mercredi 9 septembre 2020

Portrait d'un cannibale de Sinar Alvarado

 Pas de métaphore ou de sens caché dans le titre. Ce livre, Portrait d’un cannibale, porte bien son nom.


Sinar Alvarado, journaliste colombo-vénézuélien a choisi d’écrire sur un sujet pour le moins atypique : retracer les méfaits et la vie du tueur et cannibale vénézuélien Dorancel (Dorángel) Vargas. 

Si ce tueur en série a quand même droit à sa page Wikipédia en français, c’est à peu près le seul site où vous pourrez trouver des infos dans la langue de Molière. 


Les éditions Marchialy, surtout connues pour leurs parutions signées Jack Adelstein (que je n’ai pas lues) publient de la « littérature du réel ». Moi qui suis très friande de ce genre de littérature, je regarde toujours avec attention leurs publications. Et ce livre, Portrait d’un cannibale était sur le haut de la liste. 


L’ouvrage démarre sur un Dorancel qui sort de prison. Le lecteur, quelque peu bouleversé se demande où il se trouve chronologiquement parlant. En effet, durant tout l’ouvrage nous allons subir un va-et-vient assez brusque du point de vue de la temporalité et des acteurs. 


J’appelle acteurs les membres de la famille des personnes décédées. Il me paraît étrange de parler de personnages pour nommer des êtres qui sont encore vivants et qui ont été interrogés… 

Bref, Portrait d’un cannibale se tisse autour de trois procédés : du côté de Dorancel, de ses victimes, et de la famille de ces derniers. 


Je parlais du titre au début, disant qu’il était bien choisi. Il est intéressant dans la mesure où il englobe la vie du principal agent (Dorancel) autant que les bouleversements liés à ses actes (la perte pour les familles d’un fils, d’un frère…). Mais il l’est aussi parce qu’il est question « d’un » cannibale. En l’occurence Sinar Alvarado s’attache non pas à nous dépeindre la vie d’un fou, mais bien à nous faire comprendre que ce genre de problèmes mentaux n’ont pas leur place dans la société vénézuélienne. 


L’ajout pour l’édition française à la fin est particulièrement éclairant : Dorancel est placé dans une prison de transit, où légalement, un détenu n’a pas le droit de rester plus de huit jours, Dorancel y est resté plus de dix ans. 

Sa prise en charge médicamenteuse est elle-même désastreuse, réglée sur les passages bien trop inégaux des médecins. 


Finalement, Dorancel a encore fait parler de lui en 2016, lorsqu’il y a eu une mutinerie en prison et qu’il a été choisi pour cuisiner trois prisonniers…


Portrait d’un cannibale a ses lacunes, avec une narration intelligente et invisible où le jugement n’a pas sa place, il souffre par des répétitions trop nombreuses, par des va-et-vient qui, finalement n’apportent pas forcément quelque chose en plus. 

J’ai trouvé l’emboitement intéressant, mais trop obscur pour permettre une vue d’ensemble. 


Le travail d’investigation lui est passionnant, ainsi que les descriptions des Andes vénézuéliennes. Je n’ai jamais lu de livre mettant en scène ce pays et pourtant je n’ai pas eu de mal à visualiser le paysage. C’était accessible et ça permettait d’accéder plus facilement au quotidien de Dorancel.


Si le sujet vous intéresse je crois qu’il faut lui laisser sa chance. Entrer dans Portrait d’un cannibale c’est entrer dans un territoire inconnu, un monde où la maladie n’est pas traitée comme il faut, où la communauté est soudée, où le manque d’équipements, de lois claires autour de la prise en charge d’individus malades et inaptes à la vie n’est clairement pas au point. 

Aucune pitié n’est possible pour Dorancel, qui a reconnu être coupable d’une dizaine de meurtres, et pourtant on se prend à le plaindre, lui et ses morts qui ne cessent de lui hurler dans la tête. Parce que Dorancel est malade, mais que la situation médicale du pays ne peut le prendre en charge, le laissant sur le  bas côté... 



Portrait d'un cannibale de Sinar Alvarado, traduit de l'espagnol par Cyril Gay, aux éditions Marchialy.

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