mercredi 17 février 2021

La Voix des vagues de Jackie Copleton

9 août 1945, Nagasaki 


Pendant longtemps je culpabilisais parce que, quand je lis sur la Seconde Guerre mondiale, je lis toujours sur les camps, la situation en Allemagne, l’Occupation en France. Mais jamais sur les bombes atomiques lâchées à Hiroshima d’abord, à Nagasaki ensuite. 



Je n’ai pas d’explication à donner à cette lacune si ce n’est que je ne trouvais pas vraiment de livres qui donnaient suffisamment envie — si vous avez des titres, je suis preneuse ! 


Tout ça pour dire que j’ai fini l’année 2019 avec ce cadeau, La Voix des vagues de Jackie Copleton et alors je me suis dit que c’était un signe. 

L’auteure n’est pas japonaise mais elle a vécu et enseigné à Nagasaki durant des années donc c’est tout comme. 

D’ailleurs j’ai aimé l’inclusion d’un mot japonais accompagné de sa traduction en tête de chaque chapitre. C’est une plongée au cœur de la culture japonaise, de leur façon d’être ou de se représenter les choses. 


À titre d’exemple


« Kodakara : comme le dit un poète japonais du VIIIᵉ siècle, il n’est pas de trésor plus précieux que les enfants. Selon les croyances populaires japonaises, les enfants sont des cadeaux du paradis, et ceux qui sont âgés de moins de sept ans méritent une attention particulière. Ces croyances ont une profonde influence sur leur éducation, avec pour résultat une relation étroite entre mère et enfant. »


Le roman débute bien des années après la catastrophe, nous sommes aux États-Unis et une femme âgée, Amaterasu Takahashi voit un homme apparaître sur son perron. Il déclare être son petit-fils, Hideo, présumé mort à 7 ans le 9 août. 


S’ensuit un retour en arrière, une plongée dans le Nagasaki d’avant avec de belles descriptions pour célébrer la beauté d’une ville qui finira en cendres. 

On fait la connaissance d’Amaterasu plus jeune, avant même qu’elle ne rencontre son mari, son roc, Kenzo, avant même qu’ils aient une fille, Yuko, et avant même que celle-ci donne naissance au petit Hideo. 


Fragmenté, enchâssé, le récit qu’on nous délivre recolle au fur et à mesure toutes les pièces du puzzle pour donner à voir un plan d’ensemble. Pour expliquer comment on a pu en arriver là, comment sa fille Yuko, infirmière, a pu se retrouver dans le secteur où la bombe a tout annihilé sur son passage. 


Entre culpabilité, haine et regrets, Amaterasu, devenue vieille femme est petit à petit grignotée par son passé ; elle qui a perdu son mari, elle qui doit vivre dans un pays qui n’est pas le sien. 

Voilà quasiment 40 ans que les faits se sont produits et Amaterasu, terrassée par le chagrin, dévorée par l’alcool qu’elle s’enfile pour oublier son déchirant passé, n’est pas prête à remettre en question ses convictions. 


Non, Hideo est mort, non il n’a pas pu survivre. 

Kenzo et elle l’ont recherché mais on leur a dit que de leur fille, de leur petit-fils, il ne restait rien. Ils ont disparu voilà tout.


La venue d’Hideo remet évidemment en cause toutes ses croyances. En refusant d’accepter cet homme sans mémoire comme son petit-fils, Amaterasu pose la question du pardon. D’un pardon qui est un voyage, un pardon qui ne s’accorde pas aisément. La Voix des vagues tente de redonner une voix à ces êtres qu’on a cru disparu, illustre par le biais d’une histoire familiale, l’horreur vécue ce fameux 9 août. 


Cette chose atroce, inhumaine que les japonais nomment « Pikadon ». Jackie Copleton en use souvent pour nommer le bombardement mais ne sachant pas exactement ce que ça veut dire j’ai trouvé qu’il s’agit d’une alliance entre Pika (pour les connaisseurs de Poké, pas besoin de vous expliquer que ça signifie « étincelle ») et Don qui veut dire « boum ». Littéralement : étincelle et boum. Je pense que la force d’évocation suffit à elle-même… 


Le seul bémol selon moi c’est l’omniprésence de l’histoire intime qui prend le pas sur l’histoire du bombardement de Nagasaki. 

Je trouve que les pages où se passe le bombardement sont exceptionnelles de réalisme. La fuite du temps qui semble comme bloqué, cette poussière, cette destruction massive, tout y est et pour le coup ouais, c’est extrêmement bien écrit. 

Mais les pages concernant Amaterasu et Sato, mouais bof. Je comprends l’intérêt de cette relation, notamment par rapport à l’idée du besoin de pardonner à autrui pour continuer à vivre et ne pas finir comme une coquille vide, morte à l’intérieur. Mais ça m’a bien moins intéressé parce que je le lisais vraiment pour découvrir le déroulé de cette journée noire… 

Au-delà de ça j’ai aimé cette lecture, je l’ai trouvé intelligente, sensible, j’ai aimé cette attention donnée aux coutumes japonaises, à leur tradition, etc.


La Voix des vagues est un très bon premier roman, on sent l’attachement de l’auteure pour le Japon et en particulier pour Nagasaki. D’ailleurs à ce sujet, dans ses remerciements, elle déclare : « La Voix des vagues est mon remerciement le plus sincère aux gens de Nagasaki, pour la gentillesse et la générosité dont ils ont fait preuve à mon égard, pour leur compassion et leur dignité face à une inimaginable tragédie et pour le message de paix qu’ils continuent à envoyer au monde. Plus jamais ça. »


C’est bien ce qu’on espère. Ce plus jamais. 


La Voix des vagues de Jackie Copleton traduit de l’anglais par Freddy Michalski, éditions Pocket collector. 







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