dimanche 16 février 2020

Le Coin des libraires - #165 Le Peintre d'éventail d'Hubert Haddad

Mon premier roman de Hubert Haddad, auteur français d'origine tunisienne. J'ai commencé avec Le Peintre d'éventail, paru en 2013, parce qu'il est ma dernière trouvaille en date et celui que l'on m'a le plus conseillé. J'ai déjà lu Vent printanier du même auteur, un court texte autour de la Rafle du Vel d'Hiv. 

Tout d'abord j'ai été surprise par le choix du lieu, l'histoire se déroule en Asie, plus précisément au Japon. Surprise de prime abord, mais rapidement enthousiaste, je me dis que j'ai rarement eu l'occasion de lire des livres qui se passent en Asie. 


À la base, tout semble intéressant, le protagoniste, le lieu reculé dans lequel il va évoluer ; je m'y crois, au point que je fais des parallèles entre de vieux films japonais des années 50-60 et l'histoire que nous conte Haddad. Oui, mais rapidement des choses me chagrinent. 

Tout d'abord c'est cette lenteur dans l'avancée, ce sentiment d'être extérieur à l'histoire, aux lieux. Comme s'il s'agissait d'une toile de fond et que je ne pouvais pas y avoir accès de près. Je me sens exclue de l'histoire autant que par les personnages. Pas parce qu'ils ne sont pas moi (ou inversement), mais parce qu'ils ne possèdent pas réellement cette grâce qui me touche. 

Parce que le problème c'est aussi l'écriture. Tantôt pleine de poésie et de beauté, tantôt trop académique et trop grandiloquente pour moi. Sans rire, au bout de 10 pages, je me suis armée d'un crayon à papier afin de relever le trop grand nombre de mots que je ne connaissais pas (comme ludion). 

Et pourtant j'aimais ce que je lisais. Même en me sentant mise de côté, je trouvais que cette histoire avait du potentiel - et vraisemblablement, elle en a. 
J'ai donc persévéré au point de le terminer, faut dire que c'était pas non plus trop difficile étant donné qu'il ne fait même pas 200 pages. 

Peindre un éventail, n’était-ce pas ramener sagement l’art à du vent ?

Matabei est un personnage intéressant, mais trop évanescent. Je le vois comme un être fantomatique, un peu comme tous les personnages et en particulier celui d'Enjo qui m'apparaît comme fantasmé plus qu'autre chose. 
Malgré tout, Matabei m'a touché par sa sensibilité, par son amour pour ce jardin et pour ces éventails qui signifient tout pour lui. Sa vie est d'une grande simplicité, il n'en reste pas moins détenteur d'un grand savoir. 

Le récit qui nous est raconté par Hi-Han, disciple de Matabei se lit très vite, mais je pense qu'il contribue à ce sentiment de distance, de rejet du lecteur dans l'histoire. À vrai dire, je trouve que ce personnage est un peu insipide, sans grande consistance. 
C'est un récit enchâssé que l'on nous délivre : Hi-Han nous raconte la vie de son maître Matabei, qui lui-même raconte l'histoire du véritable peintre d'éventails, de cet homme qui a tout donné pour le jardin de Mme Hison, une ancienne geisha. 

Le Peintre d'éventail m'apparaît comme un roman de la contemplation, dans le sens où rien n'est absolument palpitant dans le livre. Le début inaugure bien ce à quoi on va être mangé si bien qu'il ne faut pas s'attendre à des surprises, à des personnages extrêmement aboutis - pour ma part, ce n'est pas le cas. 
C'est bel et bien parce que j'ai eu le sentiment de ne pas avoir ma place dans cet univers, et que la qualité de l'écriture est trop élevé pour moi pour bien tout comprendre que j'ai été déçue par cet ouvrage. 
J'ai le sentiment d'être passé à côté et c'est dommage, parce que ça reste prometteur. Mais je ne baisse pas les bras, j'ai encore deux autres livres de cet auteur dans ma bibliothèque. Et puis son dernier, Un monstre et un chaos me fait très envie ! 

Les saisons ne vieillissent jamais. Un éternel été succède au beau suicide du printemps. 








mercredi 12 février 2020

Le Coin des libraires - #164 La Vie silencieuse de la guerre de Denis Drummond

Lors de la rentrée littéraire de septembre 2019 est paru au Cherche l’ouvrage La Vie silencieuse de la guerre, signé Denis Drummond. 

J’avais très envie de le lire, et aussi un peu peur. Pas parce qu’il parle de guerre, non ça je commence à avoir l’habitude je crois. Mais parce qu’il s’agit de pays dont je ne sais pas grand chose, hormis le Rwanda. 
C’est ce qui m’a lancé. 


Ce livre met en scène trois protagonistes : Enguerrand, Jeanne et Gilles.

Tout commence avec une lettre du premier. En s’adressant à Jeanne, Enguerrand lui demande de contacter un galeriste et de regarder avec lui des négatifs ainsi que son journal et ses notes. 

Le roman se divise en 5 parties, les quatre premières sont centrés sur un pays différent, un pays dans une situation délicate, un pays à feu et à sang. 

Rwanda, Bosnie-Herzégovine, Afghanistan, Irak

Les voyages s’étendent sur 9 ans, 1994 pour le Rwanda, 2003 pour l’Irak. 
Et à chaque fois, on retrouve un Enguerrand fidèle à lui-même et en même temps toujours plus entamé par les horreurs de la guerre. 

La mise en abîme du titre m’a plu, dans la mesure où ce titre, il est représentatif du travail à la fois de Denis Drummond, et de Enguerrand. 
En voulant représenter la guerre, Enguerrand, en photo-reporter qu’il est, la magnifie. Il la rend somptueuse, fragile et impitoyable.
« Je te serre dans mes bras sans abîmer ton rêve. Tu sentiras chaque jour mon souffle sur ta nuque. Mon souffle et mon odeur refermeront tes poings sur les plis de ton drap. Dors, mon aimée, dors, mon amour, dors en paix, car je retourne à la guerre. Elle est là qui m’attend. »
Je ne sais pas si j’ai préféré suivre les péripéties du photographe par le biais de son journal ou les descriptions de ses photos. Des descriptions si réalistes qu’on a presque l’impression d’avoir devant nous les décors, les êtres qui occupent le cadre. C'était assez étrange comme expérience et en même temps, j'ai trouvé ça dingue, cette capacité de retranscrire une photographie et tout ça uniquement par l'usage de mots. Parce que ces descriptions si minutieuses nous entraînent véritablement au coeur des oeuvres. 

Il y a vraiment un gros plus dans les descriptions, cette importance de rendre presque palpable les détails des photographies pour représenter un sentiment. 
Et puis il y a aussi tout ce parallèle avec la peinture qui est grandiose. Pour ça, le personnage de Gilles est passionnant quand il nous parle de ce que sont les Ex-voto par exemple et les met en lien avec les photographies.  

