dimanche 19 juillet 2020

Une mort très douce de Simone de Beauvoir

Étant assez rigide quand il s’agit de lire les publications d’un auteur que j’apprécie, je me laisse doucement porter par les titres de Simone de Beauvoir. Son premier volet autobiographique a été une immense découverte, une adhésion parfaite, puis petit à petit j’ai appris à la découvrir autrement que par son propre reflet couché sur le papier. 





Après avoir lu les deux parties constituant La force des choses, le suivant était tout logiquement Une mort très douce, un très court livre autour de la figure maternelle, Françoise Brasseur. 


« Riche d’appétits, elle a employé toute son énergie à les refouler et elle a subi ce reniement dans la colère. Dans son enfance, on a comprimé son corps, son coeur, son esprit, sous un harnachement de principes et d’interdits. On lui a appris à serrer elle-même étroitement ses sangles. En elle subsistait une femme de sang et de feu : mais contrefaite, mutilée et étrangère à soi. »


Pour ceux qui ont lu les volets autobiographiques antérieurs, je ne vous apprend rien lorsque je dis que la jeune Simone s’est rebellée contre sa mère et ses idéaux, elle a souhaité s’en libérer et ainsi vivre une vie non plus réglée par la croyance en Dieu, mais une vie sans contrainte. 


Comme souvent, la relation entre Simone et sa mère est compliquée - quelle relation mère/fille ne l’est pas ? 


Un peu plus d’une centaine de pages pour raconter la décrépitude, l’angoisse de la perte et la perte inévitable. 

Une mort très douce est un hommage délicat, une façon de dire un dernier au revoir. Une façon de mettre ses différends de côté pour profiter des derniers instants.


La mère, atteinte d’une tumeur, est condamnée. Malgré l’opération qui s’est pourtant bien déroulée, les médecins ne peuvent rien faire, celle-ci s’est trop propagée. Il ne reste qu’à attendre. 


C’est une attente singulière, une attente à la fois angoissante et généreuse. Une attente permettant de dire au revoir. Une attente douloureuse. 

Si parfois il est impossible de faire ses adieux, si la vie est brutale, ici les deux filles Beauvoir ont des jours devant elles. Les médecins donnent quelques semaines avant la disparition. 

Un moyen de prendre conscience de la perte. Une situation insoutenable où le temps joue en leur défaveur, où il va falloir accepter que les minutes défilent jusqu’à ce que survienne la fin inexorable de cette femme trop longtemps incomprise, trop longtemps rejeté. 


« Il fallait cueillir sur ses lèvres les mots qu’elle s’arrachait dans un souffle et que leur mystère rendait troublants comme des oracles. Ses souvenirs, ses idées, ses soucis flottaient hors du temps, transformés en rêves irréels et poignants par sa voix puérile et l’imminence de sa mort. »

Simone de Beauvoir revient sur le parcours de sa mère, sa relation avec elle. 

Elle se tient au chevet d’une femme qui souffre encore et encore. Pourquoi le temps s’acharne-t-il ? pourquoi n’est-il pas possible d’en finir ? 

En filigrane, Simone de Beauvoir pose aussi la question de l’euthanasie, de la souffrance des proches, forcés de voir leur parent se décomposer, s’en aller dans la souffrance. Qu’en est-il du droit de mourir dans la dignité ?

« Pourquoi accorder tant d’importance à un instant, puisqu’il n’y aura pas de mémoire ? Il n’y aura pas non plus de réparation. J’ai compris pour mon propre compte, jusque dans la moelle de mes os, que dans les derniers moments d’un moribond on puisse enfermer l’absolu. »






 
 
 

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