samedi 22 septembre 2018

Le Coin des libraires - #112 Le château (#1 trilogie des Ferrailleurs) d'Edward Carey

Le château, publié en 2013 en Angleterre et en 2015 en France, n'est autre que le premier volet de la trilogie des Ferrailleurs, écrite par Edward Carey.

Cette trilogie m'a fait de l'oeil pendant un bon bout de temps, mais j'attendais la sortie en poche du troisième tome pour me plonger dedans - on retrouve l'éternel problème de l'attente entre les tomes sinon. 
Cet auteur m'était inconnu jusqu'à ce que je tombe un jour sur cette couverture gothique, aux allures steampunk. N'étant pas une grande professionnelle de ce genre, je ne sais pas grand chose dessus si ce n'est que les récits steampunk se passent généralement aux XIXe siècle et mettent en scène un monde qui aurait pu être le nôtre, du moins, qui a pour point de départ un événement historiquement "réel" pour construire autour un monde tout à fait imaginaire. 

Petite parenthèse : pour celles et ceux qui s'y connaissent dans ce genre, n'hésitez pas à me dire si mon semblant de définition est véridique, et pourquoi pas me donner quelques titres, je pense évidemment aux récits steampunk que vous considérez comme la base - merci d'avance ! 


Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…

Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…

Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur. Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.



Avec Le château, j'ai fait l'expérience du mauvais moment de lecture. Vous savez, c'est ce moment où vous commencez un livre qui vous fait vraiment envie, mais que ce n'est pas la bonne période pour le lire. Dans le sens où la seule chose que vous souhaitez faire, bah c'est le strike, mais que c'est juste impossible. 
J'avais mes examens qui commençaient quelques jours plus tard lorsque j'ai commencé ce livre. Malgré ça, malgré le manque de temps, je l'ai dévoré. C'était trop dur de le refermer, de le continuer plus tard. J'ai fait une pause au pire moment pour pouvoir me consacrer à ce roman et qu'est-ce que c'était bon ! 

On suit donc deux personnages, Clod(ius) Ferrayor, gringalet et bizarre, mais membre de l'illustre famille des Ferrayor. Je dis illustre parce que cette famille est littéralement la reine du pétrole, elle vit dans un château à l'abri de la misère, du désordre et de la crasse du dépotoir, elle mène grand train quand on voit la vie des autres. 
Mais voilà que Clod n'a pas grand chose pour lui, en plus d'être un peu moche (il suffit de voir son visage sur la première de couv'), il est apparemment doté d'un don un peu étrange. Ce don, c'est celui de pouvoir entendre les objets donner leur nom, du moins, donner des patronymes. 

Le deuxième personnage n'est autre que Lucy Pennant, une fille un peu malchanceuse, une ado qui a perdu ses parents, s'est retrouvée à l'orphelinat et est destinée à passer sa vie dans la décharge en gros. Mais c'est sans compter sur un évènement, une petite erreur qui changera radicalement son quotidien. 

C'est par le biais d'une narration alternative que l'on apprend à connaître ces deux personnages opposés l'un de l'autre, mais très attachants dans leur manière d'être. 
Même si le gros point fort de ce volet est l'atmosphère, l'univers de l'auteur, les personnages ont aussi une place très importante dans mon appréciation. Si j'ai trouvé l'univers si abouti, si fantastique, c'est grâce à Clod et Lucy, qu'on se le dise. 


Le château d'Edward Carey, éditions Livre de poche.


Sans entrer dans les détails, il me faut souligner la créativité de l'auteur, vraiment, chapeau bas. Ce monde fantastique qu'Edward Carey a crée est absolument formidable, il est pensé du début à la fin ; il est crédible
Mais le tour de force, c'est que l'auteur parvient à rendre un monde imaginaire crédible alors que le seul lieu auquel nous avons accès dans ce premier tome, et bien comme son titre l'indique, c'est le château. La carte du château en début de volet est à cet égard très précieuse, car au fur et à mesure de la lecture, on va se perdre dans ses étages, dans ses recoins, ses cheminées comme ses greniers, bref, le château va être disséqué. 
On a donc le sentiment d'un atmosphère suffocante, poussiéreuse, pleine de suie et noirâtre, etc. seulement par le biais de la description du château. Lieu qui, comme je le disais plus haut, représente le prestige des Ferrayor et aussi la différence entre cette famille, et le reste de la population. 

C'est donc grâce à des descriptions très précises si j'ai pu entrer dans l'histoire aussi rapidement - attention, je ne veux pas dire qu'il y a trop de descriptions, Edward Carey n'est pas Flaubert ! 
Dès les premières pages j'étais partie et c'est vraiment quelque chose que j'adore : entrer dans un livre comme si on le connaissait déjà, découvrir une histoire tout en ayant l'impression d'être familière avec celle-ci.



Tout était réunit pour me plaire : un univers recherché et passionnant, des personnages attachants (peut-être parfois trop stéréotypés, surtout pour Clod, incarnant le vilain petit canard, le garçon boiteux de la grande famille respectée que représente les Ferrayors et qui se révèle finalement bien plus capable que tous les autres...) et intéressants. 
Même la mise en page m'a plue, le fait d'avoir le portrait d'un personnage ou d'un objet dont il sera question dans le chapitre à venir m'a séduit. 

Avec ce premier volet Edward Carey m'a montré son talent d'illustrateur et de romancier, il a su me passionner avec ce tome un qui se lit avec une rapidité folle. 
Le château est donc de bon augure, il donne envie de se faire le deuxième tome dans la foulée. Malheureusement, ça n'a pas été possible, mais ce n'est que partie remise ! 


"J’étais comme abandonnée, jetée, rejetée, évacuée, déchargée, tombée dans un grand trou. Petite. Toute petite. Consciente alors de ma petitesse dans ce froid obscur, consciente que je ne deviendrais jamais grande. Une miette. Une écharde. Un objet perdu. Une petite chose perdue. C’était ça. Quelque chose comme ça, mais on n’y est pas encore tout à fait : cela ne suffit pas à décrire ce que je ressentais. Être seule dans la décharge, c’est comme être mort, absolument mort, disparu, foutu, à jamais oublié de tous, une existence enterrée, inconnue sur Terre. C’est comme ça. Sauf que tu es en vie, me dis-je, sauf que tu respires, sauf que tu es là dans ce lieu sans vie, en vie avec toute cette mort qui frissonne autour de toi, au-dessus de toi, cette mort en remous."
Edward Carey, Les ferrailleurs I - Le château.




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