J’avais peur de ressortir de cette lecture le coeur plombé par les horreurs, dégoûtée de l’humain et incapable de lire autre chose. Mais en réalité Denis Drummond parvient très bien à concilier horreur de la guerre et vie tranquille à Paris. 
Malgré le fait qu’il s’agisse d’un sujet sensible et que le lecteur soit catapulté dans différents pays en guerre, la lecture n’est pas si déprimante que cela. Sans doute parce qu’elle permet de donner un autre regard de la guerre, des massacres. Sans doute parce que le travail d’Enguerrand est accompli et ce travail est nécessaire pour ceux qui n’ont pas connu les affrontements ni les tueries. 
« La guerre a ses mensonges, ses écrans de fumée, elle sait endormir, faire se lever un soleil dans la nuit, attraper la lune du bout des doigts. Elle porte le masque de la vérité. À défaut de savoir, que peut-on croire ? » 
Concernant la fin, je ne sais pas trop sur quel pied danser. Est-ce que c’était la meilleure fin possible ? ou est-ce qu’au contraire on ne termine pas sur une note pessimiste, ce qui ajoute un aspect encore plus déprimant à l’entreprise ? Mais bon, je me dis qu’au moins cette fin, elle a le mérite d’être réaliste…

La Vie silencieuse de la guerre est paru il y a six mois maintenant et pendant ma lecture je ne pouvais m’empêcher de me répéter : pourquoi n’a t-il pas fait plus de bruit ? pourquoi est-ce que je l’ai si peu vu sur les réseaux sociaux ? 

Ce roman aurait dû être plus visible. Il traite d’un sujet de notre temps et sans fioritures, sans chichi, Denis Drummond nous entraîne, avec une grande sensibilité, au coeur de la guerre et de la détresse humaine. 
Pour conclure, je crois que la meilleure phrase pour parler de ce livre, c'est encore la phrase conclusive de sa quatrième de couverture : « Une œuvre hors du commun, à la frontière de l’horreur et de la beauté. »




samedi 8 février 2020

Le Coin des libraires - #163 Trois cercueils blancs d'Antonio Ungar

Deuxième parution de la collection Notabilia, j'avais très envie de me plonger dans ce roman colombien - mon deuxième roman après Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. 


Au commencement de ma lecture de Trois cercueils blancs je me suis dit que c'était mal parti : un roman où la politique occupe une place centrale, très peu pour moi. 
Oui mais ça c'était avant d'arriver au début, plus précisément au chapitre qui débute après la fin de première la partie. J'avoue que les cinquante premières pages, correspondant au chapitre "Avant de commencer" ne m'ont pas franchement plues. J'ai trouvé ça long et simplement pas à mon goût. 
J'évite ce qui touche de près ou de loin à la politique généralement

Oui mais ça c'était pour les cinquante premières pages. Une fois celles-ci passées, c'était bon, j'étais dans l'histoire. Il fallait que José Cantoná accepte de prendre la place de Pedro Akira, leader de l'opposition au régime pour que je sois pleinement dans l'histoire. 

Avec ce changement d'identité, Cantoná va découvrir un nouveau monde, il va découvrir quelle était la vie d'Akira, cet homme désormais mort qui lui ressemblait et qui en plus était le symbole du futur pour beaucoup d'habitants du Miranda. 

La stratégie est bonne et on suit le protagoniste avec peur et envie. Il passe d'une vie inutile et grise pour une autre, plus palpitante, plus entourée, plus dangereuse aussi. 
Je n'ai pas envie de dévoiler les événements, de gâcher le plaisir de lecture, car ce qui est sûr, c'est que j'ai passé un excellent moment de lecture

Je ne pensais pas accrocher à l'histoire à cause de la forte présence de la politique et au final, on a l'impression qu'elle passe un peu au second plan. Ce qui compte, c'est d'abord la transformation, le fait de faire de Cantoná un Akira plausible, un opposant au régime aussi charismatique qu'intelligent. Un modèle en quelque sorte. 

Devenir Akira apparaît comme la chance de sa vie, la possibilité de faire quelque chose de grand, de reconnu et de trouver l'amour aussi. C'est en la personne d'Ada qu'il va trouver du réconfort, de l'aide et du soutien. C'est grâce à son amour qu'il va aller aussi loin. 

Le gros point fort de ce livre, c'est les différents registres. Le ton est globalement sérieux - il est quand même question de dictature, de meurtres et autres méfaits fomentés par le président et ses amis... - mais on trouve par moment des passages vraiment amusants, où l'on est obligé de rire. C'est plaisant d'avoir un récit aussi sérieux dans ses événements avec un ton ouvertement ironique, si ce n'est cynique. 
C'est une sorte de satire sur les dictatures d'Amérique du Sud. La République de Miranda n'existe pas réellement, elle est une dictature commune à bons nombres de pays. Il ne faut pas prendre le récit tel qu'il est mais plutôt s'en détacher pour comprendre à quel point Antonio Unger parodie les écrits sur les dictatures d'Amérique latine.
Je la vois et je comprends que quelque chose d’anormal est advenu dans les hautes sphères célestes pour que je reçoive un tel cadeau. Je commence à m’apercevoir, dès cette première nuit avec Ada, que je suis un autre. Qu’à l’intérieur de moi-même quelque chose de minuscule s’est brisé pendant que nous faisions l’amour et que cette petite rupture interne a altéré les forces qui me gouvernent et a commencé à me libérer de moi-même. 
Finalement plus qu'un récit sur le besoin de renverser une dictature pour la remplacer par un gouvernement démocratique, du moins, un minimum égalitaire, c'est l'occasion de décrire l'avidité, de montrer combien tout homme est prêt à tout pour obtenir le pouvoir et le conserver, à l'image de Del Pito, président de cette république, responsable de tout un tas de méfaits et évidemment jamais épinglé pour être jugé. 

Rien ne tourne rond dans ce monde, Cantoná ne peut pas se fier à tout le monde, ce qu'il apprendra à ses dépens... 


J'ai été très emballée par cette lecture parce qu'elle m'a happée. C'était une lecture haletante où on a envie d'aller plus loin pour savoir qui est corrompu, qui ne l'est pas, comment ça va se terminer pour José et Ada. Aussi pour savoir si José va parvenir à faire fuiter ses informations, s'il va mourir ou s'il y a un espoir de renverser un régime aussi épouvantable qu'odieux. J'étais embarquée dans cette histoire comme si je lisais un véritable récit d'espionnage où se mêle l'humour à la recherche

La dernière partie correspond à une espèce de suite au récit lui-même, comme si le texte qu'on venait de lire était bel et bien un roman, ou plus exactement un témoignage et que celui-ci avait été modifié à des fins de protection. Par exemple, la République du Miranda est en fait un faux nom pour désigner un lieu bien réel. Décidément, l'ironie ne s'arrête jamais. 


J'ai trouvé cette histoire intéressante et prenante, malgré le fait que je ne suis sans doute pas parvenue à saisir toutes les nuances dans l'histoire, à toujours bien lire entre les lignes ce que l'auteur voulait réellement nous dire. Je pense qu'il me faudrait le relire pour déchiffrer de nouveaux éléments. 
Pour ce qui est du style de l'auteure, je ne connaissais pas Ungar mais j'ai été heureuse de pouvoir le découvrir par le biais de cet ouvrage. Ma bonne appréciation du livre tient autant au fait qu'il m'a entraîné dans son histoire par sa plume que par sa capacité à mettre en scène une histoire tout autant sérieuse et glaçante qu'amusante et entraînante ! 

