amour prendrait-il sa revanche ? »  


Ama et Aïta sont forts, glorieux. Ils sont prêts à tout pour continuer à vivre tant qu’ils sont ensemble. Le premier chapitre pose très vite l’état d’esprit dans lequel les protagonistes vont se trouver, à cheval entre peur et espoir, entre détermination et impossibilité. 

Il ne sera jamais possible de retourner en arrière et de retrouver tous ces trésors perdus que sont leur vie d’avant. La seule route possible c’est celle de la campagne française, le moyen de vivre convenablement à l’abri des regards, à l’abri de cette haine, de ces guerres qui s’enchaînent et brisent toujours plus de vie. 

À l’image de Sébastian, l’un des frères d’Ama, revenu d’un camp de travail et pourtant détruit par ce qu’il a dû y abandonner. 


Rêves oubliés est un court roman qui se lit d’une traite. Une immersion dans l’intimité de ce couple qui est prêt à tout pour garder la tête hors de l’eau, pour éduquer leur trois fils et d’en faire des hommes. 

La guerre d’Espagne est présente au début, c’est ensuite au tour de la Seconde Guerre mondiale. Puis, une fois le danger repoussé, une fois la tranquillité revenue, le pire survient…


Rêves oubliés est un petit coup de coeur, une lecture passionnante et parfois déchirante sur l’Histoire et ses petits drames personnels. 


« Aïta a la force du présent. Il déracine d’un coup de pioche les mauvaises herbes et le passé. Rien de tout cela n’existe. Les instants se nouent les uns aux autres jusqu’à ce que le fil s’épuise. »    







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