dimanche 17 mai 2020

Le Coin des libraires - La maison Tellier et autres nouvelles de Guy de Maupassany

Maupassant est un de mes auteurs favoris, c’est un secret pour personne. Ses nouvelles m’ont réconcilié avec le genre et ses romans traitent toujours de sujet passionnants. 
Bref, Maupassant, c’est un peu (avec Zweig quand même), LE romancier et nouvelliste que j’aurais aimé pouvoir rencontrer. Son tempérament fragile, la place de la folie dans ses écrits et dans sa vie… définitivement cet auteur me fascine et j’essaie, doucement mais sûrement, de découvrir l’intégralité de sa prose. 

Après avoir lu Fort comme la mort que je recommande à 1000%, j’ai découvert le recueil La Maison Tellier. Il se compose de 9 nouvelles et est enrichi de commentaires. 

Ce fut comme un éclat de lumière illuminant d’un seul coup toute l’étendue de son malheur ; et la rencontre de ce souffle errant le jeta dans l’abîme noir des douleurs irrémédiables. Il sentit son coeur déchiré par cette séparation sans fin. Sa vie était coupée au milieu ; et sa jeunesse entière disparaissait engloutie dans cette mort. 
(nouvelle : En famille


J’ai trouvé les nouvelles assez inégales. Par exemple, la nouvelle éponyme ne m’a pas franchement emballée, je crois même qu’il s’agit de celle qui m’a le moins intéressée. Pourtant, il s’agit de la nouvelle réaliste la plus connue de l’auteur, après Boule de Suif — une autre nouvelle que j’avais trouvé intéressante, mais pas hyper agréable à lire. 

La Maison Tellier met en scène une maison close fermée pour cause… d’enterrement. Il s’agit, ni plus ni moins, de faire des femmes des saintes et non plus des prostituées. 




En revanche j’ai adoré Le papa de Simon. Chez Maupassant, la conclusion est souvent amer, difficile et malheureuse. Ici c’est l’inverse, cette nouvelle est rapprochable du conte pour enfants. Comme c’était agréable de suivre un personnage positif et pour lequel tout se passe bien ! 
Cette nouvelle tient une place particulière dans mon esprit car elle est vraiment l’une des rares qui ne soit pas pessimiste. 

Je ne vais pas aborder les nouvelles une à une, je préfère vous laisser les découvrir. Mais enfin, je peux dire que j’ai aimé Les Tombales et Histoire d’une fille de ferme

« Me voici donc entrant dans le cimetière Montmartre, et tout à coup imprégné de tristesse, d’une tristesse qui ne faisait pas trop de mal, d’ailleurs, une de ces tristesses qui vous font penser, quand on se porte bien : ‟Ça n’est pas drôle, cet endroit-là, mais le moment n’en est pas encore venu pour moi…‟ 
« L’impression de l’automne, de cette humidité tiède qui sent la mort des feuilles et le soleil affaibli, fatigué, anémique, aggravait en la poétisant la sensation de solitude et de fin définitive flottant sur ce lieu, qui sent la mort des hommes. 
(nouvelle : Les Tombales)

La dernière démontre bien la dure réalité de la vie pour les jeunes domestiques qui étaient souvent engrossées puis abandonnées par un homme qui refusait de leur passer la bague au doigt. Même si la conclusion est assez positive, la nouvelle, elle, est grinçante. 

Mais alors, en son coeur si longtemps meurtri, se leva, comme une aurore, un amour inconnu pour ce petit être chétif qu’elle avait laissé là-bas ; et cet amour même était une souffrance nouvelle, une souffrance de toutes les heures, de toutes les minutes, puisqu’elle était séparée de lui. 
(nouvelle : Histoire d'une fille de ferme)

Toutes les nouvelles valent le détour, elles nous apprennent un tempérament, une pratique propre au 19e ainsi que leur état d’esprit. On retrouve la plupart des thèmes chers à l’écrivain comme la prostitution, l’angoisse, la pauvreté, l’adultère, ou encore le refus de paternité — il sait de quoi il parlait puisqu’il n’a jamais reconnu ses enfants...

Pas de coup de coeur ici, mais un grand enthousiasme pour la plupart des nouvelles qui constituent le recueil. Petit bémol pour La Maison Tellier comme je le disais, mais sinon le choix des nouvelles de ce recueil est judicieux car il y en a pour tous les goûts. 
Alors oui il n’arrive pas à la cheville de mes deux recueils favoris jusque-là : Contes du jour et de la nuit et Contes sur le suicide, mais une fois encore j’ai passé un moment délicieux en compagnie de Maupassant. 









Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Thérèse Raquin d'Emile Zola

É crit trois ans avant de se lancer dans la grande entreprise que représente les Rougon-Macquart, Zola fait de Thérèse Raquin une sorte d’...