Le bonheur dure pas longtemps, mais quel bonheur le temps que ça dure !








dimanche 2 février 2020

Le Coin des libraires - #162 Glacé de Bernard Minier

J’ai reçu Glacé de Bernard Minier à Noël, il y a bien trois ans maintenant. Ayant très envie de lire un polar et plus encore pendant la période hivernale, ce roman m’a paru être ce qu’il fallait. 

Glacé est le premier volet d’une saga centrée autour du commandant Servaz, qui compte à ce jour cinq volumes. 


Nous sommes en décembre 2008, Diane, une jeune psychologue suisse arrive à l’Institue Wargnier afin d’étudier un certain nombre de malades. Bon j’ai trouvé un peu gros la présence de l’institut refermant les plus dangereux psychopathes d’Europe, mais passons.

On retrouve pas très loin le corps d’un cheval, sans tête, et accroché à une falaise. Le commandant Servaz qui travaille à la PJ de Toulouse est appelé pour prendre en main l’enquête.

Énervé à l’idée de devoir mettre de côté son enquête actuelle (des ados qui ont tué un sans abri) pour s’occuper d’un cheval, le commandant va devoir accepter qu'il ne s'agit pas de n'importe quel  cheval et qu'il n'appartient pas à n’importe qui. Peu importe dans quel pays on se trouve, si on a de l’argent, on est toujours important. 

J’ai été happée par cette lecture. Je pensais la traîner un certain temps au vue de sa longueur : plus de 700 pages quand même ! et en réalité il a été lu si rapidement ! J’étais tellement dedans, je voulais tout le temps le continuer, en venir à bout pour trouver le coupable. Pour savoir si Diane allait enfin avoir une quelconque utilité dans cette enquête. 

L’enquête piétine, mais la lecture jamais. Alors oui il est vrai que certains éléments semblent un poil trop simple : comment Diane peut-elle se promener tranquille en pleine nuit dans un institut sans être remarquée ? ça fait plutôt froid dans le dos de penser ça comme ça, mais bref. 

Les personnages créés par Minier sont prometteurs, que ce soit le collègue de Servaz, Vincent, ou encore la magnifique gendarme, Irène, que j’ai d’ailleurs longtemps suspecté. 

Glacé est une première enquête intrigante, une histoire à dévorer pour découvrir la suite. Ce n’est pas un coup de coeur, je suis restée un peu sur ma faim quand j’ai compris qui était le coupable (disons que c’est la première personne que j’ai suspectée), mais c’était si bon de le dévorer, de tourner les pages sans avoir envie d’arrêter. 
C’est pour moi la définition d’un bon thriller et pour un premier, il remplit amplement sa tâche. 

À voir la suite avec Le cercle maintenant - ça tombe bien, je l’ai reçu à Noël ! 




mercredi 29 janvier 2020

Le Coin des libraires - #161 Idaho d'Emily Ruskovich

Mon premier Gallmeister. Je n’aime pas lire les quatrième, alors je me fie beaucoup au titre, à l’auteur, à la couverture. Là, c’est cette couverture verte qui m’a attirée. J’avais envie de le découvrir, surtout que cette mention « Troublant obsédant et superbement écrit » faisait que de se répéter dans mon cerveau, comme un appel. 

J’entre donc au coeur du livre et là, c’est l’amour total.

Les thèmes sont nombreux, et sont tous parmi mes favoris : le drame familial, la mort, le désespoir, la nature… et la mémoire. 
Que demander de plus n’est-ce pas ? 

Oui ce livre, je le sentais ça allait être une de mes meilleures lectures de 2019, c’était sûr et certain.


Oui mais voilà que je poursuis ma lecture à tout berzingue et que, bon gré, mal gré, j’ai le sentiment qu’il manque quelque chose. L’aspect fragmenté, éclaté de la narration qui d’habitude ne me gêne pas outre mesure est trop haché cette fois. 

Je me suis prise d’affection pour l’héroïne, Ann, la deuxième femme de Wade. Celle qui a pris soin de lui après le drame, après que sa première femme, Jenny, a commis l’irréparable. Elle doit accepter d’aimer un homme qui va l’oublier, un homme atteint de démence sénile. Cette démence est comme qui dirait foudroyante, si bien que d’un jour sur l’autre, Wade oublie tout, jusqu’à ses petites filles mortes à cause de leur mère…

C’est la texture de ses souvenirs, non pas l’émotion, qui a disparu. Lentement, les choses se mélangent, les lignes se brouillent, les lieux se vident d’impressions.

Ann, dans une volonté farouche de découvrir la vérité avant qu’il ne soit trop tard tente le tout pour le tout. Elle veut savoir ce qu’il s’est passé, comment ça a pu se produire. 

Il faut accepter que pour certaines lectures, le doute demeure, que la quête de vérité restera inassouvie. 
J’ai adoré la beauté de la plume d’Emily Ruskovitch, pleine de justesse et de poésie — en tout cas j’imagine que c’est un très bon travail de traduction qui a été effectué par Simon Baril, alors bravo à lui ! 

J’aimerais dire que j’ai adoré de A à Z parce que c’est presque le cas, mais il reste cette tâche noire, celle où on ne nous dit pas clairement ce qui a déclenché la folie de Jenny, celle où on reste pantois et pantelant avec nos théories. Des théories invérifiables ; une histoire où la vérité n’a pas sa place. 

J’ai aimé Ann ainsi que Wade, complexe comme sa maladie. Ils forment un couple attachant a contrario de Wade et Jenny. 
On sent bien que l’auteure ne souhaitait pas écrire un thriller où la résolution nous serait donnée à la fin. Ce qui intéresse Ruskovich, il semble que ce soit plus le parcours de ces âmes, le cheminement qui les amène là où elles finissent. 

Idaho est un roman puissant, « troublant et obsédant » semblent être les mots justes. On frôle le coup de coeur, et l’unique raison pour laquelle ce n’est pas le cas, c’est ce manque de pistes, ce manque d’explication qui, pour mon petit cerveau qui veut toujours trouver les raisons du pourquoi et du comment, me laisse tel un chien mordant son os. 


Néanmoins si Emily Ruskovitch publie un autre roman et que Gallmeister se prend d’envie de le traduire, alors ils pourront compter sur moi pour le découvrir ! 

Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. La douleur est aussi présente dans son corps que sa signature l’est dans sa main. Il peut signer son nom parfaitement, mais il ne peut pas l’écrire. Déjà que le W est difficile, le A est impossible sans l’élan de la signature, qui permet d’enchaîner les lettres. Il connaît son prénom mais n’arrive pas à s’en représenter les différentes parties, à moins de pouvoir compter sur l’inertie de sa main. Il connaît sa douleur, aussi, mais la source de cette douleur est perdue sans le mouvement qui l’accompagne. Elle devient une chose statique, déconnectée, difficile à identifier.



samedi 25 janvier 2020

Le Coin des libraires - #160 Fort comme la mort de Guy de Maupassant

"Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras ; car l'amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts [...]." 

