mercredi 4 novembre 2020

La Mer sans étoiles d'Erin Morgenstern

Nous sommes là pour déambuler dans les histoires d’autres gens, en quête de la nôtre. 

Depuis que j’ai refermé ce livre je me demande comment il est possible que ce livre (en VO The Starless Sea) n’ait pas remporté le prix du meilleur roman fantastique sur Goodreads l’année passée ?? 

Le lauréat n’est autre que le premier roman de Leigh Bardugo à destination des adultes : La neuvième maison (VO : Ninth House), que je ne comptais pas lire. Mais là, si on me dit qu’il est « meilleur » que La mer sans étoiles, évidemment que je demande à voir. 




Erin Morgenstern, auteure du Cirque des rêves (que je n’ai pas lu) nous délivre une histoire extraordinaire avec ce roman. 

Enfin je dis une histoire mais en réalité, ce sont des histoires, et encore des histoires qui s’emmêlent, s’assemblent, pour former un extraordinaire conglomérat formant in fine La Mer sans étoiles


Zachary Ezra Rawlins planche sur son doctorat ayant pour thème les jeux vidéos, et notamment le rapport fiction/réalité — ce thème m’a évidemment fait penser à mon mémoire… 

Un jour il emprunte un livre sans titre et sans auteur. 

Mais il y a plus étonnant encore… Zachary Ezra Rawlins est dans le livre ! Un événement extraordinaire de son enfance est retranscrit à la perfection. De quoi en avoir la chair de poule. 

Cet élément sera le déclencheur, la base d’une histoire extraordinaire. 


La Mer sans étoiles est un roman exigeant. Erin Morgenstern, en étalant son histoire sur plus de 600 pages, envoie un défi au lecteur : serez-vous capable de suivre le rythme ? de laisser le temps au livre ? 

Car La Mer sans étoiles ne se dévore pas, il se laisse apprivoiser. 

Pourtant je l’ai dévoré autant que j’ai pu, habitée par l’histoire de ce jeune homme, et par toutes les histoires alentour. 


Malgré tout il faut prendre le temps de le déguster, de se laisser bercer par ce monument littéraire. 

En regardant mes lectures de 2020 — année riche en lecture, notamment grâce à non pas un, mais deux confinements… — certains livres ont été de gros coup de coeur, des lectures inoubliables (je pense par exemple à L’homme qui savait la langue des serpents ou Sauvage) et il va de soi que La Mer sans étoiles fait partie de ceux-là !


La force du livre c’est la mise en abîme du récit à tout les niveaux possibles. 

Qu’est-ce qu’une histoire ? Y-a-t-il une différence entre le monde réel et le monde fictionnel ? 


Le temps. On dirait un poème. Où chaque mot est plus d’une chose à la fois et tout est métaphore. Où le sens est condensé dans le rythme, les sonorités et les espaces entre les phrases. Tout est intense et mordant, comme le froid et le vent.


La Mer sans étoiles est un livre magique — oups, un certain personnage ne sera pas ravi que j’utilise ce terme… — un livre que je relirai, moi qui relit très peu. 

Mais comprenez, Erin Morgenstern confie un roman foisonnant où la relecture s’impose pour en saisir les subtilités et la beauté de l’histoire.

Une première lecture c’est déjà bien, une deuxième me permettra d’aimer encore plus cet univers et ses personnages. 


L’aventure de Zachary Ezra Rawlins est hors du commun, les histoires, en tête celle de Simon et Eleanor, excellent de beauté. 

La Mer sans étoiles est exceptionnel et n’attend qu’une chose : que vous vous laissiez embarquer dans ce monde où le flirte avec le fantastique est monnaie courante et où la métaphore, le symbole, tiennent une place omniprésente pour notre plus grand plaisir. 


Enfin, mention spécial aux éditions Sonatine pour avoir conçu un si bel écrin : une couverture somptueuse ainsi qu’une mise en page tout ce qu’il y a de plus agréable pour permettre un vrai confort de lecture — et je ne parle même pas des en-têtes de chapitres, eux aussi très beaux. 


Je me rappelle m’être demandé si cette histoire était une analogie sur les gens qui restent dans des endroits ou des relations ou n’importe quelle situation plus longtemps qu’ils ne devraient parce qu’ils ont peur de lâcher prise, ou d’avancer, ou de l’inconnu ; ou alors sur la façon dont les gens s’accrochent à une chose parce qu’ils ont la nostalgie de ce qu’était cette chose, même si ça n’est plus ce qu’elle est désormais.



La Mer sans étoiles d’Erin Morgenstern, traduit par Julie Sibony aux éditions Sonatine 







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