dimanche 21 février 2021

Coup de vent de Mark Haskell Smith

« Ne m’appelle pas Bae s’il te plaît, ça veut dire ‟merde” en danois. Tu savais ça ? Tu aimerais qu’on te traite de merde ? »

Quand on m’a mis ce roman de Mark Haskell Smith entre les mains j’étais mitigée entre la beauté de la couv’ et les deux premières lignes d’un résumé qui ne me plaisait pas des masses. 



Une histoire de bateau, d’un homme perdu au milieu de l’océan avec des tonnes de fric dont, évidemment, il n’a pas l’utilité. 

J’avais une vague idée qui ne m’emballait pas plus que ça. 


Et puis comme il y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, j’ai décidé de m’y coller. 


Coup de vent est un roman polyphonique mettant en scène pas moins de cinq personnages. On suit leur point de vue, signalé à chaque fois par l’insertion d’une petite illustration. Pour le premier par exemple, Neal, c’est un canapé, parce qu’il a un gros problème avec son canapé et la solitude directement liée à l’objet. 


J’ai trouvé sympa cette manifestation des personnages et leur évolution (certains changent d’objet en fonction des événements). 


À la base je pensais à une histoire attendue, un truc assez bateau (vous noterez le jeu de mot de haute voltige !) mais que nenni ! 


L’auteur nous entraîne dans une histoire loufoque où un traider pour le moins doué se donne pour mission de voler l’entreprise pour laquelle il travaille (entreprise à Wall Street, évidemment). Ce personnage, Bryan, est fin et intelligent. Les raisons qui le motivent sont banales et en même temps tout à fait compréhensibles. 

Bryan est l’occasion d’une critique acerbe contre les « loups de Wall Street », ces êtres qui se font des tonnes de fric à la minute au détriment du reste du monde — il suffit de voir la crise des subprimes… 


Pour retrouver Bryan (qui a échafaudé un plan en apparence digne des meilleurs films de gangster), l’entreprise fait appel aux services de Neal, employé homosexuel destiné à « ramener l’argent » en cas de pépin, et à l’intelligente Seo-yun, supérieure de Bryan. 


Le duo va s’embarquer pour une escapade sur les chapeaux de roue à la recherche de Bryan, et va tomber sur des gens pas très friendly… 


En commençant le roman, le lecteur est directement envoyé sur un bateau avec Neal pour seul occupant. Où sont les autres ? 

On va suivre tout le déroulé de l’histoire, de l’idée de Bryan à son exécution et sa fuite dans l’espoir de ne pas être retrouvé. 


Et puis une fois toute l’histoire racontée, on revient à Neal, mal en point. 


La fin est étonnante, vraiment étonnante. 


Je ne m’attendais pas à ça, comme je ne m’attendais pas à un style aussi agréable et drôle. J’ai passé un excellent moment avec cette plume acide et piquante où l’humour tient une place prépondérante dans le roman. 


À lire si vous aimez les histoires wtf et les punchlines tantôt tordantes, tantôt glaçantes. 


« Comme l’avait si bien dit Pablo Picasso : ‟L’art lave notre âme de la poussière du quotidien”. Tant mieux. Il aurait besoin de beaucoup d’art, car son âme allait accumuler pas mal de poussière. »



Coup de vent de Mark Haskell Smith, traduit par Julien Guérif. 










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