mercredi 24 février 2021

La Dame en blanc de William Wilkie Collins

 « Nos mots sont des géants quand ils nous blessent, des nains quand ils doivent nous servir. »

Le nom de William Wilkie Collins vous est vaguement familier ? ou au contraire complètement inconnu ? 

Sachez que cet homme, ami de Dickens — qui, au passage, aurait rêvé pouvoir écrire The Woman in White — était très populaire de son vivant. Avec quelque chose comme une cinquantaine de romans à son actif, Wilkie Collins fait partie de ces écrivains peu à peu tombé dans l’oubli. 


Excepté pour un titre, encore plébiscité aujourd’hui : La Dame en blanc





Publié en 1860 le roman se lit comme un thriller contemporain. À deux trois éléments près, l’histoire n’a pas pris une ride et c’est avec un plaisir coupable qu’on s’enfonce dans les malheurs du dessinateur Walter Hartright. 


La construction du roman paraît sans doute banal aujourd’hui. Mais le choix d’impliquer divers narrateurs, quasiment tous les personnages en fait, de leur laisser la parole afin de dévoiler une parole qui se veut la plus vraie possible, devait être un sacré tour de force pour l’époque ! 

Ainsi on s’immerge dans l’histoire avec Hartright, dessinateur talentueux mais faisant partie du petit peuple puisqu’il n’est pas un noble. 


Et au fur et à mesure les narrateurs vont se multiplier si bien que peu importe le rang, le métier, chaque témoin a sa place — c’est le cas d’une cuisinière par exemple. 

Ce choix, d’entrée de jeu, de se donner pour objectif d’aller au plus près de la vérité, d’éviter les discours rapportés pour s’intéresser uniquement au témoignage entraîne dans le mystère que met en scène le roman. 


Le suspense distillé tout au long de l’oeuvre est parfois insoutenable. Le roman fait plus de 650 pages et pourtant durant la majeure partie, j’avais peur à toutes les pages de voir un protagoniste mourir, d’être prise au dépourvu et d’être témoin d’un meurtre atroce. 

Nos nerfs sont malmenés de bout en bout et je crois que j’ai rarement ressenti ça avec une telle intensité. 

L’atmosphère étouffante, anxiogène même, et couplée avec la richesse des personnages, tous différents et tous plus ou moins méprisables, entraînent une hésitation, une oscillation entre ce qu’il va réellement se passer et ce dont le lecteur pense (ou redoute). 


L’appréhension ne cesse de monter, bien qu’on comprenne de plus en plus où l’auteur veut en venir. 

C’est prenant parce qu’à mon sens ça a superbement vieilli. 


L’élément qui m’a le plus chiffonné, c’est les remarques de Marian au sujet des femmes, sorte de trahison envers son sexe. Mais Marian ne pourrait pas être plus forte, plus féminine ! 

C’est mon personnage favori de l’oeuvre parce qu’il est d’une telle force ! Et c’est pour cette raison si mon seul bémol est de ne pas avoir découvert plus de passages de son point de vue. 


Wilkie Collins est parvenu à écrire un chef-d’oeuvre du suspense avec une enquête construite et dont toutes les ficelles sont maîtrisées jusqu’à la dernière. 

Je suis ravie d’avoir enfin découvert ce roman, de pouvoir vous en parler parce qu’il est une lecture formidable, une lecture qui devrait ravir tous les fans de thriller ou de roman policier. 


Si vous connaissez d’autres titres qui méritent le détour je suis preneuse !! 


Le souvenir du passé, la pensée de l’avenir étaient ensevelis dans ce cadre trompeur, bercé par le chant de sirène que mon coeur se fredonnait à lui-même, les yeux clos devant le danger, les oreilles fermées aux avertissements de la prudence, j’approchais d’heure en heure du rocher fatal ! 

La Dame en blanc de William Wilkie Collins, traduit par Lucienne Lenob chez Libretto. 

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