Le titre de ce roman paru en 1889 est tiré du Cantique des cantiques. Personnellement, ce titre m'a immédiatement fait penser au premier volet de Le livre de Dina, de l'auteure norvégienne Herbjørg Wassmo. 
En effet, on trouve en épigraphe d'un chapitre (peut-être même du premier chapitre ?) cette citation tirée de la Bible. 
Largement détournée, cette citation est en fait le point de départ pour un Maupassant vieillissant, effrayé par le temps qui passe et par la mort. 

Peut-être plus important que l'angoisse de la vieillesse, ce roman est l'occasion de parler d'amour, d'un amour "plus fort que la mort" elle-même.


Maupassant figure parmi mes auteurs fétiches - aux côtés de Beauvoir et Zweig - il est donc normal que je veuille lire toutes ses oeuvres.
Auteur du XIXe donc, il appartient à ce siècle qui a vue s'épanouir de grands auteurs de roman, tels que Balzac, Zola, Dumas ou encore Flaubert. Mais il est un auteur bien moins prolifique que les deux premiers par exemple puisqu'il n'a pas écrit énormément de romans (six en tout, plus un dernier qui demeure inachevé) et on le connaît surtout pour ses écrits journalistiques ou pour ses nouvelles qui, elles, sont en grand nombre.


Bref, tout ça pour dire que Fort comme la mort est mon troisième roman de l'auteur. Après avoir étudié (et pas trop trop apprécié) Bel Ami (1885), j'ai énormément aimé me plonger dans Une vie (1883). Mais je dois dire que je l'apprécie surtout pour ses nouvelles, en particulier celles sur le suicide, ou celles figurant dans le recueil Contes du jour et de la nuit (je vous en ai d'ailleurs parlé dans un bilan mensuel en 2016).

Pour moi il est un des plus grands auteurs du XIXe dans le sens où il s'est énormément intéressé à la vie rurale de l'époque  - comme le démontre certaines de ses nouvelles, à l'instar de La Rempailleuse. Surtout, il est un auteur avec des préoccupations qui m'intéressent, son angoisse de vivre, sa pensée sur le suicide (il a d'ailleurs fait des tentatives), l'importance de la solitude, et la grande place de la folie dans sa vie et donc par extension, dans ses oeuvres.

Fort comme la mort est son avant-dernier roman, et je le vois un peu comme un roman de la maturité. Roman de la maturité dans le sens où Maupassant se concentre sur un aspect fondamental de la vie : le vieillissement.

Les deux thèmes fondamentaux de cette oeuvre sont le passage du temps donc, et l'amour.
Le thème amoureux est, je trouve, à nuancer dans le sens où Maupassant n'a jamais été un grand romantique, enfin d'après moi il était un coureur de jupons, il aimait la présence féminine, mais pas au point de s'enchaîner dans une vie auprès d'une femme. Il n'a jamais été marié et on peut penser qu'il a eu des enfants, mais des enfants non légitimes puisqu'il n'en a reconnu aucun, mais que l'histoire monterait qu'il en ait eu au moins trois.
De ce point de vue, je vois l'homme (et non plus l'écrivain) comme un être égoïste et misogyne. Bien évidemment les moeurs n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, mais il n'empêche que reconnaitre ses enfants est le minimum... Sans doute voyait-il le bonheur conjugal comme quelque chose d'impossible pour un artiste, comme quelque chose le privant de sa créativité et de sa liberté.
Pourquoi donc est-ce que rien ne se réalise ? Pourquoi ne peut-on rien saisir de ce qu’on poursuit, ou n’en atteint-on que des parcelles, qui rendent plus douloureuse cette chasse aux déceptions ?
Mais revenons en au roman.
Nous allons suivre Olivier Bertin, un peintre académique et renommé résidant à Paris. Dès le début on fait également la rencontre d'Anne, une femme mariée qui sera sa maîtresse.
De prime abord l'histoire n'a rien d'originale, ce n'est pas comme si l'adultère n'était pas quelque chose de commun à l'époque, n'est-ce pas.
Mais rapidement on entre dans la vie mondaine de l'époque et l'auteur nous en fait une critique à peine voilée. Le peintre Bertin est loin du Claude de Zola dans L'Oeuvre, il n'est pas un peintre sans renommé, il n'est pas non plus un peintre qui vit véritablement pour son art. Artiste assidu mais pas trop, on peut dire que ses oeuvres sont jolies, mais non pas belles, ni même grandioses - ce qui explique la renommée fulgurante et le fait que celle-ci redescende comme un soufflet...

Le métier d'Olivier est important pour nous introduire dans les salons, et c'est véritablement une galerie réduite que Maupassant met en scène dans Fort comme la mort. Plutôt que de nous présenter un large éventail de personnages, il se concentre sur une petite fourchette, chose que j'ai énormément aimée. Non parce qu'il faut bien le dire, quand on nous introduit 10 personnages en même temps, bah j'en retiens pas la moitié haha !

À côté de son métier, on se concentre énormément sur la relation extraconjugale entre Olivier et Anne, cette si belle femme qui va occuper sa vie durant plus d'une décennie. Ils vont s'aimer de près, mais en secret. C'est une relation d'amour partagée, mais aussi une relation qui ne convient pas à Olivier qui se rend compte qu'au fur et à mesure que les années passent, il terminera sa vie seul, dans l'obscurité de son atelier, sans personne auprès de lui. Le problème qui se pose d'abord, c'est donc celui de la solitude.
Olivier aime Anne (et vice versa), mais elle ne lui appartiendra jamais réellement, et il en prend pleinement conscience qu'au fil du temps.

Anne de son côté est une très belle femme, mais voilà qu'elle devient vieillissante, moins jolie, moins présente aussi pour Olivier.
Mais la rupture s'effectuera véritablement qu'à la mort de la mère d'Anne, lorsqu'Olivier va retrouver la jeune Anne, cette femme qu'il a tant aimé par le passé, à travers le visage d'Annette qui n'est autre que la fille d'Anne.
Et là, c'est le drame.

Ponctué par des descriptions à la fois admirables et cyniques, Maupassant parvient d'une main de maître à décrire un environnement nocif, dans lequel la bourgeoisie a bafoué la beauté, où les femmes ne sont que des objets, accessoires appartenant à la panoplie des hommes du monde.
C'est avec un héros tragique, Olivier, que l'auteur parvient à nous révéler des angoisses encore existantes aujourd'hui telles que la peur de vieillir et donc celle de mourir ; la peur de la solitude, tout autant que la peur du manque de reconnaissance.
Olivier est un artiste torturé, un artiste plus préoccupé par ses amours que par son art, un artiste qui sera condamné à cause de l'amour.

