mercredi 29 avril 2020

Le Coin des libraires - Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer

Les rêves s’effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous couchent, nous happent, sans prévenir. 

Celui-là, il m'a donné envie à la minute où je l'ai vu. Ces rêves qu'on piétine, on en parle de ce titre ? Encore maintenant, il me fait réfléchir. Ces rêves, ceux de qui, de tous ces Juifs décédés au nom de la haine ou ceux de cette femme méprisable mais néanmoins humaine ? Les deux à la fois, voilà pourquoi il s'agit d'un grand livre.

Le premier livre qui a rejoint mon corpus pour mon mémoire. Une lecture unique qui donne à voir les deux faces de la Seconde Guerre mondiale, d'un côté les déportés, les victimes des autres, les bourreaux, les nazis. On suit alternativement Magda Goebbels, enfermée dans le bunker d'Hitler, Ava, qui transporte avec elle ce qu'il reste de Richard Friedländer, père biologique ou beau-père de la "Première Dame du IIIe Reich", raflé et tué. 




Cette alternance est pour moi le point fort de ce roman documenté. Il nous donne à voir les deux facettes, chose que l'on fait très rarement lorsqu'il s'agit d'écrire sur l'époque. Ici on a véritablement le clivage entre les victimes et les bourreaux, ici il est possible de ressentir un sentiment de gêne, lui-même lié à un sentiment d'empathie involontaire pour les bourreaux. 
Magda est méprisable, elle est abjecte jusque dans les dernières minutes de sa vie. Pathétique et datée, elle n'est qu'une vulgaire façade pour un gouvernement uniquement composé d'hommes. 

Des recherches pointues et complètes, c'est ce qui donne évidemment une autre perspective au récit et qui pose la question de l'apprentissage de l'Histoire par le biais de roman documenté, et il est évident que j'ai appris avec ce livre, mais jusque dans une certaine mesure quand même. Je ne prends pas tout pour acquis dans le sens où je vérifie derrière ce qui me semble être vrai - la frontière entre histoire et imaginaire est assez mince quand on y pense. 


Ces rêves qu'on piétine m'a permis de m'interroger sur l'importance que peut avoir le récit de fiction documenté et sur la place de la Seconde Guerre mondiale aujourd'hui dans la littérature : non, ce n'est pas qu'une toile de fond pour mettre en scène des romans sans lien. 

Ces rêves qu'on piétine interroge aussi sur la place du bourreau et de celle de la victime, un bourreau peut-il être un bon anti-héros à l'image de Max Aue dans Les Bienveillantes de Littell ? Pourquoi ressent-on une telle fascination pour la figure du bourreau ? J'ai aimé découvrir cet ouvrage parce qu'il conjugue tellement de choses. 

La plume de Sébastien Spitzer tient aussi un rôle dans toute cette histoire puisque c'est grâce à lui si on la suit de manière prenante. On est pris dans le fil de l'Histoire parce qu'il sait nous la raconter, il sait où aller ce qui permet au lecteur de rester focalisé sur les événements et de ne pas s'épancher sur telle ou telle injustice ou sentiment. Pas d'épanchement, simplement les faits d'une certaine manière. Les faits racontés avec des phrases courtes qui instaurent un rythme assez soutenu.

On découvre qui était cette femme si méprisable, cette narcissique qui se disputait Hitler avec son mari. Parfois, on a clairement l'impression qu'il s'agit d'un plan à trois leur histoire. On sent à quel point il était important pour elle qu'Hitler se rallie de son côté. Tout cela est une question de dévotion, et on peut dire que c'était sans doute une des personnes les plus dévouées de tout le IIIe Reich ! Finalement Joseph Goebbels apparaît bien plus comme un pantin que comme un véritable amour, pion pour cette femme qui voit en lui une occasion de se rapprocher du Führer - après tout, ce n'est peut-être pas vraiment anodin si les prénoms de ses enfants ont tous commencés par un H... 


Une pépite ce livre. Une découverte qui n'en est pas vraiment une puisque comme je l'ai dit au début, j'ai eu envie de me le procurer dès sa sortie. Un premier roman remarquable qui mérite les bonnes critiques qu'il a reçus, j'espère bientôt pouvoir découvrir Le cœur battant du monde

Le mépris, le dégoût de soi, ça vous met l’âme en morceaux. Une marmelade d’orgueil mélangé au remords. Mais il y a pire encore. Le blâme et l’opprobre au sein des prisonniers, le refus de la solidarité quand tout se tient là. Le dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux. L’injustice altère. L’ignominie réduit. La soumission gangrène. 







dimanche 26 avril 2020

Le Coin des libraires - La Bâtarde de Violette Leduc

Le coeur est fatigué, le coeur est rafraîchi par le chagrin.

En 1964, Violette Leduc fait paraître La Bâtarde, premier tome autobiographique qui seront au nombre de trois — s’ajoute en 1970 La Folie en tête et en 1973, publié de manière posthume, La Chasse à l’amour. 

Trois titres caractéristiques de la vie de l’auteure : obligée de vivre avec ce statut de bâtarde qui lui colle à la peau ; atteinte d’hallucinations vers la fin de sa vie, sa santé mentale était pour le moins fragile ; éternelle insatisfaite, Leduc souhaitait vivre un amour vrai, intense, durable. Malheureusement ça n’a pas été le cas. 




