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mercredi 25 octobre 2017

Le Coin des libraires - #73 Le Mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf

Je vous présente aujourd'hui le deuxième thriller lu dans le cadre de la team thrillers du Cherche midi. Le premier était Sous ses yeux de Ross Armstrong, un thriller psychologique ayant un certain nombre de défauts mais qui était néanmoins une lecture agréable. Avec Le Mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf, c'est une lecture plus qu'agréable que je vous présente aujourd'hui, c'est une lecture addictive ! 

Avant d'entrer dans le vif du sujet à proprement parler, j'aimerais tout d'abord dire que l'idée d'écrire un thriller historique sur un tableau m'a dès le début enthousiasmé. J'ai un peu étudié l'histoire de l'art quand j'étais au lycée et ça m'avait vraiment plu, mais depuis, je me suis un peu éloignée de la peinture/sculpture, etc. et c'est très agréable de le retrouver dans un roman - surtout que je suis actuellement en train de lire Je couche toute nue de Claudel/Rodin qui a bien évidemment un lien avec la sculpture alors autant dire que pour ce qui est de l'art en général, je suis en plein dedans en ce moment ! 


Dans la lignée de Iain Pears et d’Arturo Pérez-Reverte, ce thriller érudit, qui connaît un triomphe international, entraîne le lecteur dans un jeu de piste passionnant à travers les secrets de l’œuvre de Jérôme Bosch.
2013 : Madrid. Le Prado. Le Jardin des délices, célèbre triptyque du peintre flamand Jérôme Bosch, a été vandalisé par un prêtre dominicain. Le religieux, convaincu que l’œuvre dissimule un dangereux secret susceptible de nuire à l’Église, a lancé du vitriol sur le tableau avant d’être maîtrisé par les gardiens du musée.

Restaurateur de tableaux, Michael Keie se voit confier la tâche délicate de remettre le triptyque en état. Très vite, il fait une découverte stupéfiante : à plusieurs endroits, les couches de peinture altérées laissent transparaître des symboles cachés. Avec l’aide de son collègue madrilène Antonio de Nebrija, un vieil érudit fantasque, Keie va tenter de déchiffrer ces signes étranges.

1510 : Petronius Oris arrive à Bois-le-Duc dans les Flandres pour travailler aux côtés de Jerôme Bosch. Alors que la cité est envahie par les sbires de l’Inquisition, Petronius découvre que Bosch, initié à un secret hérétique, travaille en secret à un mystérieux triptyque.

Avec ses deux enquêtes parallèles, l’une dans le présent, l’autre dans le passé, qui se font écho pour percer le secret du célèbre Jardin des délices, Peter Dempf fait preuve d’une incroyable érudition et nous offre un suspense magistral qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Je dois avouer que dès le début j'avais un peu peur que l'intrigue se passe vraiment trop au XVIème siècle et pas assez au XXIème et c'est véritablement le cas, on suit beaucoup plus Petronius Oris que Michael Keie et de Neibrija, mais qu'est-ce que c'était bon ! 
Le XVIème n'est pas une période que j'affectionne particulièrement en histoire, à vrai dire tout l'époque Moyen Âge/Renaissance m'ennuie terriblement d'un point de vue historique - je préfère nettement la période allant du XVIIIème au XXème, ce dernier siècle étant ma période historique favorite comme vous le savez sans doute. 

Pourtant, je suis directement entrée dans l'histoire, j'ai été littéralement emportée par l'intrigue, par l'époque, par les personnages. Comme je lis très peu de livres de cette période - que ce soit écrit au XVIème ou qui se passe au XVIème, je n'y connais presque rien et du coup j'ai appris plein de choses, notamment sur l'Inquisition dont j'avais de vagues souvenirs - mes souvenirs étant ceux de Candide de Voltaire, on peut dire que ça ne pesait pas des masses niveau culture sur l'inquisition... 