Un texte admirable par son propos, une plume énergique et magnifique qui nous tient en haleine jusqu'au dénouement final.
Finalement, l'amour est-il plus fort que la mort ?
Je l’aime aujourd’hui, parce que je vous y trouve. Je ne saurais plus vivre en un endroit où vous n’êtes pas. Quand on est jeune, on peut être amoureux de loin, par lettres, par pensées, par exaltation pure, peut-être parce qu’on sent la vie devant soi, peut-être aussi parce qu’on a plus de passion que de besoins du coeur ; à mon âge, au contraire, l’amour est devenu une habitude d’infirme, c’est un pansement de l’âme, qui ne battant plus que d’une aile s’envole moins dans l’idéal. Le coeur n’a plus d’extase, mais des exigences égoïstes.





mercredi 22 janvier 2020

Le Coin des libraires - #159 Brûlant secret de Stefan Zweig

Je continue ma découverte de la bibliographie d'un de mes auteurs favoris : Stefan Zweig, par le biais d'un recueil de quatre nouvelles titré par la première : Brûlant secret


Avec ces quatre nouvelles, Stefan fait preuve une fois encore d'inventivité et de précision dans la description des sentiments et des événements. 
Une première nouvelle qui donne envie, suivie de deux autres tout aussi passionnantes, la dernière, Les deux jumelles est celle qui m'a le moins intéressée. Pour cette raison, j'ai décidé d'aborder les trois premières nouvelles du recueil et de laisser de côté Les deux jumelles.


  • Brûlant secret (1911, publication originale)

Dans cette première nouvelle, on va suivre un baron, résidant à Vienne qui vient dans le Semmering pour les vacances. Il ne connaît personne parmi les résident, il s'ennuie et décide d'occuper le temps en séduisant une jeune femme, mère du petit Edgar.

Si de prime abord le baron apparaît comme le protagoniste, il n'en est rien. Il semble plus être le prétexte pour introduire le véritable personnage principal : Edgar, cet enfant maladif et solitaire.
Pour la première fois, j'ai découvert le portrait d'un enfant sous la plume de l'écrivain autrichien.

J'ai énormément aimé le changement de tempérament chez celui-ci, sa réflexion, son ingéniosité. Malgré la brièveté du texte, Zweig, en maître incontesté de la nouvelle parvient à faire évoluer son personnage pour arriver à une conclusion des plus passionnantes.

En effet, le Semmering sera le lieu d'apprentissage pour Edgar, le lieu où il découvrira un monde qu'il ne connaît pas, le lieu qui lui permettra de tenter de s'émanciper tout en lui faisant prendre conscience de la réalité dans laquelle il n'a jamais vécu auparavant.
Si j'ai pu m'interroger sur le titre de certaines nouvelles - c'est le cas pour Wondrak par exemple - je trouve que Brûlant secret est parfaitement adéquat pour illustrer l'histoire qui nous est contée.
C'est bien parce qu'Edgar comprend qu'il y a un secret entre sa mère et le baron qu'il va commencer à réfléchir, à évoluer d'enfant jaloux et capricieux à celui de déserteur.

La tristesse le prend. Celle ressenti quand l'on comprend que sa propre mère préfère la compagnie d'un homme à celle de son fils ou encore lorsque l'on comprend que son premier ami n'est en réalité qu'un profiteur, un homme abject prêt à mentir pour arriver à ses fins.
On comprend la peine d'Edgar, le fait qu'il se sente délaissé et perdu, mais paradoxalement, on ressent aussi de la colère envers lui. Pourquoi se montrer si virulent, pourquoi ressent-il le besoin de les espionner ?

Ses raisons peuvent être compréhensibles (il veut démasquer le baron, puisqu'il pense que celui-ci est un être dangereux) autant que complètement répréhensibles (il saute sur le baron dans le couloir, lorsqu'il pense que celui-ci est en train de forcer sa mère).

Finalement, ce garçon tout aussi amusant qu'énervant va se révéler attachant dès le moment où il décide de partir, de prendre le train. J'ai énormément aimé le moment où il se retrouve seul, où il comprend lui-même qu'il voulait être traité en adulte, mais qu'il reste un enfant, incapable de connaître la valeur des choses. Sa peur me l'a rendu agréable, contrairement au baron qui reste à l'état de profiteur, de coureur de jupons et de lâche comme on le voit lors de sa dernière apparition.

Edgar refuse d'être utilisé comme appât, il refuse que les adultes se servent de son jeune âge pour le manipuler. C'est par ce rejet qu'Edgar va découvrir l'inconnu, qu'il va entrer dans le monde des grands, lui qui se trouve trop vieux pour être traité en enfant.
La jalousie est au centre de cette nouvelle, mais pour une fois, ce n'est pas simplement une jalousie d'amoureux, c'est une jalousie amicale autant que filiale. Lequel des deux hommes aura la mère ?

Une ombre d’ennui qui se dissimulait dans ses yeux sombres, sous forme de mélancolie, planait sur son existence et obscurcissait sa sensualité. 

  • Conte crépusculaire 

Le passage à l'âge adulte, la découverte du désir et de l'amour. Le narrateur va nous raconter une histoire, celle de Bob, jeune homme passant ses vacances dans un château en Ecosse, l'année de ses 15 ans.
Récit enchâssé donc, c'est par le biais de ce narrateur que l'on va découvrir Bob et ainsi partager ses premiers émois.

Or, il est bon de préciser que personne ne reconnaît l'existence de cette histoire.
Souvenir ou fantasme du narrateur, on ne saura jamais.

L'important, ce n'est pas tant son aspect réel que son propos : une passion dévorante d'adolescent.
Lors de ses vacances, Bob va souvent se réfugier dans le jardin du château, jusqu'au soir où, au crépuscule, il reçoit une étrange visite.
Femme aussi parfaite qu'évanescente, Bob va tenter de la retrouver par tous les moyens possibles. Qui peut-elle bien être ?
Probablement l'une de ses trois cousines avec qui il passe le séjour.

Tandis que l'inconnue reste une figure fantomatique, le jeune homme s'interroge : laquelle des trois est celle qui a fait chavirer son coeur ? Laquelle possède ce magnétisme, cette force érotique qui hante les songes de notre personnage ?

Le gros plus de cette nouvelle, c'est pour moi l'atmosphère. L'obscurité qui s'en dégage, le souvenir lointain qui n'est peut-être même pas un souvenir. Bob découvre le désir, l'envie. Ce sont ses premiers pas amoureux. L'amour est déçu, l'amour est passager. C'est sans doute le constat que l'on peut faire à la fin de cette nouvelle.
On retrouve le génie de l'auteur qui parvient avec talent à décrire la passion, les heures passées dans la félicité auprès de la femme et celles d'après-coup, empli de doute et de solitude.

Finalement le protagoniste fait un bond dans le temps, lorsque Bob est devenu un homme et que cette histoire l'a paralysé. Il est désormais insensible aux femmes et à l'amour, le passé étant trop parfait pour espérer quelque chose du futur.
Le narrateur finit par nous livrer l'origine de son histoire.
J'ai d'ailleurs adoré les dernières phrases de la nouvelle, l'explication du narrateur par rapport à son histoire et à la réception qu'il attendait de celle-ci :

"Vois-tu, je ne voulais pas que ce récit fût sombre ni mélancolique, je désirais simplement te parler d’un adolescent que l’amour a surpris, le sien et celui d’une autre personne. Mais les histoires que l’on raconte à cette heure suivent toutes le doux sentier de la mélancolie. Le crépuscule étend sur elles ses voiles, toute la tristesse que le soir porte en lui forme au-dessus d’elles une voûte où nulle étoile ne scintille ; l’ombre s’y infiltre peu à peu et tous les mots brillants et colorés qu’elles renferment prennent alors une sonorité pleine et grave, comme s’ils venaient des profondeurs de notre âme."