La Bâtarde paraît à une époque où l’auteure est encore largement méconnue malgré les diverses tentatives de Simone de Beauvoir— c’est grâce à elle si en 1947, Leduc fait paraître son premier roman, L’Asphyxie — qui décide alors d’en écrire la préface.
Et quelle préface ! tout en grandiloquence, en éloges pour une écrivain sensible et malheureuse. 

La Bâtarde reprend et synthétise d’une certaine façon les histoires racontées dans ses premiers romans : L’Asphyxie, L’Affamée, Ravages tout en ajoutant une dimension véridique à l’entreprise. 

La Bâtarde est un ovni, oscillant entre autobiographie dans son sens traditionnel et journal de bord parfois. On se perd dans les temporalités, dans les adresses aux personnages ou au lecteur. Parfois elle divague et va écrire quelques pages qui, quand on regarde dans la totalité, représentent des sortes d’îlots, de petits éléments indépendants des autres. 

Quand m’embrasseras-tu jusqu’à ce que je demande grâce ? J’embrasse tes phrases, j’embrasse tes mots, je promène mes lèvres sur ton papier à lettres. Quand seras-tu dans mes bras ?

La Bâtarde est un texte foisonnant et complexe où l’auteure nous perd parfois, où on a souvent reproché l’aspect précieux de l’écriture de Violette. 
Pourtant, il a failli remporter le Goncourt de cette année-là (décerné à Georges Conchon pour L’État sauvage) et il lui a permis de connaître la renommée. 

Violette Leduc est rapidement retombée dans l’oubli, comme si son écriture tenait de l’éphémérité, comme si elle n’était pas assez talentueuse pour avoir droit à la postérité. 
Mais ça c’était avant, avant que les courants féministes s’en emparent et en face un symbole. 
Je ne suis pas certaine que Leduc aurait accepté d’être utilisée comme exemple, je ne suis pas certaine non plus qu’elle mérite uniquement d’être connue comme une des premières femmes ayant écrit sur son homosexualité — qui relève plutôt de la bisexualité puisqu’elle a aimé autant d’hommes que de femmes. 

Je crois que c’est un peu simple de l’ériger en modèle après l’avoir recouverte de fientes pour l’oublier...
Je pense que c’est qui comptait le plus pour elle, c’était la renommée, l’aval d’autrui, elle qui n’a jamais eu celle de ses parents. C’était la grandeur de l’écrivain. C’était la notoriété de Simone de Beauvoir. 
Violette Leduc souhaitait être Écrivain, elle souhaitait entrer au palmarès de ces femmes qui écrivent et dont l’oeuvre est essentielle. 
À mon sens ce qu’elle voulait c’était expier ce qu’elle voyait comme des péchés (être une bâtarde, refuser d’avoir un enfant, se voir contrainte d’avorter bien que ça puisse nuire à sa propre vie), et aussi dire au monde son état d’esprit. Cette latence entre un état euphorique et un état dépressif, ce besoin des autres pour exister soi-même. 

Mais peut-être que je me trompe, ce serait bien possible. 
En tout cas ce que je vois aujourd’hui ce n’est pas la célébration d’une écrivain talentueuse, mais l’usage de sa vie pour illustrer des théories. L’utiliser pour en faire d’elle la première femme à avoir écrit sur l’avortement, une des premières à avoir écrit ses amours charnelles avec sa copine de pensionnat. 
Elle n’avait pas d’ambition féministe comme c’était le cas de son amie Simone, tout ce pour quoi elle s’est battue, c’est pour l’amour des autres. 

Aujourd’hui, aime-t-on Violette Leduc ou est-on reconnaissant pour son courage ? 

Pour ma part c’est les deux, elle a été une rencontre formidable dans ma vie de lectrice et je salue aussi bien le propos de ses oeuvres que son style qui m’a perdu parfois, mais qui m’a toujours captivé. 

Une vie c’est plus lent que celle que nous racontons à un cahier. Une vie, ce sont des milliers, des millions de pages à remplir ; ce sont tous les insectes qu’on a rencontrés ou écrasés, tous les brins d’herbe qu’on a frôlés, toutes les tuiles et les ardoises des maisons qu’on a regardées, les tonnes de nourriture qu’on a absorbées, achetées kilo après kilo, quart après quart. Et les visages, et les odeurs, et les sourires, et les cris, et les coups de vent, et les pluies et les renaissances des saisons…



mercredi 22 avril 2020

Le Coin des libraires - Cette nuit de Joachim Schnerf

Intriguée par ce livre à cause de sa forte médiatisation en partie liée à l'obtention du Prix Orange 2018, j'avais très envie de découvrir Cette nuit de Joachim Schnerf. Et plus encore lorsque j'ai appris qu'il s'agit d'un roman autour d'un rescapé d'Auschwitz. 




Cette nuit est un roman court et dense, sorte de huis clos qui étouffe autant qu'il amuse. Suivre le personnage de Salomon, c'est se confronter à diverses mémoires. Celle des camps, du passé proche et personnel. Cette façon de parler des camps est, je trouve, audacieuse. Dès que Salomon fait mention de son expérience concentrationnaire, c'est pour en faire des blagues, et ainsi d'une certaine façon, minimiser un passé trop douloureux. 

