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dimanche 29 juillet 2018

Le Coin des libraires - #105 Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

On parle toujours énormément de Simone Veil, ça s'est un peu calmé ces derniers temps, mais depuis son décès l'année passée, elle a comme qui dirait le vent en poupe - comme tous les artistes/célébrités une fois leur mort annoncée, mais bref. 

À la base il n'était pas dans mes projets de me procurer Une vie, son autobiographie. J'admire énormément la femme qu'elle était, ses idéaux, ses combats, c'est évidemment une figure féminine importante pour toutes et tous, mais au-delà de ça, je ne sais pas, sa vie personnelle ne m'intéresse pas plus que ça. 
Puis j'ai décidé non pas de me lancer dans Une vie, mais dans Une jeunesse au temps de la Shoah. Un livre plus court, un livre regroupant les quatre premiers chapitres de  son autobiographie. 


L’idée d’extraire de ma biographie les quelques passages qui peuvent être regardés comme d’utile pédagogie vis-à-vis de la jeunesse d’aujourd’hui m’a paru séduisante. Simone Veil. Cette édition pédagogique regroupe les quatre premiers chapitres d’Une vie et couvre la période 1927-1954. Ce que Simone Veil a vécu durant ces années – où elle passa d’une enfance protégée à l’horreur des camps de concentration, puis retourna à la « vie normale » – sans pouvoir partager son expérience avec ceux qui ne l’avaient pas connue, s’inscrit dans le nécessaire devoir de mémoire des jeunes générations. Source de réflexions, son sobre récit est également une leçon de courage et d’espoir.


Le livre démarre bien évidemment avec l'enfance de Simone, cette jeune fille joyeuse, entourée d'une famille aimante dans la ville de Nice. Ses parents sont juifs, mais pas croyants. Sans doute est-ce pour cette raison si la jeune Simone Jacob va se retrouver dans l'incompréhension. Dans ce chapitre, elle souligne combien la laïcité était importante dans sa famille. Progressivement l'étau se resserre, on sait que les événements vont s'accélérer jusqu'à la déportation. 
Le premier chapitre s'achève lorsque celle-ci a douze ans. Nous sommes en 1939, c'est l'annonce de la guerre en septembre de cette même année.

Le deuxième chapitre débute donc avec la guerre. Rapidement, la pression monte, son père décide d'envoyer ses enfants chez leurs oncles et tantes, puis ils reviennent à Nice. Les cinq années à venir (1939-1944) seront sous le signe de l'indécision. Y a-t-il un réel danger pour eux ? Doivent-ils fuir ou rester ? Finalement, c'est en 1944 que la famille est attrapée. D'abord envoyé à Drancy comme tant d'autres français, ils devront attendre un peu avant de partir dans un convoi direction Auschwitz. L'auteure précise que même à Drancy, ils ne savaient pas exactement ce qui les attendaient. 
Là se pose de nouveau la question : pouvait-on savoir ce qu'il se passait ? la population française était-elle au courant de certaines pratiques ? sans forcément tout savoir, pouvait-elle rester naïve sur le sort de la population envoyée dans les camps ? 

Et puis c'est finalement "L'enfer" comme l'auteure l'a titré. Cet enfer, c'est bien évidemment Auschwitz avec sa mère. C'est tout d'abord la peur, et aussi un peu l'entraide. Si cette femme ne lui avait pas dit de répondre qu'elle était plus vieille, peut-être serait-elle morte. Si elle n'avait pas obtenu tel poste, peut-être serait-elle morte. 
Ce chapitre est évidemment celui qui m'a intéressé. Comme je le disais plus haut, la vie de Simone Veil dans son intégralité ne me passionne pas plus que ça, son enfance, son adolescence relativement simple et parfois même banale, ça n'est pas ce que je voulais découvrir. 
L'auteure nous livre alors son quotidien, la peur d'être la prochaine, de perdre sa soeur ou bien sa mère. Elle ne le sait pas encore, mais son frère et son père ont été déportés autre part, dans un lieu inconnu, d'où ils ne reviendront jamais. 


Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil, éditions Livre de poche.


Son récit est sincère, sans chi-chi et vraiment, chapeau bas. Je commence à avoir lu quelques livres sur l'époque maintenant, et de voir une femme qui n'est pas juive pratiquante, qui n'est pas communiste ou une menace pour le nazisme, se trouve condamnée à être emmené dans cet enfer en compagnie de sa mère et sa soeur, c'est parfaitement inhumain. 
Les trois femmes vont tout faire pour rester en vie, elles vont quitter Auschwitz et partir pour la célèbre et macabre marche de la mort. Elles ont été au camp de Dora, puis à celui de Bergen-Belsen. La fin était proche, mais pas tout à fait là. 
Puis c'est la mort. La mort de sa mère, Yvonne, affaiblie par la faim, détruite par le typhus. 
Et ensuite, c'est la fin, la vraie, la libération. 

C'est ensuite les problèmes administratifs, le retour en France, le retour à la "vie normale" comme disent les rescapés. Revivre, d'après Simone Veil. C'est le titre du quatrième et dernier chapitre du livre. Le chapitre où elle nous explique comment elle s'est remise à vivre, comment elle a continué à respirer malgré l'horreur. Comment elle s'est mariée, a eu des enfants, a fait des études. 


Il est évident que certains passages sont très importants. Chaque témoignage est différent de l'autre, le vécu de chacun est toujours différent, même si les manques, les peurs sont les mêmes. Certaines réflexions de l'auteure m'ont paru extrêmement clairvoyantes jusque dans une certaine mesure. 
Par exemple, elle condamne la collaboration, mais elle passe rapidement là-dessus pour souligner le courage de certains soldats français. Bien évidemment il est important de rappeler que tout le monde n'était pas collaborateur, mais de là à faire comme si il n'y avait qu'une poignée de soldats français, je trouve ça un peu facile. De dire que la plupart des français ont eu un "comportement exemplaire", me paraît également être un peu simple. Ou dans ce cas, il faudrait alors expliquer pourquoi il y avait des dénonciations absolument tout le temps - si on se réfère aux archives du Commissariat général aux Questions juives, il y aurait eu entre 3 et 5 millions de lettres de délation envoyées aux autorités entre 1940-44 (j'ai trouvé ces chiffres dans le livre La délation antisémite sous l'Occupation de Laurent Joly). 

De plus, Simone Veil s'évertue à ne mentionner que la question juive, mais il n'y a pas que des juifs qui ont été déportés, il n'y a pas non plus que des "juifs français", mais aussi des juifs d'autres nationalités pensant qu'ils étaient en sécurité dans notre pays... 

En dehors de ça, je dois dire que j'ai trouvé intéressant le fait qu'elle cite énormément de livres, films et autres, qui traite de la Seconde Guerre mondiale et plus précisément de la déportation. Je n'ai donc pas été étonnée de retrouver Si c'est un homme dans les recommandations. Il y a certains titres que je ne connais pas, c'est donc pour moi l'occasion de découvrir d'autres auteurs, d'autres témoignages. 


"Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c’est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours."
Simone Veil,Une jeunesse au temps de la Shoah







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