mercredi 4 mars 2020

Le Coin des libraires - Bel oiseau du petit matin de Zoé Valdés

Bel oiseau du petit matin de Zoé Valdés est l’une des dernières publications des éditions de l'Observatoire 

Il y raconte l’histoire de deux vieux Cubains, l’un d’eux, Arsenio s’est exilé aux États-Unis il y a plusieurs décennies. Il revient à Cuba pour rendre visite à son vieil ami Elbio et tenter de rétablir une vérité trop longtemps enfouie, rejetée. 


Cette vérité longtemps cachée par le régime castriste, c’est les bienfaits apportés par l’ancien président cubain, Fulgencio Batista, élu en 1940 puis de nouveau au pouvoir en 1952, après avoir fait ce que Zoé Valdés appelle un « putsch » et ce qu’on appelle dans les livres d’Histoire un « coup d’état » — la différence résidant dans le fait que le putsch est un soulèvement, une prise de pouvoir qui s’effectue sans effusion de sang. 

Pendant 300 pages l’auteure, par le biais de ses deux vieillards va s’évertuer à dépeindre l’homme qu’était Batista, ses qualités, ses défauts. 
Il n’est pas question d’en faire l’apologie, simplement il est temps de rendre à César ce qui appartient à César et c’est là toute la prétention de l’auteure. 

Honnêtement je n’y connais rien du tout dès lors qu’il s’agit de l’histoire cubaine. Je serais donc bien en mal de dire « oui elle a raison », ou au contraire, « ce qu’elle raconte est un tissu de mensonges » parce que très franchement je n’en sais rien. Mais ce que j’ai apprécié dans ce livre, c’est la documentation, toutes les dates, les chiffres, les personnages ayant contribué à façonner l’histoire du pays. 

Bel oiseau du petit matin est un roman historique et actuel. Il nous parle de l’histoire cubaine au XXe, de sa libération des espagnols à la « révolte des sergents » en 1933 jusqu’à la montée au pouvoir de Castro. 

Pas besoin de faire des recherches sur Zoé Valdés pour savoir qu’elle est une dissidente au castrisme, la lecture de son roman suffit. De même qu’à la lecture on comprend pourquoi elle vit désormais en France. C’est dangereux d’écrire ce type d’œuvres, de déclamer que l’histoire de Cuba a été réécrite à l’avantage des Castro, que ces mêmes Castro n’ont rien fait de bénéfique à côté de Batista. 

« Comment ont-ils pu oublier l’homme qui s’est soucié du progrès du peuple ? L’homme qui, dès son arrivée au pouvoir, a construit plus de 700 bibliothèques itinérantes pour les enfants des villages éloignés de la Havane ; l’homme qui a construit Topes de Collantes et ouvert quelque 3000 écoles civicomilitaires. » 
Et le texte en est truffé de ces passages-là où on souligne les bonnes actions dont a fait preuve Batista.

Bel oiseau du petit matin est intéressant parce qu’il permet de remettre en perspective l’histoire cubaine, parce que Zoé Valdés parvient à nous entrainer dans l’histoire de son pays natal malgré le fait qu’on en connaisse rien. Elle décrit précisément les événements si bien qu’on est pas obligé d’être un expert pour comprendre. 

Ce roman est courageux parce qu’il aborde les conditions de vie dans un pays où la dictature est encore en place. Elle appuie là où ça fait mal en disant haut et fort que le régime castriste a réécrit l’histoire à son avantage et que cette histoire, ce n’est pas son Histoire mais un simulacre. 

Bravo à elle pour avoir écrit une histoire pareille, elle s’y est consacrée de 1992 à 2018 et on comprend pourquoi quand on va l’omniprésence des entrées, des citations, des recherches que ça a dû demander. 


À lire pour tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’histoire cubaine, ou qui désirent lire un ouvrage passionnant sur la figure teintée d’ombres et de lumières qu’était Fulgencio Batista. 

Le temps passera, mais nous, nous essaierons toujours de nous souvenir ; oui, parce que la mémoire est la seule chose qui nous reste pour résister. Même si c’est une mémoire secrète, une mémoire à la dérobée. Même si, pour sauver leur peau, certains font tout pour la perdre.


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