On se trouve catapulté à Bois-le-Duc de façon brusque c'est vrai, mais c'est tellement bien introduit qu'on ne peut qu'adhérer à l'époque et à l'histoire. J'ai pu m'imaginer là-bas, je visualisais parfaitement les lieux et les personnages et c'est en grande partie ce qui m'a permis d'autant aimer ma lecture. Et puis comme je lis dis au-dessus, j'ai aimé le fait que ce soit l'époque de l'Inquisition qui est incarnée par le biais du père Baerle qui est un excellent méchant, une bonne ordure fermée d'esprit, on peut le dire ! 



Le Mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf, éditions Cherche-midi.


J'ai surtout adoré l'interprétation du tableau Le Jardin des délices, ce triptyque aussi mythique que méconnu du point de vue de l'interprétation. Je ne m'attendais pas du tout à ce que l'auteur nous livre une interprétation aussi féministe en quelque sorte, et ça a été une excellente surprise et surtout une façon de voir les choses que j'ai trouvée particulièrement intéressante. 
Et puis aussi, le fait qu'on donne une si grande importance au féminin dans une oeuvre aussi réputée, aussi saluée et qui date du tout début du XVIème (environ 1504). L'auteur nous rappelle d'ailleurs que l'Eglise reconnaît que les femmes ont une âme et donc qu'elles ne vont pas en Enfer après la mort qu'en 1475... soit une trentaine d'années avant la conception de l'oeuvre. 

Toute cette façon de racheter la femme d'un point de vue religieux m'a enthousiasmé, cette idée qu'une nouvelle ère va arriver et qu'avec celle-ci le règne du matriarcat m'a semblé vraiment intéressant et surtout avec les éléments donnés par les personnages, ça tient la route à 1000 pour cent ! 

Même si l'interprétation de l'auteur est en grande partie fantaisiste et qu'elle n'est pas du tout confirmée d'un point de vue historique (dans le sens où les chercheurs en histoire de l'art ne vont pas dans cette direction) j'ai trouvé ce point de vue extrêmement novateur et donc intéressant. La présence de personnage réel comme Van Almaengien qui est ici sexuellement différent de ce que veut l'Histoire donne un attrait tout autre et appuie l'interprétation de Peter Dempf. 

Enfin, j'ai trouvé intéressante la façon dont est considéré l'homme-arbre dans l'intrigue - une émanation des cauchemars de Petronius - puisque classiquement, on considère cet homme comme étant Jérôme Bosch lui-même qui se condamnerait tout comme les autres Hommes, le tableau serait donc une illustration de l'humanité qui se trouve être condamnée. Ceci est une interprétation trouvée après des recherches personnelles dans un ouvrage, ce n'est évidemment pas la vérité - vérité que l'on n'aura jamais puisqu'aucun élément ne peut venir étayer une interprétation plus qu'une autre. 

À l'image de la mise en abîme (récit dans le récit), on est complètement emporté dans l'histoire racontée par le père Baerle (celui du XXIème), son talent de conteur qui est clairement félicité par les protagonistes est tout à fait véridique, donc par extension, celui de Peter Dempf l'est tout autant. Il nous entraîne dans un monde fait de complots, de tromperies et finalement, on ne peut qu'entrer dans l'histoire les yeux fermés et se laisser embarquer dedans. 


"Dans la réalité, seule la vie est envahie par le mal, la créativité est innocente, exempte de tout péché. Cette créativité est infinie, tandis que notre pensée reste enfermée dans les rets de nos erreurs."

Peter Dempf, Le Mystère Jérôme Bosch.









dimanche 22 octobre 2017

Série du moment - #19 Orphan Black

Cet article risque d'être extrêmement difficile à écrire. Cela fait une semaine que j'ai terminé Orphan Black, créée par John Fawcett et Graeme Manson et je ne sais pas vraiment si je vais être capable d'écrire quelque chose qui soit constructif, pour l'instant tout ce qui me vient est qu'Orphan Black est pour moi une des meilleures séries de ces dernières années - et j'en regarde quand même pas mal... 