Je trouve cette façon d'aborder l'époque intéressante parce que généralement on ne fait pas de blague sur le sujet, et encore moins devant un rescapé. Donc le fait que ça sorte de la bouche de Salomon  forcément ça passe mieux, et ça nous interroge sur le processus d'acceptation.
L'autre passé, c'est celui la tradition juive. Comme son nom l'indique, l'ouvrage ne concerne directement qu'une nuit (il est question des souvenirs de Salomon, de sa vie partagée avec son âme soeur Sarah, mais le présent dans l'ouvrage, c'est lorsque Salomon doit passer la Pessah seul puisque Sarah est décédée peu avant). Cette nuit de la Pessah, qui est la Pâque juive, est très importante pour eux et c'est pour cette raison s'il y a tant de choses à prévoir, à préparer pour le repas, etc. 

Donc d'écrire Cette nuit comme un simple roman sur un rescapé de la Seconde Guerre mondiale me semble un peu mince. Plus largement c'est un livre autour de la religion juive, de ses traditions et sans doute aussi sur ce que c'est d'être juif après la Shoah. C'est un livre novateur parce qu'il mêle des situations sérieuses à un humour noir, parfois dérangeant c'est vrai, et parfois hilarant aussi. 
Je pense notamment à ce moment où Salomon apprend que sa petite-fille fréquentait un Allemand, ça donne lieu à toutes sortes de réflexions amusantes.

Sarah. J’aime murmurer son nom, j’aime la murer dans mes pensées pour empêcher l’oubli d’effectuer ses rondes. J’enroule ma femme dans nos tapis, dans nos rideaux, je démembre son image pour qu’aucun nazi ne puisse la rafler tout entière. Je remplace les abat-jour par ses prunelles bleutées, les oreillers par ses mains accueillantes.

Je ne m'attendais pas donc pas à ce type de récit où l'auteur mélange les genres, et si je l'avais su avant ma lecture j'aurais peut-être été dubitative à l'avance, mais là, j'ai trouvé que l'humour et le sérieux se mélangeaient extrêmement bien et c'est pour moi la grande force du récit, avec le personnage de Salomon. 

Salomon n'est pas de ces personnages dont on se lasse de suivre le récit, bien au contraire. On désire en savoir plus sur son passé, sur sa rencontre avec Sarah et leur amour inconditionnel, sur ses enfants, ses joies comme ses peines. Salomon est à l'image de l'ouvrage : issu d'un mélange de genre. Si les situations qu'il vit sont extrêmement difficiles (la Seconde Guerre mondiale, la perte de sa femme et par extension de celle de ses repères), il n'en reste pas moins drôle. Il refuse le pathos.
On touche cette fois au point qui m'a le plus intéressé dans l'ouvrage : le refus de se laisser aller.
Salomon touche le fond, il se retrouve seul comme jamais il semble ne l'avoir été et pourtant, même s'il sent qu'il n'est pas capable de continuer sans elle, il y a toujours cette pointe d'optimisme, notamment due à la famille.

Je n'en ai pas vraiment parlé mais les enfants de Salomon et Sarah occupent une place importante. Michelle et Denise sont désormais grandes, elles sont mariées, ont des enfants, et elles seront présentes lors de la Pessah ce qui va ajouter à l'angoisse de Salomon - il faut dire que ses filles n'ont pas l'air d'être franchement faciles à vivre haha !


En résumé, Cette nuit a été une très bonne découverte, un récit un peu à part parmi les livres que j'ai lus concernant la Seconde Guerre mondiale. Le sujet est toujours abordé avec parcimonie, il est parfois raillé, mais toujours avec un humour distillé avec parcimonie ce qui donne un résultat étonnant et intéressant à découvrir. Salomon est un personnage attachant, qu'on aurait envie de rassurer et qu'il est difficile de quitter à la fin.


Des soupirs et des corps exténués. Un crématoire. De la fumée humaine. Des cendres qui s’accumulent dans mes narines et m’empêchent de respirer. Suis-je seulement éveillé ? Sinon comment expliquer cette sensation d’essoufflement. Pourquoi cette impression de faiblesse, comme si mes poumons étaient envahis d’images impossibles à dissiper ? La fumée se concentre, je ne parviens plus à tousser, à cracher ces visions qui ont le goût de mort. Ma poitrine s’affaisse et je déglutis. Mon organisme est trop vieux pour supporter les souvenirs. Et puis comment imaginer, m’imaginer sans Sarah ?




dimanche 19 avril 2020

Le Coin des libraires - La sublime communauté II. Les six mondes

Emmanuelle Han a parcouru le globe au travers d’émission comme Les Nouveaux Voyageurs. En découvrant La Sublime communauté en 2017, j’ai été entraînée dans une histoire formidable. Sans doute une des histoires où je me suis sentie le plus dépaysée. 

Le premier tome m’avait énormément plu en grande partie grâce à l’utilisation de mythes, de légendes, de traditions propres à certains peuples. Ainsi on côtoie une sorcière, ou on prie Hanumãn, dieu de la sagesse dans la religion hindoue. 




Le fait de suivre trois enfants issus de trois lieux différents permet de mettre en avant la culture de chacun et c’est, pour moi, l’aspect le plus positif de cette oeuvre. 
Mais la fin du premier volet donnait l’eau à la bouche. Et même si les éditions Actes Sud ont ajouté les premières pages du deuxième tome, il a fallu attendre beaucoup plus longtemps que prévu pour le découvrir. 

Sorti il y a un an maintenant je voulais avoir vraiment une journée entière devant moi pour me plonger dedans. J’ai attendu, puis je l’ai dévoré. 

