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mercredi 1 mai 2019

Le Coin des libraires - #131 Nous qui sommes jeunes de Preti Taneja

L'une des dernières parutions des éditions de l'Observatoire, Nous qui sommes jeunes de Preti Taneja est aussi beau à l'intérieur qu'à l'extérieur. Avec Les Dévastés de JJ Amaworo Wilson, et maintenant celui-ci, la maison d'édition frappe très fort avec des lectures denses et passionnantes. 


Jivan Singh, fils du bras droit d’un milliardaire indien, revient à New Delhi après quinze ans d’absence. Au cœur de la luxuriante propriété privée des Devraj, il retrouve ceux avec qui il jouait enfant : Gargi et Radha, les filles aînées du puissant magnat, ainsi que son demi-frère homosexuel, Jeet, devenu trafiquant d’œuvres d’art pour la Compagnie. Mais alors que la plus jeune des trois sœurs Devraj, Sita, manque à l’appel, leur père commence à perdre tout sens des réalités et décide de confier à cette jeune idéaliste les clés de son empire financier. Une terrible lutte de pouvoir entre lui, ses filles et les prétendants à sa fortune s’ensuit aussitôt.
Des palaces cinq étoiles du Cachemire à l’infernal bidonville de Dhimbala, cette transposition du Roi Lear dans l’Inde contemporaine est une fresque bouleversante sur la chute d’une dynastie, où frivolités, meurtres et trahisons illustrent l’inéluctable tragédie de la décadence.



N'ayant jamais lu Le Roi Lear de Shakespeare, je ne saurais dire si on peut parler de transposition, mais dans tous les cas, j'ai retrouvé des motifs présents dans d'autres pièces du dramaturge anglais tels les désaccords familiaux, la passion amoureuse, la haine causée par la jalousie. Bref, c'est tout une histoire que nous raconte Preti Taneja sur presque 600 pages. 

Nous qui sommes jeunes est en effet un bon pavé. On sent la brique dès la prise en main... et on sent aussi le roman foisonnant dès lors que l'on tourne les pages pour la première fois. Découpé en six parties : cinq parties correspondant aux cinq personnages principaux, les enfants désormais adultes et une dernière partie portant le titre éponyme - ne peut-on pas considérer que ce roman reprend la construction des tragédies classiques en cinq actes et que l'auteure y a ajouté un épilogue ? 

Quoi qu'il en soit on découvre un océan de vies insoupçonnées par le biais de Jivan d'abord, le vilain canard parce que né bâtard. Il fait son grand retour en Inde après avoir vécu durant quinze ans aux États-Unis avec sa mère. Celle-ci est décédée, Jivan décide d'aller renouer avec ses racines, de retrouver son père Ranjit, son frère Jeet, et Gargi, Radha et Sita, les filles du meilleur ami de son père si on peut dire, le grand Bapuji, fondateur de la Compagnie. 

La Compagnie c'est un peu l'Inde dans le sens où elle trempe dans tout, elle a le monopole de tout, est à l'origine de tout, c'est vraiment quelque chose d'omniprésent dans leur vie. Bapuji perd un peu le nord et voilà que tout va à vau-l'eau. 

Mais au début, j'ai eu du mal à entrer dedans, j'ai pas trouvé Jivan franchement sympathique ni même intéressant. J'avais l'impression qu'on ne grattait que la surface, qu'il y avait une large partie du personnage que l'on ne nous délivrait pas. J'ai donc été déçue à la base, lorsque j'ai vu que la deuxième partie se focalise sur Gargi et que l'on ne suit plus Jivan (excepté dans le premier chapitre de la dernière partie), mais finalement j'ai adoré suivre Gargi. Ainsi que Radha, et Jeet et Sita un peu moins. 




Nous qui sommes jeunes délivre un portrait passionnant de l'Inde contemporaine, de son prestige passé par le biais des Maharajah. On côtoie les milieux dorés et les bidonvilles alentours. On suit des personnages prêts à tout pour l'argent et d'autres, sans le sou, vouant une adoration pour les premiers, c'est irréaliste. J'ai été prise dans le tourbillon des événements, je me suis profondément attachée aux personnages, peu importe leurs imperfections, leurs tromperies, leurs vices surtout. 

Chacun est plus ou moins détestable - sauf Bapuji qui l'est complètement... - et pourtant on est prit d'affection pour eux et leur détresse. Celle de Gargi, mère de substitution qui ne pense qu'à son travail : la Compagnie, c'est son enfant. Radha, la superficielle qui n'a d'yeux que pour Jivan depuis son retour, et la petite Sita, la rebelle aux idéaux écologistes. Sita avait du potentiel mais sa partie (la plus courte des cinq) est tellement décevante. 


J'ai voyagé avec ce titre, j'ai découvert l'Inde - je crois bien qu'il s'agit de ma deuxième lecture mettant en scène ce pays, mais la première se déroulait à l'époque des Maharajah donc bon - par le biais de paysages magnifiques et surtout inégaux. Sans doute que Preti Taneja cherche à montrer ces inégalités et il est évident que l'on ne peut passer à côté. Le clinquant se colle à la misère pour mieux la vampiriser. 

Ce roman, c'est aussi celui d'un affrontement, du déchirement d'une famille déjà morcelée à la base par la perte de la mère, c'est une lutte sans merci où les remords prendront le pas pour certains, ou seront annihilés pour d'autres. Face à une conclusion des plus tragiques, on est bien obligé de tirer notre chapeau à l'auteure pour avoir élaboré une fresque familiale où prolifère le bien comme le mal au nom de l'ambition, de l'amour, des revendications. 





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