dimanche 1 novembre 2020

Les Matins de Lima de Gustavo Rodriguez

Le premier chapitre est prophétique, et cruel. 

Trinidad est encore une enfant lorsque sa mère, hôtesse dans un bordel, meurt dans un claquement de doigt. Son père ? Elle ne sait rien de lui. 




Bien des années après, Trinidad a dû se battre pour survivre, quitte à en tomber malade. 

À 30 ans, on lui diagnostique un problème rénal nécessitant une greffe. 

Trinidad n’a plus le choix, elle doit prendre contact avec ce père dont elle connaît le nom mais à qui elle n’a jamais parlé : Daniel de Los Rios, chanteur à ses heures perdues. 


La rencontre, à l’instar du roman, sera haute en couleurs. Le personnage de Trinidad comme celui de Danny sont étoffés et sont les porte-étendard d’une soif de vivre. Une soif de vivre qui illustre de tristes réalités péruviennes : les femmes ne sont que des objets sexuels, à l’image de Carolina, bonne pour écarter les jambes au milieu d’un nuage de fumée. Bonne à baiser mais pas à revoir. Combien sont-ils, les femmes et enfants abandonnés par des hommes qui ne voulaient qu’une chose : prendre du bon temps ? 


Les horreurs directement liées aux mines de mercure, seul moyen de persistance avec la prostitution. Dans les deux cas les maladies pullulent… 


« Au fond de lui, il craignait une mort tragique, comme l’est souvent la vie de ces Péruviennes qui partent pleines d’illusions pour ces terres où paradis et enfer dorment enlacés. »


Les Matins de Lima est un roman solaire malgré la gravité des faits abordés. Un roman où les femmes tiennent une place de choix. Il y a celles qui se font avoir et il y a les autres, celles qui font du business comme Trinidad et celles qui refusent de se laisser marcher sur les pieds comme Zoila. 


Il s’agit bien d’un roman tragique et malgré cela jamais le lecteur ne perd son sourire grâce à des personnages étoffés et à un style minutieux aux accents humoristiques. Le lecteur ne peut rester indifférent à la lumière qui transparaît dans tous les pores du livre et c’est ce qui en fait un ouvrage d’une aussi grande qualité. 


Le roman est à l’image de sa couverture : décalé et débordant de couleurs, comme la vie de Trinidad, de Daniel et des autres membres de la famille qui peuplent ces Matins de Lima. 


Gustavo Rodriguez conclut parfaitement bien cette histoire aux accents graves mais néanmoins traité avec une douceur et un gaieté. 


Les Matins de Lima est une tragicomédie. 

Un roman qui pointe les inégalités au Pérou et plus précisément dans sa capitale, Lima, entre les riches et les pauvres. Une histoire qui aborde la problématique des femmes considérées comme des coups d’un soir et des orphelines atteintes d’un cancer à 30 ans pour s’être battues pour vivre. 


Roman lumineux, dont la couverture est un excellent reflet, Les Matins de Lima a été une très belle lecture. Une évasion au coeur d’un pays peu représenté.


Les éditions de l’Observatoire ont quelque chose avec l’Amérique latine. Une affinité partagée puisque ce roman, ainsi que Mangeterre, tous les deux parus en 2020 sont respectivement péruvien et argentin. Il est amusant de remarquer que dans les deux cas, la mère meurt dans le premier chapitre. Faut-il y tirer une quelconque leçon ? 




Les Matins de Lima de Gustavo Rodriguez, traduit par Margot Nguyen Béraud aux éditions de l’Observatoire. 


Sans doute passé sous les radars parce que paru une semaine avant le confinement, Les Matins de Lima est tout simplement excellent. 






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