Dans son coeur, il n’y avait plus que l’essence du souvenir et un sentiment, profond, d’éternité.

On suit toujours Tupà, Ekian et Ashoka, mais désormais, ils connaissent l’existence des autres. D’ailleurs les deux premiers se sont déjà retrouvés et il va s’agir de trouver Ashoka afin de pouvoir créer La Sublime communauté. 
Mais ce n’est pas l’unique enjeu de ce tome, au contraire, il va être nécessaire d’agir vite pour contrecarrer les plans de l’Observateur, dont les plans, malgré l’obscurité qui les entoure, est de détruire les ressources de la terre - ressources qui sont déjà épuisés dès le premier volet, si on en croit les informations véhiculés par les Guetteurs. 

J’ai trouvé ce tome un peu moins bon que le précédent. Pour la seule raison qu’il est beaucoup moins centré sur les personnages. L’identité des personnages, leur singularité, c’est l’élément qui m’a énormément plu à la base. L’histoire des Étincelants, la présence du singe, j’ai trouvé que c’était trop peu présent dans cette suite. 

En vérité, pour une fois j’ai préféré la mise en place que les péripéties en tant que telles. Néanmoins j’ai beaucoup aimé cette lecture. Je trouve l’histoire très bien trouvée, parce qu’elle pourrait être une histoire de notre temps. 
On a d’un côté les transplantés, que sont les trois protagonistes. Contre eux, les Guetteurs, personnages pour le moins obscurs, dont on ne sait pas s’ils sont foncièrement mauvais, dont on ne sait rien en réalité. 
Et puis il y a aussi les Affamés, ces humains qui ne sont plus que le reflet d’eux-mêmes. Représentant d’une masse sans contours, une masse perdue, misérable, ils sont le reflet de la sur-population et du manque de ressources terrestres pour subvenir à leurs besoins. 

Finalement La Sublime communauté, plus qu’une dystopie, c’est avant tout un regard posé sur le monde actuel. Le réchauffement climatique, la surpopulation, la misère grandissante pour les classes les plus pauvres. L’homme détruit son habitat, comme les Guetteurs détruisent l’eau. 

Car l’utilisation des portes apparait comme remède ultime, le seul vrai pour pouvoir survivre. Mais si les portes, menant au Six mondes n’était en fait qu’un stratagème mensonger ? Et si les Six mondes n’existaient pas ? C’est ce sur quoi ce tome deux va s’évertuer de fournir des réponses. 

J’ai été un peu déçue face au manque de réponse à certaines questions, notamment autour de l’Observateur, personnage absolument pas aboutit ; c’est à peine si ses contours ont été dessinés. Et j’ai été choquée de la fin aussi. À l’heure d’aujourd’hui je me demande encore si c’est négatif ou positif. Je crois que je suis restée sur ma faim en réalité, je crois que c’était trop rapide pour que je puisse adhérer au retournement final. Après avoir passé deux tomes à s’afficher en ennemis de nos héros, ils apparaissent finalement comme seul salut possible. Ça ne m’a pas trop plu, même si d’un autre côté je comprends très bien la conclusion. 

Seulement j’espérais que ce ne soit pas un diptyque, histoire de ne pas rester sur un sentiment d’inachevé. Tant pis. 




mercredi 15 avril 2020

Le Coin des libraires - La ville (#3 trilogie des Ferrailleurs) d'Edward Carey

Nous y sommes, la conclusion de la trilogie des ferrailleurs est là avec ce dernier opus intitulé La ville. Après avoir découvert le château des Ferrayor puis le faubourg, nous voici finalement propulsé dans la ville de Londres. Il semblait évident depuis le début que ça se terminerait là, du moins que la ville aurait une place de choix dans l'histoire. 

J'étais impatiente de commencer ce tome, de pouvoir enfin connaître le fin mot de cette fabuleuse histoire. Et pourtant j'ai été rapidement coupée dans mon élan. 



Le démarrage fut long, enfin disons que les cinquante premières pages ne m'ont pas forcément enthousiasmé est la raison est la focalisation. Et oui, moi qui trépignais d'impatience à l'idée de retrouver Clod et Lucy, j'ai dû accepter le fait de suivre un tout nouveau personnage, celui d'Eleanor Cranwell, une jeune fille qui réside à Londres. Au départ j'ai trouvé son récit énigmatique et donc prometteur, mais très vite j'ai trouvé que ça tournait en rond.

Heureusement que la première partie "Vu de l'extérieur" n'est pas trop longue et que la deuxième commence directement avec le récit de Clod. Londremor comme les Ferrayor l'appelle, n'est plus que l'ombre d'elle-même, la grisaille s'est emparée de la ville et avec elle, la poussière et les détritus. Un couvre-feu est mis en place, les Ferrayor sont activement recherchés, bref, il n'est pas bon d'être en cavale dans la capitale à ce moment-là. 
Oui mais voilà que tous les Ferrayor sont réunis dans une maison, serrés comme des sardine, forcés de se cacher, n'est-ce pas une honte pour une si grande famille de renom ? Et bien pas vraiment au final puisque les Ferrayor, ce sont les pestiférés, les ennemis. 

C'est dans une course contre la montre que Clod va devoir montrer qui il est vraiment, va-t-il se ranger du côté de sa famille et réaliser leur dessein ? ou au contraire va-t-il se rebeller une dernière fois, malgré le fait qu'il ait perdu la seule chose qui compte pour lui ? 

