mercredi 2 décembre 2020

Un jour d'été que rien ne distinguait de Stéphanie Chaillou

Il me tardait de découvrir ce dernier roman de Stéphanie Chaillou après avoir beaucoup aimé, avec Le bruit du monde, l’histoire de Marilène. 

Ce deuxième roman que je lis m’a beaucoup fait penser au premier. On retrouve les mêmes thèmes : une enfance vécue dans la pauvreté, le sentiment d’être différent des autres à cause de cette pauvreté, le regard infantile porté sur des parents désemparés, étranglés par les dettes et les soucis. 




J’ai retrouvé ces éléments qui m’avaient tant plu dans Le bruit du monde. Ce besoin vorace de liberté, de se trouver quoi qu’il arrive. 

La quête identitaire est primordiale pour Louise comme elle l’était pour Marie-Hélène. 

Louise aussi est « fille de pauvres », elle aussi refuse de suivre un chemin qui serait tout tracé pour elle. 


Je me souviens que c’était surtout ça qui se passait, quand j’étais enfant. Cette chose-là que je percevais. Leur détresse. Leur peine. Les difficultés qu’ils rencontraient et qu’ils s’efforçaient de nous cacher. Ces sentiments qui floutaient leurs yeux. Comme si une vie se passait à l’intérieur d’eux. Qu’une histoire se prolongeait en eux.


À l’instar de Marie-Hélène, Louise refuse ce carcan, la contrainte de sa classe, de ses origines, celle de la pauvreté. 

À l’instar de Marie-Hélène toujours, Louise n’a qu’un seul moyen d’en sortir, de s’élever, de devenir autre. Le seul salut possible est permis grâce aux études et rien d’autre. 


Dans mon esprit, Louise est quand même plus extrême que Marilène dans sa conception des choses. 

Comme dans son refus d’être considérée comme inférieure aux garçons, elle qui se plaît à les battre. Pas parce qu’elle aime la compétition, non parce qu’elle est une fille et qu’il y a cette gratification à battre des garçons ; elle à qui l’on a refusé le foot sous le prétexte que ce n’est pas compatible avec son sexe. 


Les années passent et Louise, pour qui l’idée de vivre une vie lambda, une vie de ménagère, est insupportable, s’interroge sur son parcours. Sur ce que son acharnement à devenir autre à fait d’elle. Sur cette apparition aussi, quand elle était enfant, d’une jeune fille près de la Garonne.


Un jour d’été que rien ne distinguait raconte le besoin d’élévation, la quête d’identité et la radicalité aussi, présente dans ce roman et absent du précédent. 

Stéphanie Chaillou ajoute le questionnement autour du sexe, et des différences que ça occasionne dès l’enfance. Mais aussi plus tard, à l’âge adulte, par le biais de la figure de la meilleure amie Myriam notamment.


La plume de l’auteure est sans aucun doute un des éléments qui me plaît le plus. Une écriture parfois saccadée, faite de répétitions, de ruptures et d’une clarté sans pareille. Ses mots me touchent à chaque fois et je ressens une certaine affinité avec ses personnages. 


Je ne vivrais pas cette tristesse, cet abandon. Je ne me laisserais pas enserrer par le désarroi. La réalité ne me ferait pas ce que je voyais qu’elle faisait aux autres, aux adultes, à mes parents. Je ne serais ni pauvre, ni triste, ni résignée.


En 140 pages Stéphanie Chaillou donne à voir un portrait d’une force inouïe où les questionnements sont plus importants les uns des autres. Dès la première page, le charme s’opère et arrivé à la dernière, on en redemande encore. 


Finalement Un jour d’été que rien ne distinguait est pour moi une manière de pousser plus loin les remarques déjà présentes dans Le bruit du monde, mais aussi de les dépasser. 

La grande différence, celle de la prise de conscience de son sexe et tout ce que cela implique, est le pivot de l’histoire. 

Avec l’histoire de Louise, Stéphanie Chaillou montre les changements ; avec l’illustration « Paprika » on comprend que les femmes, les petites filles, qu’importe, n’ont pas besoin de garçon. 


Il me semblait que le défaut majeur pour un homme ou une femme, c’était le mensonge. Mentir aux autres, mais se mentir à soi surtout. Ne pas oser se voir. S’éviter. Faire comme si l’on pouvait effacer la réalité, prétendre qu’elle n’existait pas.






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