dimanche 15 mars 2020

Le Coin des libraires - L'Oeil le plus bleu de Toni Morrison

De Toni Morrison je n’avais lu que Home il y a bien deux ans maintenant je dirais. Je n’avais pas écrit d’avis dessus, malgré le fait que j’avais beaucoup aimé suivre Frank, de retour sur les routes de sa maison, suite à la fin de la guerre de Corée. 

Lorsque j’ai appris que l’auteure était décédée en août dernier, j’ai un peu culpabilisée. J’avais adoré Home et voilà que je n’avais rien lu depuis. 
C’est quand même sacrément triste de se dire qu’on attend presque qu’un écrivain décède pour se donner le temps de le lire...

Beloved était sur ma liste depuis quasiment aussi longtemps que Home, mais je m’étais dit qu’ils ont tous l’air intéressants, qu’ils ont tous l’air de nous donner une autre image des États-Unis, du racisme, de la condition des noirs, qu’ils soient hommes ou femmes. 

Je me suis achetée L’oeil le plus bleu début janvier. Parce que 10/18 l’a réédité dans une couverture magnifique ; parce que j’ai compris qu’il était grand temps de s’y mettre. 



J’ai commencé par ce titre parce qu’il est son premier roman
Paru en 1970, L’oeil le plus bleu se concentre sur trois personnes, trois fillettes / pré ado : Frieda et Claudia (l’histoire est principalement vue depuis le point de vue de cette dernière) et Pecola. Les trois sont noires, les trois sont opprimées. 

Cette histoire n’a rien de joyeux, bien au contraire. 
Durant quatre chapitres, quatre chapitres qui rythment les saisons, une année entière, celle de 1941, la narratrice va s’intéresser à la famille de Pecola, à son rêve d’avoir les plus beaux yeux bleus du monde. 

Le livre est sombre, si sombre qu’il n’est pas toujours facile de faire face. Le lecteur doit accepter la ségrégation, la violence, l’inceste, la pédophilie, et donc le viol. 
S’agissant de petites filles n’ayant même pas encore leurs règles (excepté pour Pecola), la crudité des événements fait froid dans le dos. 

Le contenu du livre ainsi que les partis-pris de l’auteure font de L’oeil le plus bleu un ouvrage difficile, sincère et poétique. 

Chaque membre de la famille enfermé dans sa propre cellule de conscience, chacun se fabriquant sa propre couverture de réalité en patchwork — en réunissant des fragments d’expérience ici, des bouts d’information là. À partir des minuscules impressions glanées de l’un à l’autre, ils créaient un sentiment d’appartenance et essayaient de vivre comme ils étaient.

Il est important de souligner l’importance des couleurs par exemple. 
Cette importance on la retrouve dans les fantasmes des filles : la volonté d’avoir des yeux bleus ou au contraire dans la haine : le dégoût pour les poupées blondes. 

Mais les couleurs, elles sont toujours de près ou de loin liées aux blancs, les couleurs leurs sont réservées, excepté pour le rouge du sang et le vert de la maison. Leurs couleurs sont le gris et le noir, inexorablement. 

L’oeil le plus bleu heurte en plein coeur. Il traite de sujets complexes, horribles avec une sensibilité infantile désarmante. 

Toni Morrison a signé un premier roman exceptionnel où les personnages, l’histoire, le style laissent présager l’oeuvre qui sera la sienne des années plus tard. 

Mais pour découvrir la vérité sur la façon dont meurent les rêves, il ne faut jamais croire ce que dit le rêveur.




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