Après cinq ans de bons et loyaux services, cette série produite par BBC America est désormais terminée et je dois bien le dire, je suis extrêmement triste. J'ai commencé à la regarder dès sa première saison il y a donc cinq ans. J'ai suivi les aventures de Sarah et de ses sestras au fur et à mesure des années et j'ai aimé, il n'y a rien d'autres que je puisse dire qui soit objectif, j'ai adoré cette série, son scénario, sa réalisation, son jeu d'acteur, absolument tout. 


Je me suis rendue compte que je ne vous en ai jamais parlé, je n'ai jamais rien écrit dessus et maintenant je le regrette, ça aurait sans doute été plus simple d'avoir déjà une base, de ne pas écrire sur une série qui compte cinq saisons à son actif et qui plus est vient de se terminer - ça ne motive pas des masses pour la visionner, mais si vous saviez à quel point elle vaut le coup, vous vous ruerez dessus ! 


Pour dire les choses rapidement, dans la saison 1 on suit Sarah Manning (Tatiana Maslany)  qui voit littéralement un double d'elle-même se jeter sous un métro, voilà pour le postulat. 
Sans tout révéler - ce serait compliqué de raconter cinq saisons en quelques lignes - Sarah va rapidement comprendre qu'il existe d'autres femmes comme elle, en d'autres mots, elle est un clone et elle n'est pas seule. 

N'étant pas hyper fan des histoires de clonage, etc. à la base, je ne donnais pas cher de la peau de cette série, mais finalement je n'ai pas pu en décrocher. On suit tour à tour des personnages tous plus attachants les uns des autres, des sestras qui sont bien évidemment toutes incarnées par l'incroyable Tatiana Maslany, - je le dis et le répéterai, cette actrice n'a cessé de me bluffer durant cinq ans ! il est difficile d'incarner un rôle mais alors en incarner autant qui soit tous si différents, je ne peux qu'applaudir. 




À vrai dire je ne sais pas trop si cette série est connue ou non, je n'ai pas l'impression qu'elle ait reçue l'attention qu'elle méritait en tout cas. Maintenant qu'elle est terminée je me dis qu'elle aurait dû être plus connue, même si je pense qu'elle a réussi à avoir des gens qui, comme moi, sont des fans de la première heure, sinon elle n'aurait pas eue cinq saisons à son actif surtout que j'ai beau dire, j'ai beau être triste que ce soit terminée, le dernier épisode conclu extrêmement bien la série, le travail des showrunners aura été excellent jusqu'au bout si bien que dire au revoir aura été difficile, mais je n'aurais pu espérer meilleure fin pour cette histoire. 

J'ai décidé de ne pas me focaliser sur la dernière saison, au début c'est ce que je comptais faire puis après coup j'en suis venue à la conclusion que je ne voulais pas donner mon avis sur cette saison mais je voulais donner envie aux gens de la regarder, d'au moins voir le premier épisode et d'aviser après. Le plaisir que j'ai ressenti face à cette série, bah j'aimerais que d'autres puissent le ressentir aussi. 
Bon forcément ceux qui décideront de s'y mettre auront la chance de ne pas avoir à attendre un an entre chaque saison, chose qui aura été extrêmement dure. Je me suis énormément languis, patientant jusqu'au mois d'avril pour enfin avoir la possibilité de voir où cette histoire aller pouvoir mener. 

Je me suis souvent dit qu'ils avaient été au bout, qu'il n'y avait plus rien à dire, plus rien à écrire sur ces clones, sur leurs histoires et je me suis trompée. Voir la saison 5, c'est se rendre compte de la logique des scénaristes, c'est comprendre que des événements survenus des années plus tôt sont essentiels et on voit alors que tout s'emboîte, que cette histoire de Castor qui ne m'avait pas particulièrement fascinée a une place réellement important - autant que celle de Leda finalement. 