[…] Toujours prisonnier du passé, hein ? 
C’est là d’où je viens. 

Même si les Ferrayor sont traqués à Londremor, on ne peut pas dire que les forces soientt égales. Quand une famille a la chance de compter dans ses rangs des personnes qui peuvent se métamorphoser en objet, faire apparaître un espèce de nuage noir ou encore contrôler les objets, on peut dire qu'ils sont quand même largement avantagés de ce point de vue. Mais ce retournement de situation où les Ferrayor se retrouvent en position de faiblesse est intéressant puisque ça nous permet de les découvrir sous une autre facette. On apprend à connaître des membres comme c'est le cas de Pinalippy. J'ai aimé cette mise en avant de certains membres, qu'ils soient bons ou mauvais. 

En revanche, j'ai été légèrement déçue par ce tome parce qu'il ne se passe pas énormément de choses, la majeure partie de l'ouvrage étant consacré à préparer l'affrontement final qui aura lieu au Parlement. Alors évidemment ce manque d'action n'est pas un grand défaut puisque ça permet aussi à l'auteur de développer son imaginaire, de nous décrire avec plus de précision Londremor et ses habitants. Il est vrai qu'on s'attend à certains événements comme les retrouvailles de Lucy et Clod, même si j'ai longtemps cru à l'acte manqué.
Disons au final que j'aurais préféré qu'on aille plus rapidement à l'essentiel, qu'on mette peut-être de côté la mise en avant de personnages que l'on entraperçoit seulement - comme c'est le cas des porte-falot.

Malgré ça, ça a été un plaisir de suivre ces aventures dans Londres, d'en apprendre plus encore sur cette malédiction des humais qui se changent en objets. Et puis, retrouver les personnages de Clod et Lucy (ainsi que Benordur) a été un bonheur, j'ai adoré apprendre à les connaître, m'attacher à eux et espérer avec eux. Et puis il faut aussi souligner le fait que l'auteur ponctue là encore son récit d'illustrations. J'ai l'impression qu'il y en a plus dans ce volet que dans les précédents, et ça n'a pas été pour me déplaire. 


Finalement, je dirais que ce volet conclut très bien la trilogie, je suis heureuse de cette fin qui frise l'happy ending (il faut nuancer, Lucy nous dit quand même que les habitants de Londres commencent à les éviter, etc.), mais l'essentiel y est : Clod et Lucy enfin réunis avec en prime James Henry et les autres, que demande le peuple n'est-ce pas ! 
Même si le démarrage ne m'a pas enthousiasmé, une fois retrouvé le point de vue de Clod, tout s'est enchaîné jusqu'à la dernière ligne. Une bonne découverte que cette trilogie des Ferrailleurs que je recommande à tous ceux qui aiment le style streampunk ou encore les ambiances particulières, suffocantes et poussiéreuses. 


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La Ville d'Edward Carey publié au livre de poche en mars 2018 et traduit par Alice Seelow

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dimanche 12 avril 2020

Le Coin des libraires - Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

Philippe Besson m’a souvent donné envie. Auteur contemporain reconnu, il figure sans doute parmi les plus prolifiques aux côtés d’Amélie Nothomb. Longtemps hésitante face à Vivre vite, j’ai fini par me laisser surprendre par « Arrête avec tes mensonges ». Comme quoi, les bonnes occasions permettent souvent les belles trouvailles. 

« Arrête avec tes mensonges » est ma première lecture de Besson. J’ai aimé, j’ai même adoré. 


Roman aux allures d’autobiographie dès la première page, on fait la connaissance de Philippe Besson en 2007, écrivain, venu à Bordeaux pour faire la promo de son dernier bébé. Là, résurgence, remémoration, Besson a aperçu quelqu’un, une personne qui ne l’a jamais vraiment quitté malgré le nombre d’années. 
Cet homme, c’est Thomas, une connaissance adolescente. 

Retour en 1984, à Barbezieux, en Charentes, là où l’auteur a grandi. Nous faisons la connaissance d’un jeune homme gauche, timide, mal dans sa peau. Celui dont on se moquait pour « ses manières de filles » s’enterre dans le travail. Mais son regard n’a pas pu s’empêcher de croiser celui de Thomas Andrieu, dont la rumeur parle de ses penchants pour les garçons. 

Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m’est douloureux, comme sont douloureuses toutes les amours impossibles. […] La difficulté, on peut s’en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l’impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. 

C’est l’histoire d’un amour de jeunesse, sans doute du premier. C’est l’interdit, la séparation, la douleur, l’acte manqué. C’est la déchirure de la séparation. La promesse d’un bel avenir pour le futur écrivain, alors en route pour Bordeaux afin de rejoindre une prépa HEC. 
« Arrête avec tes mensonges » c’est l’histoire d’un amour impossible, l’histoire d’une ambition, d’une fuite et, par extension, d’un abandon. 

Ce roman m’a plu parce qu’il est sans chi-chi, Besson se met à nu en assumant un passé peut-être encore douloureux. La modestie du personnage m’a touché : à 17 ans, qu’est-ce qu’on sait de l’amour ? 
Je redeviens celui que j’étais avant, le garçon qui intrigue, pas celui qui plaît. Je me dis que plaire n’a duré que le temps d’une étreinte, dans un vestiaire. Que plaire n’a été qu’une illusion. 
Mais Philippe refuse de lâcher. Épris du beau Thomas, il doit faire face aux barrières que ce dernier met entre eux. Thomas qui refuse d’aborder « l’homosexualité » (terme qu’il n’utilise jamais), Thomas le défaitiste, le réaliste. Thomas qui sait que ce n'est qu’un amour adolescent, destiné à périr, destiné à mourir dès que Philippe s’en ira. 