  • La nuit fantastique

Sous-titrée Notes posthumes du baron de R..., Zweig ici met en scène un baron, un homme de la "bonne société" viennoise qui, de prime abord, apparaît comme aussi riche que détestable.

Ce baron est le narrateur, il va tenter de nous expliquer à quel point la "nuit fantastique" a provoqué un bouleversement dans sa vie. Son personnage m'a fait penser à celui de Joseph Roth dans La crypte des capucins où François-Ferdinand n'est autre qu'un riche bourgeois résidant à Vienne avant la chute de l'Empire Austro-Hongrois. D'une oisiveté connue et acceptée seulement chez une certaine partie de la population (la plus riche, bien évidemment), le baron ne sait rien faire et n'a jamais eu d'ambition non plus.

Il commence alors à nous raconter qu'il n'a donc jamais rien fait de sa vie, il a vécu dans la félicité, entre les promenades, les sorties mondaines, la culture. Bref, notre cher baron a absolument tout ce que tout le monde désir : une vie libre, loin des obligations du travail et la possibilité de profiter un maximum de son temps.
Autant le dire, le baron apparaît comme franchement méprisable au début. Le gars a quand même toujours eu ce qu'il souhaitait sans jamais se démener pour, sa vie est d'une pure facilité.
Et c'est d'ailleurs ce qu'il va mettre en avant, le fait que parce qu'il a toujours eu et fait ce qu'il voulait, sa vie n'était pas franchement excitante.

J'ai trouvé le personnage assez ambivalent, énervant et touchant à la fois. Il a toujours eu ce qu'il souhaitait et en même temps, il a toujours ressenti le fait qu'il était comme insensible. Rien ne parvient à l'émouvoir, ne le passionne. Sa vie est comme qui dirait vide de tout grands sentiments.

La suite de la nouvelle va être l'occasion de monter le changement qui s'effectue en lui. Il découvre le monde qui l'entoure, pas celui de son milieu, plutôt celui des petites gens, celui des bas-fonds aussi. C'est l'occasion de dégrader son image de bourgeois, tout autant que de pimenter sa vie jusque-là si morne.
Ça y est, le baron se sent finalement vivre, son coeur bat comme il n'a jamais battu. Il apprend la générosité, terme qui lui était sans doute inconnu avant. C'est un autre homme que l'on découvre à la fin de la nouvelle. Oui le baron a fait du chemin, mais n'est-ce pas trop de facile de se déclarer changer après une unique nuit fantastique ?

Oh ! c’était bien vrai que j’avais vécu sans oser vivre et que je m’étais dissimulé et caché à moi-même ; mais, à présent, cette force refoulée s’était fait jour et la vie, cette vie riche et puissante avait pris possession de mon être. 








samedi 18 janvier 2020

Le Coin des libraires - #158 Grisha II. de Leigh Bardugo

Comme vous le savez, j'ai beaucoup aimé le premier volet de la trilogie Grisha de Leigh Bardugo - même si elle n'arrive pas à la cheville de Six of Crows !! - il est donc normal que je revienne aujourd'hui pour vous parler du deuxième volet.

Un tome de transition. Voici comment je vois les deuxième volets de trilogie généralement. Mais ici, ce n'est absolument pas le cas. Ce tome ne sert pas à étaler encore plus l'univers sans nous faire avancer dans l'intrigue elle-même. J'avais trouvé le premier tome intéressant dans la mesure où il remplissait parfaitement sa fonction : il pose l'univers, les personnages principaux et ça part.
On est parfaitement dans la continuité, et on a envie d'en savoir plus encore sur la suite des événements, sur les pouvoirs d'Alina aussi.


Et puis, c'est l'occasion de rencontrer un nouveau personnage, celui de Nikolai, que j'ai adoré - je crois d'ailleurs que c'est le cas de la plupart des gens !
J'ai trouvé que son personnage apportait quelque chose de nouveau, de léger et d'amusant. C'était pas de refus au milieu de toute cette angoisse, cette traque du Darkling pour mettre la main sur Alina et son pouvoir.

En revanche, petit bémol, je trouve dommage le fait que tous les hommes tournent autour d'Alina, c'est abusé de voir tous ces prétendants comme ça. Je trouve que c'est un peu facile, mais bref.
Non parce que oui, à côté de Nikolai qui a l'air d'être à tomber, il y a toujours Mal.

Alors concernant le personnage de Mal, je crois que je fais partie des quoi, 10% des lecteurs qui l'apprécie ? Même si son personnage est parfois trop cliché (je pense à ses beuveries, etc.), pour moi, c'est un personnage avec de vrais sentiments. Fin il faut quand même comprendre que malgré ses excellentes compétences, il reste un humain. Il n'a clairement pas sa place aux côtés d'Alina et on lui fait bien sentir tout au long du roman. Je pense notamment au moment où il doit être présent en tant que garde dans la salle de réception - c'est franchement dégradant pour lui.

Son personnage m'a touché simplement parce qu'il est compréhensible, il est facile de s'identifier à lui. Après, il est vrai que j'aurais aimé pouvoir suivre son point de vue, avoir accès à ses émotions, même chose pour Nikolai.
Pour ce qui est d'Alina, je ne sais jamais sur quel pied danser. À un moment elle va me paraître appréciable, et à d'autres, je vais avoir envie de la claquer, c'est dingue comment un personnage (qui plus est principal) peut faire naître des sentiments tout à fait contradictoire.

J'ai trouvé la quête de ce tome intéressante et prenante. On a envie d'aller plus loin, on dévore le livre qui se lit à une vitesse folle - merci pour cette plume fluide et énergique à la fois !

Et puis cette fin, on en parle ? Les cinquante dernières pages sont folles, il y a trop d'action, trop d'événements, on se demande comment les choses ont pu devenir ce qu'elles sont et comment ça va pouvoir se goupiller à la fin.

Vous l'aurez compris c'est pour moi un tome à la hauteur du premier. Ce n'est pas un coup de coeur, mais simplement un excellent moment de lecture. J'ai aimé passer une journée à lire ce volet, à le savourer comme un bonbon. Je me languis de lire la suite et d'enfin connaître le dénouement de cette trilogie.


Enfin, j'ai trouvé cool que les éditions Milan ajoute l'histoire de Genya en première partie. Cette courte nouvelle, si on peut appeler ça comme ça, est disponible en anglais sur internet et elle raconte une histoire du point de vue de Genya. J'ai aimé ce petit bonus dans le livre.





mercredi 15 janvier 2020

Le Coin des libraires - #157 La Condition pavillonnaire de Sophie Divry

Il y a quelques mois je vous parlais du très bon Journal d'un recommencement, deuxième livre de Sophie Divry - et le premier à être édité dans la collection Notabilia. Si j'avais trouvé celui-ci très intéressant, c'est un peu différent pour La Condition pavillonnaire dont j'attendais beaucoup. 



La Condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary… Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.
Mention spéciale du jury du Prix Wepler-Fondation La Poste 2014


Franchement, je me languissais de me procurer ce livre et de me plonger dedans. J'ai trouvé Journal d'un recommencement réfléchi, intelligent dans son traitement comme dans son propos, tandis que là, il y a un gros point noir.

On suit cette femme, M.A., d'abord une adolescente qui rêve de grandeur dans sa campagne étouffante. Elle part dans une grande ville pour ses études, puis la vie suit son cours. Un premier amour déçu, une première fois sans importance en Espagne, durant les vacances, puis une autre rencontre, la bonne cette fois, c'est François. 
La routine, l'amour, la fin des études, le travail, le pavillon avec jardin. C'est finalement les enfants, l'arrêt maternité, la reprise du travail, la lassitude de la vie de famille, l'adultère provoqué par un pseudo amour qui n'en est sûrement pas un, qui, en tout cas, ressemble plus à une échappatoire. 

La vie est sans grande surprise pour cette femme qui refusait de vivre comme ses parents. Ses rêves de grandeur s'effrite au fur et à mesure pour ne laisser que ce qu'elle a toujours connu : le quotidien dans sa banalité la plus totale. 

Cette Emma du XXIe siècle n'est pas bien intéressante. En fait, sa vie semble tellement basique et commune qu'on se demande à quoi bon. Pourtant, malgré cette platitude, j'ai aimé suivre cette femme, ses aspirations d'adolescente paumée, ses remises en question d'adulte, ses questionnements sur ce qu'est devenu sa vie, son amour pour son mari. Comment en arrive-t-on là ? À une vie que l'on rejetait ? Comment peut-on en quelque sorte se trahir pour la routine, pour l'amour ? 


Jusque-là, vous vous demandez sans doute pourquoi j'ai dit au début que ma lecture n'était pas à la hauteur de mes espérances.
Et ben, la réponse est simple : j'ai détesté la narration. 
J'ai haï ce "tu", celui dont le narrateur use pour parler de la protagoniste, à l'image d'une enfant qui rappelle sa vie à un parent trop vieux pour s'en souvenir. 

J'ai aimé le fait que le personnage semble être sans contrôle sur sa vie, paraît la subir sans s'en plaindre. M.A. s'est résignée, peut-être à l'image de ces femmes trop nombreuses, celles qui ont baissé les bras face à la difficulté de justement être une femme. 
Après tout, la femme doit être une bonne ménagère, elle doit préparer le repas, s'occuper des enfants, veiller au grain. Elle a le droit à cette vie rangée, sans remous, sans péripétie. 
Elle a droit à cette condition pavillonnaire, peut-être écho à la condition féminine. 

Il y a des points positifs, la preuve, mais comment s'accrocher à un personnage quand la narration nous en sépare ? Ce "tu" qui amène de la distance, qui me fait comprendre qu'il s'agit bien de quelqu'un que je ne suis pas. Aucune identification possible, une envie de crier que ce roman n'est pas un hommage, pas plus qu'un manifeste. J'ai été gênée par ce "tu", par sa présence trop fréquente, par l'utilisation de ce procédé qui m'a donné le sentiment de m'immiscer dans quelque chose qui ne me concernait pas. 

Je ne me suis pas identifiée à Emma Bovary que j'ai toujours trouvé superficielle et un brin ennuyeuse, et il en va de même de cette "M.A." moderne qui m'a touché lors de certains passages, mais qui m'a laissée de marbre durant presque tout le bouquin. 

Certaines digressions m'ont semblé rajouté à cette lassitude de lecture, tels la longue description sur les voitures. Franchement, je comprends l'intérêt d'en parler, d'insérer la vie de cette pauvre femme dans un contexte culturel et économique, mais quand même quoi, pas besoin de s'attarder sur deux-trois pages...

Mais finalement, le problème est multiple, c'est la narration, et c'est aussi le propos. 
Qu'est-ce que l'auteure cherche à dire ? Essaie t-elle de parler de la condition des femmes comme je l'ai écrit plus haut ? Ou alors cherche-t-elle à expliquer que M.A. est dans cet état à cause de la "condition pavillonnaire" ? 
Non parce que je trouve que son personnage est bien gentil, mais il n'est quand même pas très ambitieux. Elle rêvait de grandeur, oui, oui, mais à quel moment a-t-elle essayé de repousser ses limites ? D'aller plus loin que ses parents qu'elle prend pour des campagnards pas très malins ? 
À aucun moment.

Finalement, je vois M.A. comme une grosse frustrée, une de celles qui souhaitent que le monde soit à leur portée, mais qui jamais ne se baisseront pour l'attraper. Elle attend que tout lui tombe entre les mains. Elle attend que ses parents triment pour lui offrir une vie qu'ils n'ont pas pu avoir. Elle attend que son François lui propose d'emménager avec elle pour sacrifier un avenir possible. Elle subit sans jamais faire quoi que ce soit contre ça. 
Oui, définitivement je pense que c'est pour ça si son personnage m'a semblé si antipathique, elle veut faire plein de choses, mais elle ne fait rien. Sans doute croit-elle que tout lui est dû alors que dans le fond, on a que ce pour quoi on s'est battu. 


C'est donc sur une note mitigée que je conclus cet article. Sophie Divry m'a happé dans son Journal d'un recommencement, elle m'a perdu avec La condition pavillonnaire. J'en attendais beaucoup, peut-être est-ce pour cette raison si la déception est si grande. 
Ce n'est pas non plus un mauvais livre - ceux-ci sont de toute façon très rares. C'est un livre qui ne m'a pas touché, qui m'a même dérangé et pour lequel je ne garde pas d'affection particulière. 
Ou alors, peut-être que je suis complètement passée à côté de son propos. 

Il n'empêche que je suis pressée de lire Rouvrir le roman, son essai paru chez Notabilia l'an passé. Et puis il y a aussi Trois fois le tour du monde, paru lors de la rentrée littéraire d'août dernier.
Vous avez déjà lu ce roman ? ou cette auteure ? 


Combien de temps l’amour, combien de temps ? Quand la figure aimée disparaît de nos vies, combien de temps tout seul aimerons-nous ?






samedi 11 janvier 2020

Le Coin des libraires - #156 Le Silence d'Isra d'Etaf Rum

Etaf Rum annonce par le biais d’un de ses personnages, et dès les premières pages que « nous » n’avons jamais rien lu de similaire à l’histoire qui va nous être racontée. 
J’ai trouvé cette remarque un poil prétentieuse et je me suis dit que de nos jours, tous les sujets ont dû être abordés. 

J’ai commencé le véritable récit, celui qui prend ses racines en 1990, à Bir Zeit, Palestine. Isra, une jeune femme apparaît. Elle fera partie des trois dont nous entendrons l’histoire. 


Trois générations de femme, toutes brimées, rendues au silence par les traditions, par leur mari, par mutisme. 