Orphan Black - saison 5, épisode 9 


Après coup, je me dis que les showrunners avaient peut-être épuisé leurs cartes, peut-être qu'ils ont dû construire une dernière saison sans vouloir forcément que ce soit la dernière je n'en sais rien. J'aurais aimé que ça continue c'est évident mais d'un autre côté je me dis aussi qu'au moins cette série n'aura pas le destin de beaucoup d'autres - j'entends par là une série qui voit sa qualité baisser parce qu'elle est renouvelée durant 10 saisons et qu'il n'y a simplement plus rien à dire dessus - il faut compter Supernatural comme une des rares séries qui durent et qui procurent toujours un plaisir fou ! 
Non, Orphan Black est cohérente, intéressante si ce n'est passionnante du début à la fin et c'est sans doute pour cette raison que j'ai autant aimé, que j'ai été aussi triste en voyant le dernier épisode. 
J'y ai énormément repensé depuis que je l'ai terminé et j'en viens toujours à cette conclusion que contrairement à d'habitude, je n'ai rien à redire pas même un petit détail et c'est ce qui rend cette série si chère à mes yeux. 


Je ne veux pas m'attarder sur le scénario comme vous pouvez le voir, je ne veux pas prendre le risque de raconter quoi que ce soit, prendre le risque de vous empêcher de plonger les yeux fermés dedans et d'apprécier sa qualité à sa juste valeur. 
Je ne vais pas non plus m'attarder sur les personnages en grande partie parce que le gros de la série n'est porté que par Tatiana Maslany est qu'il faut voir son jeu - enfin ses jeux - pour comprendre à quel point elle est douée, elle rend tous ses personnages uniques et c'est sans doute l'une des plus grande force de cette série - ça et son scénario de dingue. 


Je ne veux pas m'étaler parce que je veux vous donner envie de la regarder et que je ne veux rien gâcher. Finalement, tout ce que je peux dire est "essayez, essayez et vous verrez" et si vous le faites, j'espère que vous aimerez autant que j'ai aimé parce que c'est une série qui aborde énormément de thèmes qui sont importants : le problème que pose la science avec le clonage, l'acceptation de soi et des autres, la difficulté de vivre sans avoir d'origines, l'amour, la folie, la tolérance, tout un tas de choses qui sont importantes, non, même primordiales, et dont on ne fait peut-être pas toujours suffisamment attention. 














mercredi 18 octobre 2017

Le Coin des libraires - #72 Six of Crows I & II de Leigh Bardugo

Bon j'ai tellement de retard dans mes articles que j'ai décidé d'écrire en un seul mon avis sur la duologie Six of Crows de Leigh Bardugo. Et puis, c'est aussi parce que j'ai lu les deux tomes dans la foulée alors c'est plus simple pour moi.

Il faut que je le dise maintenant avant de m'étaler : j'ai adoré, ça a été une lecture plus que géniale et vraiment, je recommande cette duologie à mille pour cent !
Tous les ingrédients sont réunis pour me plaire : du fantastique, une bande de jeunes voyous prêts à tout pour mener leur mission à bien, des personnages avec une réelle épaisseur et une identité qui leur est propre, bref, tout y est.


  • Six of Crows I


Avant d'aborder le deuxième volet que j'ai préféré au premier, je pense qu'il est bon quand même de revenir sur ce dernier, rien que pour aborder la mise en place.
L'immersion dans l'univers du Barrel est immédiate, si bien que n'ayant pas lu la trilogie ultérieure de l'auteure nommée Grisha, j'ai eu un peu de mal au début avec le jargon propre à l'univers développé. Je suis plusieurs fois revenue au début pour voir quel grisha correspond à quelle capacité en quelque sorte. En dehors de ce détail, je n'ai rien à redire de négatif qui tienne vraiment la route.

La mise en place se fait relativement rapidement, l'auteure alterne les points de vue des six personnes que l'on va suivre tout au long du livre et chaque personnage possède sa propre vision des choses, son propre passé, etc. si bien que chacun est vraiment intéressant à suivre parce qu'il permet de contre balancer avec les autres.

Kaz est le chef de meute en quelque sorte, le plus sadique de tous parce qu'il a rarement des scrupules, parce qu'il est prêt à tout pour mener sa mission à bien. Si tous les personnages étaient comme lui, l'histoire se trouverait être amoindrie parce qu'on se dirait seulement "ouais ce ne sont que des voyous sans coeur", mais là ce n'est pas le cas parce qu'il y a Nina ou même Mathias qui sont très différents et qui viennent rééquilibrer le tout.