Une multitude de sujets sont abordés dans ce roman : le manque de confiance en soi, l’abandon, la perte, la difficulté de s’assumer tel qu’on est. 
Cette lecture est déchirante, surtout la fin. 
J’ai eu comme une pression dans le coeur, celle que l’on ressent quand on a envie de verser une larme. C’est rare d’autant m’émouvoir en littérature, chapeau monsieur Besson pour cette belle histoire. 
J’articule ces derniers mots sans y mettre le moindre affect, comme si la vie, c’était ça, simplement ça, se fréquenter et se perdre de vue et continuer à vivre, comme s’il n’y avait pas des déchirements, des séparations qui laissent exsangues, des ruptures dont on peine à se remettre, des regrets qui vous poursuivent longtemps après.









mercredi 8 avril 2020

Le Coin des libraires - Le bonhomme de neige (#7 Harry Hole) de Jo Nesbø + adaptation cinématographique

Je relis rarement les livres, encore moins quand il s'agit de polar, mais avec Le bonhomme de neige de Jo Nesbø, la tentation était trop forte. 
Lu une première fois en décembre 2015 (lorsqu'on me l'a offert), j'avais un excellent souvenir de cette lecture et même si je me souvenais de l'identité du coupable, j'ai eu envie de le relire simplement parce qu'entre temps j'ai commencé la série Harry Hole par le début. 


C'est par le biais de cet opus que j'ai rencontré le fameux détective de l'auteur suédois, et donc c'est grâce à lui si j'ai eu envie de découvrir l'intégralité de ses aventures. 
Un volet encore sombre où Harry va être baladé d'un suspect à un autre afin de parvenir à identifier le premier serial killer répertorié d'Oslo. 

La vie d'Harry suit son cours, il lutte pour ne pas replonger dans l'alcool, il reste digne face à sa séparation d'avec Rakel malgré qu'elle soit au centre de ses pensées. D'ailleurs ça m'a fait bizarre de relire l'ouvrage en ayant lu les précédents cette fois car je sais pertinemment ce qu'il s'est passé entre eux, comment ils en sont arrivés là, etc. Alors oui, si on peut lire les tomes de manière indépendante, le plaisir de lecture est bien plus important lorsqu'on connaît la série dans son intégralité. 

Des femmes se font donc assassinées lors des premières neiges et Harry va enquêter sur ces meurtres. Comme toujours il y a très rapidement des pistes, des personnes à aller interroger si bien qu'on entre dans le fil de l'histoire sans même le remarquer. 
Et il en va de même pour le bouquin en entier, malgré ses presque 600 pages.

Alors il sonderait le visage d’autres personnes pour y trouver leur douleur et leur talon d’Achille, leurs cauchemars, mobiles et raisons de leurs auto-trahisons tout en écoutant leurs usants mensonges et en essayant de découvrir une signification à ce qu’il faisait : enfermer des gens depuis longtemps enfermés en eux-mêmes

Si Harry figure parmi mes personnages de polar favori, c'est bien parce qu'il est complexe, il est intelligent, intuitif et il sait ce qu'il fait (sauf quand il boit, évidemment), mais il lui arrive aussi d'être naïf, de passer à côté de choses suspicieuses. Bon après peut-être que c'est simplement mon entraînement d'apprenti détective qui me le dit mais on en parle du mec avec ses moisissures ? À aucun moment je laisse un gars entrer chez moi comme ça et faire sa vie ! et encore moins quand tu es inspecteur de police et que tu laisses la photo de ton ex et de son gosse à portée !! 

Tout cela pour dire que trois ans après je meurs toujours d'envie de savoir qui se cache derrière cette histoire de moisissure, pourquoi il fait ça et si on le connait déjà. Ce n'est clairement pas le plus important dans cet ouvrage, c'est vrai... Mais ça fait une information qui donne l'eau à la bouche c'est tout, et après l'enquête de malade que l'on vient de découvrir, je ne sais pas, je trouve normal qu'on ne désir qu'une chose : la suite. 
En attendant, l'affrontement final est épique autant que jouissif.

Un excellent tome, l'un des meilleurs selon moi et si je l'ai relu, c'est aussi pour pouvoir avoir un meilleur souvenir des événements avant d'attaquer l'adaptation britannique sortie en 2017. 

Le mal n’est pas une chose, il ne prend pas demeure. Au contraire, c’est une absence de chose, l’absence de bien. Tout ce dont tu dois avoir peur, ici, c’est de toi-même.



  • Du papier à l'écran 


C'est le réalisateur Tomas Alfredson, déjà connu pour avoir réalisé l'adaptation de La Taupe, un ouvrage de John LeCarré qui est aux commandes de cet ambitieux projet. 
Je dis ambitieux parce qu'il me paraît difficile de transposer cette histoire en film tellement elle est foisonnante. Difficile, mais pas impossible. Alfredson s'y connaît en adaptation, il a un casting plus que correcte et en plus Martin Scorsese lui-même compte parmi les producteurs du film, que demander de plus ? Bah Scorsese en tant que réalisateur ça aurait pas mal, alors pourquoi ça c'est pas fait, déjà ?
Et puis bah apparemment les conditions de tournage n'étaient pas optimales, mais est-ce suffisant pour justifier un tel échec ? 

