mercredi 19 février 2020

Le Coin des libraires - Sugar Run de Mesha Maren

Sugar Run est le premier roman de Mesha Maren. On va suivre le personnage de Jodi, âgée de 35 ans, en prison depuis qu’elle en a 17. Pour meurtre. Meurtre passionnel puisqu’elle a tué sa copine, Paula. 

Le roman s’ouvre sur la libération inespérée de Jodi. Après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison, Jodi a besoin d’un plan, d’un avenir. 
Et elle sait ce qu’elle va faire, non, ce qu’elle doit faire pour tenter de se racheter auprès de son ancienne maîtresse.



Jodi décide qu’il est grand temps d’aller chercher Ricky, le petit frère de Paula, celui que cette dernière devait protéger. Elle décide de le faire sortir de cette maison toxique et violente et de l’emmener sur les routes, jusqu’en Virginie Occidentale où la grand-mère de Jodi, Effy, possédait une petite cabane en plein coeur de la forêt. 

C’est ici que Jodi compte s’établir. 
Pas de rêve de grandeur, non, la simplicité, juste la simplicité. Vivre dans sa cabane, monter un élevage, planter des fruits et des légumes pour pouvoir vivre. La vraie vie quoi.

Mais sur la route Jodi fait la rencontre de Miranda, aussi belle que paumée. Miranda, mère de trois garçons qui est accro aux médocs, Miranda, incapable d’élever ses enfants doit accepter le fait que le père, un chanteur connu mondialement, lui ait pris les enfants pour les confier à sa propre mère. 

Ensemble, Jodi et Miranda vont tout faire pour créer leur propre cocon, à l’abri des regards, de la violence, de la solitude. 

Tout ça semble trop beau pour être vrai - et effectivement, ça l’est ! 
Le couple va devoir faire face à tout un tas d’obstacles plus ou moins importants - le premier étant d’être un couple lesbien dans un état où c’est clairement pas très bien vu ; le second étant que le terrain de la grand-mère a été vendue pendant qu’elle était en prison… 

Et puis elles ont chacune leur démon : Jodi a Paula, qui l’obsède toujours et dont on suit l’histoire au fur et à mesure des pages. Paula dont le titre du roman est directement inspiré de son personnage. 
Sugar Run, c’est un « cycle de chance » au poker. Et l’as du poker dans l’histoire, c’est bien Paula. 
Miranda a son addiction aux médicaments, sa solitude auprès de Lee, aussi détestable que bête. 


Si leur bref amour n’en valait la peine, alors leurs vies avaient été effacées, grattées comme deux allumettes - aussi vite que ça - pour rien.

J’ai beaucoup aimé Jodi, ses peurs, ses interrogations sur son futur. Je me suis sentie proche d’elle parce qu’elle est paumée, qu’elle n’est pas méchante, mais qu’elle a salement déconné par le passé. 
Miranda m’a souvent énervé, elle est toujours à côté de la plaque quand il s’agit de la vie ou de l’éducation de ses gosses. Elle est un cas désespérée et on le comprend dès le début, parce que dans le fond, on a pas l’impression qu’elle ait envie d’être aidé… 

J’ai apprécie le personnage de Ricky, tout en nuances, on ne sait s’il est gentil ou non, s’il est coupable ou non. C’est un personnage intéressant mais pas encore assez étoffé je trouve. 

Si j’ai trouvé le démarrage assez lent, et discerné ici et là plusieurs répétitions concernant les peurs des personnages, leurs défauts, etc. j’ai trouvé le roman bien construit. Surtout pour un premier roman, l’auteure s’en sort vraiment bien. Les répétitions font évidemment baisser le plaisir de lecture, mais on souhaite tellement savoir comment ça va se terminer qu’on passe outre.

Sugar Run se lit très rapidement, sans doute grâce à la plume de Mesha Maren et à la belle traduction de Juliane Nivelt. 
S’il n’est pas parfait, notamment à cause de son démarrage assez lent et du fait qu’on nous rabâche souvent la même chose, il est un roman intéressant sur la condition féminine en général mais aussi en prison, sur le besoin de s’émanciper de son passé, de se reconstruire. Bref de se laisser aller à vivre une autre histoire, une histoire qui ne serait pas la précédente. 

Elle s’observa de l’extérieur et se vit dériver, pleinement conscience de sa vulnérabilité, pas seulement à cet instant précis, tout le temps. Désorbitée, sans entraves, tournoyant vers une galaxie inconnue.
La fin m’a laissé pantoise. Le dernier chapitre m’a pris au dépourvu et encore aujourd’hui, une semaine après avoir achevé la lecture, je ne sais pas ce que j’en pense. Je m’attendais à un final un peu fleur bleu, du moins assez positif, pas à cette fin-là. J’ai un sentiment d’inachevé, comme si on m’avait donné l’addition avant même de me laisser prendre un dessert. C’est dommage, mais finalement ça ne nuit pas au plaisir que j’ai pu éprouver tout au long de ma lecture. 






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