J'ai accroché avec tous les personnages à des degrés différents bien sûr. J'ai beaucoup aimé Kaz par exemple, mais je pense que je l'aurais détesté s'il n'y avait pas eu Inej. Pareil pour Mathias ou même Jesper - ouais non en fait j'adore Jesper tout court.
Leigh Bardugo nous livre des personnages qui semblent être insensibles de prime abord, mais qui se révèlent être très fragiles au final - en particulier Kaz mais ça on le voit surtout dans le deuxième tome.
L'essentiel de ce volet repose dans le fait de nous présenter les différents personnages et de nous donner les enjeux de l'intrigue : aller sauver Mathias et faire le coup du siècle en gros.

Ce sont les personnages qui m'ont enchanté dans ce volet, les différentes relations entre chacun, la singularité de chacun, les dons de certains, les aptitudes des autres. Je pense que j'ai énormément aimé pour la simple est bonne raison que c'est un roman auquel on ne peut pas mettre d'étiquette, le ranger dans la catégorie fantasy n'est pas juste parce qu'il y a aussi de l'aventure ou même de la romance, mais c'est toujours par petite touche, par-ci, par-là, si bien qu'on n'est jamais dans un seul genre ou même deux, mais plus dans une sorte de melting pote parfaitement maîtrisé.


Six of Crows t.I de Leigh Bardugo, éditions Milan.


  • Six of Crows II - La cité corrompue 


Comme je l'ai dit plus haut, j'ai préféré le deuxième volet au premier et même si c'est une bonne brique déjà, j'aurais aimé qu'il soit plus long encore.
J'ai tellement dévoré ces livres que j'ai eu du mal à mettre des sentiments sur ce que j'ai ressenti, ça a été l'effervescence durant quelques jours, le besoin de me poser un bon coup pour réfléchir à cette lecture et essayer le mieux possible de comprendre pourquoi j'ai tant aimé et pourquoi ça m'a tant déchiré le coeur de devoir quitter ces personnages.

J'ai rarement ressenti un vide aussi grand à la fin d'une lecture, enfin ça m'est arrivé à plusieurs reprises c'est sûr, mais je ne sais pas, ça faisait longtemps on va dire.
L'auteure est véritablement douée pour nous faire aimer ses personnages - pour ceux qui l'ont lu, ils comprendront pourquoi j'ai été si bouleversée par ce qu'il se passe un peu avant la fin, par rapport à Mathias... - à tel point que c'est une déchirure de devoir les quitter, de devoir accepter le fait que eux se reverront sûrement - c'est une promesse tacite entre Kaz et Inej quand même - mais que nous, lecteurs ne pourrons jamais les revoir, je crois que c'est surtout ça qui m'a fait de la peine.

J'ai aussi préféré ce volet parce que la mission suicide est passée et qu'il est temps de s'attaquer au Barrel, de se battre contre le grand méchant, Pekka Rollins, et ouais, l'histoire m'a plus captivé encore. Et puis on continue d'en apprendre plus sur le passé des personnages, on les découvre toujours un peu plus et ça n'a fait que confirmer mon attachement pour Inej qui est de loin ma préférée, mais j'ai aussi appris à mieux connaître Jesper en grande partie grâce à son père et ça a été une bonne surprise.


Six of Crows - la cité corrompue, Leigh Bardugo, éditions Milan.


Le fait que l'auteure ait choisi le parti d'ajouter à la bande un couple homosexuel m'a énormément plu, surtout qu'il s'agit d'hommes alors que généralement lorsqu'on aborde l'homosexualité, ce sont plus des femmes qui sont mises en scène. C'est encore un sujet qu'on traite trop peu que ce soit dans la littérature, dans le cinéma, bref, dans les arts en général et c'est bien dommage, il faudrait qu'il ait la place qui lui revient - peut-être dans quelques décennies ou suis-je trop optimiste ? 