J'y croyais. En voyant la bande-annonce je me suis dit "pourquoi pas ?" et au final il ne rend pas du tout justice à l'oeuvre de Jo Nesbø. C'est lent, extrêmement lent. 
Si l'histoire est à peu près respecté, il y a quand même des libertés, notamment avec le personnage de Rakel (Charlotte Gainsbourg), mais ce n'est pas forcément très gênant pour l'histoire. C'est bien de ne pas faire un simple copier coller d'un matériau de base je dirais. Là il y a quelques digressions, c'est supportable même si ce n'est pas toujours explicable.



Certaines scènes sont esthétiquement belles, elles m'ont fait penser au film Millenium mais à la version suédoise de 2009 hein, celle réalisée par Niels Arden Opley - oui ça fait vraiment la fille qui a zéro culture sur le cinéma nordique ! À part ça, on peut dire que la réalisation ne m'a pas semblé franchement mémorable, disons que je note la beauté des paysages dans un coin de ma tête. 

Le seul véritable point fort du film c'est la présence de Michael Fassbinder dans le rôle de Harry Hole, vraiment, c'était une trop bonne idée, il correspond tout à fait à l'idée que je me faisais du bonhomme ! Il éclipse clairement les autres acteurs, Charlotte Gainsbourg comprise.

En bref un film possédant quelques scènes à garder pour l'esthétique et l'atmosphère, un personnage principal intéressant mais un peu trop cliché et une histoire qui ne tient pas debout. C'est dommage quand on sait que les romans de Jo Nesbø sont extrêmement bien ficelés. Je l'ai vu, j'ai été déçue, pas besoin d'en faire toute une histoire, mieux vaut se concentrer sur la suite qui sera la lecture du Léopard, encore une belle brique en perspective ! 










dimanche 5 avril 2020

Le Coin des libraires - La Solitude des nombres premiers de Paolo Giordano

Je ne sais plus depuis combien d’années ce livre est sur ma liste d’envies, au moins six, ou peut-être même sept ? Bref la sortie des éditions collectors de Noël c’est toujours l’occasion de découvrir de nouveaux titres, et de s’en procurer d’autres qu’on connaît mais qu’on n'a pas encore eu le temps de lire. 

C’est ce qui s’est passé pour La Solitude des nombres premiers de Paolo Giordano. Je voulais le lire mais ce n’était pas pressé, et puis cette merveilleuse édition est sortie. 

Écrire cet avis risque d’être délicat. 
Les raisons ? l’attraction / répulsion que le roman exerce sur moi depuis que j’ai tourné la dernière page. 



Commençons pas le commencement, c’est-à-dire par l’enfance d’Alice, fille unique, envoyée aux sports d’hiver alors qu’elle déteste le ski, qu’elle est toute seule et qu’elle a ce problème d’avoir toujours envie de faire pipi une fois partie sur les pistes. Cet élément en apparence anodin va régler toute sa vie future. 
À coté, il y a Mattia, frère jumeau de Michela, atteinte d’une maladie, du moins d’un retard entraînant l’énervement du frère qui se trouve être mis au ban à cause de sa soeur. Un jour ils sont invités à un anniversaire, mais Mattia ne veut pas se coltiner son empotée de soeur, il décide donc de la laisser seule dans le parc… 

On retrouve les deux protagonistes quelques années plus tard, au lycée, où ils se rencontreront et deviendront amis. 

Ça c’est le postulat de base. 

Les années passant on suit Mattia et Alice dans des moments charnières. On les quitte pendant cinq ans, pour les retrouver grandit, et toujours amis.

Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. 

Ce livre m’a souvent fait penser à Un jour de David Nicholls, un roman où il est question de deux amis amoureux l’un de l’autre mais qui n’arrive pas à sauter le pas et qui préfère donc être malheureux de leur côté plutôt qu’heureux ensemble.
Pour moi La Solitude des nombres premiers c’est exactement ça. 

Le lecteur sait aussi bien que les personnages qu’ils s’aiment et pourtant il ne se passe rien… C’est le point négatif de ma lecture. J’avais peur que ce soit trop fleurs bleues en mode « on finit ensemble parce qu’on est des âmes soeurs » donc de ce point de vue là je n’ai rien à dire, mais je trouve que c’est un véritable gâchis — je ne suis jamais contente, je sais. 

Au-delà de ça j’ai adoré ma lecture. C’était hyper addictif, je lisais un chapitre j’avais directement envie d’en lire un autre. 
Mattie comme Alice sont des personnages que j’ai adorés, ils sont puissants, intéressants, recherchés. Je trouve que tout se passe dans les premiers chapitres. Si on ressent de l’empathie pour eux à ce moment, alors on en ressentira durant toute la lecture. 

Ils vivaient la lente et invisible compénétration de leurs univers, tels deux astres qui gravitent autour d’un axe commun, dans des orbites de plus en plus étroites, et dont le destin évident consiste à coalescer quelque part dans l’espace et le temps.

J’ai tellement accroché aux personnages et à leurs histoires que j’ai laissé de côté le roman pendant une semaine. Il me restait 80 pages mais je ne pouvais pas le finir. Je ne voulais pas les quitter, je ne voulais pas connaître la fin. Je voulais simplement rester dans cet entre-deux, celui où on a fait la découverte de vies et qu’on n’est pas encore prêt à connaître le fin mot. 