Farida, Isra, Deya

Trois femmes différentes, trois femmes munies de cette même soif de vie. 
Chacune à sa voix à porter, un point de vue, une idée sur ce problème aussi vieux que le monde : leur place en tant que femme dans la société. 

Le Silence d’Isra c’est un pamphlet contre ces êtres qui, par archaïsme, égoïsme ou bêtise, refusent de laisser le choix aux femmes, qu’elles soient mère, soeur, fille… C’est un cri de révolte pour toutes celles qui ont dû courber l’échine, abandonner leur rêve, baisser la tête face aux coups. 

Mille mots n’arriveraient pas à retranscrire cette urgence de lire, le besoin d’aller plus loin, de connaître la vérité autour de la disparition d’Isra, de tenter de comprendre les actes de Farida, sa philosophie de vie. 
Comment une femme peut-elle être complice de cette mascarade consistant à marier ses filles ou petites filles à des hommes qui les battront comme ça a été le cas pour elle ? 
Je l’ai eu en horreur durant la majeure partie du livre, et malgré cela, l’idée de lui donner la parole est intéressante. Elle nous renseigne, nous démontre que rien n’est noir ou blanc, que là encore, la nuance est de rigueur. 

La brièveté des chapitres ajoute à cette urgence de la lecture. Une voix se fait entendre durant quelques pages : parfois deux, parfois dix. Laissant ensuite la place à une autre, et encore une autre. Jusqu’à ce que la dernière page s’achève, que l’euphorie disparaisse, laissant pantelant, vide. 

Le Silence d’Isra est une lecture actuelle, féministe et dépaysante. Avec les éditions de l’Observatoire j’ai toujours le sentiment de découvrir d’autres contrées, d’autres coutumes. Avec ce roman à résonance biographique, l’immersion s’effectue au sein d’une famille musulmane qui baigne dans la tradition. Enfin, certaines traditions. Lucide sur son milieu, la narration est toujours en demi-teinte, si bien qu’on n’a pas un réquisitoire de la religion, mais plus une dénonciation des coutumes qui se perpétuent dans les familles. 

La honte d’avoir une fille contre la fierté d’avoir un garçon. 
La contrainte de devoir se marier si tôt fini le lycée (quand on a la chance de pouvoir y aller !) contre celle d’avoir un métier confortable pour subvenir aux besoins de sa famille.
La nécessité de tomber enceinte pour avoir un garçon, quitte à devoir nourrir son enfant au lait en poudre. 
Les chaînes des traditions culturelles, et plus intimement familiales, contre l’ouverture au monde. 

Un roman aux thèmes multiples, ceux cités plus haut ainsi que d’autres : l’importance de la littérature comme possibilité d’évasion, l’exil lié à l’immigration, le clivage entre le « vieux monde » (Palestine) et le nouveau (États-Unis). 


Le Silence d’Isra comme un cri désespéré pour laisser entendre des destins qui sont, aujourd’hui encore, comme ceux décrits. Un réquisitoire contre les persécuteurs et une ode à la liberté. Tout cela : un monde à la fois perceptible dans un horizon lointain, et un lieu commun. 


Il était bien plus facile d’appréhender sa vie comme une oeuvre de fiction que de l’accepter pour ce qu’elle était : une existence limitée. Dans la fiction, le champ des possibles était infini. Dans la fiction, Deya était aux commandes de sa vie.



mercredi 8 janvier 2020

Le Coin des libraires - #155 Sacrifices d'Ellison Cooper

Après nous avoir régalé avec Rituels, Ellison Cooper revient avec Sacrifices, sorti début novembre 2019. 

On retrouve l’agent Sayer Altair, à la suite des événements survenus dans Rituels. Quelques temps a passé et Sayer subit la mise à pied, enfin, elle n’est plus agent de terrain tant que sa supérieure ne l’a pas décidé. Et quand on a pris une balle et dévoilé la mascarade d’une tueuse en série qui sévissait au sein du FBI, la reprise peut s’avérer un poil compliquée. 


Finalement Altair est envoyée sur une affaire simple et inoffensive, mais voilà, les apparences sont trompeuses… 

Ce deuxième volet des enquêtes de Sayer nous entraîne au fin fond de la Virginie. L’occasion pour nous de rencontrer un nouveau personnage, celui de Max Cho, lui-même agent du FBI mais dont la spécialité n’a rien à voir avec celle de Sayer. Il est d’ailleurs toujours accompagné de son chien, Kona, entraînée pour pister les disparus, et dans les cas les plus extrêmes, les morts. 

L’inclusion de ce personnage a été une bouffée d’air frais. J’ai adoré sa relation avec son chien, son professionnalisme, bref, c’est un personnage que j’espère retrouver par la suite. 

D’ailleurs c’est par son biais que tout commence : il se promène dans le parc national de Shenandoah et son chien tombe nez-à-nez avec une crevasse pleine de membres humains. À partir de là, l’enquête commence. 

De péripéties en surprises, Sayer va devoir avancer avec une épée de damocles sur la tête : être renvoyé du FBI malgré le fait qu’elle soit la personne qui ait démasqué la tueuse en série dans Rituels. Il faut bien trouver un bouc émissaire, n’est-ce pas ? 

On ne s’ennui pas un instant avec cette enquête où se mélange investigation pure et dure et théories scientifiques autour de ce qui peut faire un tueur en série du point de vue du corps humain. 

Il ne faut pas tout prendre pour argent comptant, mais la façon d’amener la chose permet de ne pas tomber dans un manichéisme qui entacherait la proposition de cette série : tenter de démasquer les tueurs non plus grâce aux seuls techniques d’investigation, mais bel et bien de mêler les avancées neuroscientifiques et le profilage en tant qu’outils pour ainsi mettre la main sur le coupable et saisir des revendications. 

Sacrifices est un roman dense où on n’a pas le temps de s’ennuyer. Entre l’enquête en cours et la présence du mystérieux sujet 037 ; entre l’ajout du personnage de Max et les retrouvailles d’avec ceux déjà apparus dans Rituels (Holt, Ezra), et surtout, avec toujours cette menace d’un complot fomenté par le FBI pour faire taire l’ancien compagnon de Sayer : il est impossible de reposer le bouquin sans en venir à bout. 

Décidément, après avoir trouvé Rituels très bon, j’ai trouvé Sacrifices meilleur encore. Dans le premier j’avais à peu près saisi qui était coupable, des indices permettaient de le comprendre assez facilement. Ici, j’ai suspecté tout le monde je ne sais combien de fois. J’ai eu la boule au ventre pendant près de la moitié du roman, tiraillé entre l’idée que Max était peut-être le coupable, tout en me disant qu’il est un personnage que j’apprécie beaucoup.

Bref, Sacrifices fait tourner en bourrique, lecture rapide et passionnante, Ellison Cooper parvient à créer une série novatrice et addictive. 

À quand la suite ? 






Le Coin des libraires - #165 Le Peintre d'éventail d'Hubert Haddad

M on premier roman de Hubert Haddad, auteur français d'origine tunisienne. J'ai commencé avec Le Peintre d'éventail , paru e...