Mais il a bien fallu arriver au bout, accepter de refermer le livre et quitter cette histoire. 
J’aimerais une suite parce que le sentiment d’inachevé que je ressens refuse de s’en aller. Il n’y en aura pas, j’en ai bien conscience — elle aurait été écrite depuis bien longtemps sinon ! 
Alors j’ai lu les dernières pages et j’ai été déçue, déçue de voir la solitude triompher, de voir les non-dits gagner tellement de terrain qu’ils demeurent au centre de leur vie. 

Il y avait eu cet épisode, et il y en avait eu de nombreux autres, qu’elle avait oubliées, car l’amour de ceux que nous n’aimons pas se dépose à la surface de nos pensées et s’évapore en toute hâte.

La Solitude des nombres premiers est un très beau livre, bien construit, prenant dès la première page et aussi désespérément pessimiste. 

Mattie et Alice sont des personnages qui risquent de rester longtemps avec moi, des personnages pour lesquels j’éprouve une sympathie sans bornes, des personnages avec lesquels j’ai vibré, et appréhendé la fin. 





mercredi 1 avril 2020

Le Coin des libraires - J'ai soif ! soif ! soif ! mais soif ! de Jean-Marie Gourio

Mon premier de Jean-Marie Gourio, auteur français contemporain relativement reconnu avec un bon nombre d'oeuvres à son actif. 

Ce qui m'a donné envie de découvrir J'ai soif ! soif ! soif ! mais soif !, c'est son résumé - pour une fois ! - qui m'a fait sourire. Je ne m'attendais pas à un livre aussi court, mais finalement je me dis qu'étant donné le genre du livre, c'est bien mieux qu'il ne fasse qu'une petite centaine de pages. 


J'ai cru comprendre que les avis sont plutôt mitigés sur cet ouvrage, soit on aime bien, on trouve le sujet amusant et divertissant, soit on n'aime pas, on est déçu du fait que l'objet soit parasité par tout un tas de références littéraires. Et bien si on dit les choses rapidement, je dirais que mon avis se situe entre les deux. 


Comme on peut s'en douter, le sujet est posé dès le titre. Il va être question de boisson, et de boisson sans modération ! L'auteur commence par parler du lien alcool/écrivain, il prend un certain nombre d'exemples parmi nos classiques, c'est par exemple Apollinaire, ou encore Duras - je pense que l'auteur a d'ailleurs une profonde affection pour cette dernière vue le nombre de fois où elle est citée.

Accolé il y a des dérives liés à l'alcool avec des réflexions sur le statut d'écrivains, sur les angoisses de celui-ci par exemple. Certains passages m'ont semblé éclairant par leur vérité et d'autres m'ont paru trop légers, un peu moins travaillés peut-être. 
J'ai aimé ce livre en premier lieu parce qu'il m'a fait rire, ce qui est une chose rare en littérature pour ma part. J'ai découvert un ouvrage que je n'aurais probablement jamais lu si je n'avais pas été interpellée par le résumé complètement loufoque, à l'image du roman lui-même.

Comment peut-on écrire un livre qui ne soit que le sien ? Si ce ne sont pas eux qui m’étouffent, ce sont des phrases vaines et absurdes qui m’encombrent l’esprit. 

Les élucubrations du protagoniste se succèdent, on le suit lors d'un vagabondage où il fait se rencontrer des auteurs à l'exact opposé ou en tout cas, extrêmement différents comme c'est le cas de Céline, de Rousseau ou même de Proust. 
Le protagoniste convoque ceux qui pour lui sont des figures d'autorité littéraires, il en fait des personnages décalés et à mille lieues de ce qu'on peut imaginer d'eux - bon excepté peut-être pour Céline haha. 

J'ai aimé l'humour qui ressort de l'ouvrage, j'ai aimé toutes ces références littéraires ainsi que les réflexions que l'auteur a pu faire sur l'acte d'écriture. Aller boire un coup ne permet pas d'écrire, l'alcool n'est pas un élément oblige pour appeler son éditeur - encore moins si c'est pour l'insulter !! 


Définitivement j'ai passé un bon moment simplement parce que je me suis laissée porter, je ne connaissais pas l'auteur, j'avais envie d'une lecture légère et amusante et c'est exactement ce que j'ai eue. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi farfelu et c'est aussi parce que j'ai été surprise que j'ai autant apprécié. J'ai compris que ça allait être une lecture rapide parce que ça se lit extrêmement bien, parce qu'on se prend à sourire si ce n'est à rire devant les divagations du protagoniste. 

Combien de livres ai-je écrits en rêves ? Dans les trains ? Aux comptoirs des bars ? De combien d’idées fulgurantes mon esprit a-t-il accouché entre deux verres ? Dans un rayon du soleil qui se brise au travers des arbres ? Je tiens mon livre ! Ce coup-ci, c’est le bon ! 

L’image se floute et les mots s’en vont. 

Le réel bloque le passage à niveau. Il faudrait décrire le réel, mais le réel brut ne se décrit pas, il doit se tordre pour devenir livre ou musique. 




Thérèse Raquin d'Emile Zola

É crit trois ans avant de se lancer dans la grande entreprise que représente les Rougon-Macquart, Zola fait de Thérèse Raquin une sorte d’...