L'histoire est plus prenante encore, plus intense, plus tout ce qu'on veut, si bien que les 500-600 pages s'avalent avant même qu'on ait compris que la moitié était passée.
À la lecture de cet article, beaucoup penseront que je ne dis rien, que je me contente de survoler le sujet et c'est sans doute vrai. Je pourrais écrire des lignes et des lignes sur la psychologie des personnages, sur ce que j'ai aimé d'eux par exemple, mais quel serait l'intérêt si ce n'est vous gâcher un merveilleux moment de lecture ?

Je pense que j'ai adoré en grande partie parce que j'avais refusé d'en savoir trop, à vrai dire je ne savais même rien du tout si ce n'est qu'on allait suivre une bande d'ados "voyous" et je pense que c'est le mieux, ne rien savoir et se laisser prendre par l'histoire, par l'univers singulier de Leigh Bardugo.
En revanche, si vous l'avez déjà lu, je serais ravie de pouvoir en discuter avec vous alors n'hésitez pas me dire ce que vous en avez pensé !

Je ne sais pas encore si je vais tenter l'aventure avec Grisha qui vient d'être traduit en français ou même si je vais essayer son nouveau livre : Wonder Woman. J'hésite énormément parce que Wonder Woman n'est pas mon héroïne préférée, même pas du tout, mais j'ai tellement aimé la plume que je vais peut-être lui laisser une chance !








mercredi 11 octobre 2017

Le Coin des libraires - #71 Surface de réparation d'Olivier El Khoury

Je complète ma collection de Notabilia avec cette fois-ci Surface de réparation d'Olivier El Khoury que j'ai pu recevoir grâce à la dernière Masse Critique de Babelio - une fois encore, merci à eux ! 

Il est vrai que de prime abord, si ce roman n'avait pas été un Notabilia, je ne me serais probablement pas tourné vers lui. N'étant pas une grosse fan de foot, et bah j'avais un peu peur de ne pas du tout accrocher, d'entendre parler de termes techniques un peu partout et surtout, de ne pas sortir du domaine footballistique - haan, est-ce que ce mot existe réellement ?? 
En bref, j'avais peur que ce ne soit pas du tout ma came et que ce livre devienne le premier de cette collection qui ne me plaît pas - même si je suis loin de tous les avoir & encore plus de les avoir tous lus ! 
Mais c'est bon, je suis sauvée, j'ai bien accroché ! 


Bleu et noir : les couleurs du club de foot de Bruges, dont la folle passion a été transmise dès sa naissance au narrateur par son père, comme une malédiction donnant à voir en toute chose une partie perdue d’avance. Naviguant entre espoirs et déceptions, entre les inquiétudes face à l’avenir d’un jeune homme aussi séduisant et brillant que paumé et maladroit – par ailleurs arabe par temps d’alerte au terrorisme –, et la chaleur des amitiés éternelles, les cuites au soleil, les voyages qui tournent au fiasco, les études qui n’ont de scientifiques que le nom, les jobs successifs et les amours catastrophiques, Olivier El Khoury construit ici une sorte de roman d’apprentissage en dix-sept tableaux où les situations, souvent très drôles, vont au fil du temps, comme des victoires et des défaites, offrir de nouvelles clefs de lecture à son héros ainsi qu’une vision restaurée de l’existence.

Premier roman d’Olivier El Khoury, Surface de réparation est une quête d’équilibre dans un monde qui valse, portée par une voix d’une fraîcheur exaltante où s’entendent, déjà, l’humour et l’humanisme des plus grands écrivains.



Surface de réparation est un roman d'apprentissage qui débute à la naissance du narrateur, personnage qui restera sans nom - s'il en avait eu un, aurait-il été celui de l'auteur ? et se termine forcément après que ce dit personnage ait évolué, qu'il ait franchi suffisamment d'étapes pour passer au niveau supérieur en quelque sorte. 

L'auteur nous parle de sujets plus ou moins importants, mais toujours avec cette idée du football en filigrane si bien qu'on ne quitte jamais réellement cet univers, mais on n'y reste pas cantonné non plus et c'est vraiment ce que j'ai aimé dans ce livre. 
Le centre du récit, c'est bien évidemment l'amour que porte le protagoniste (et son père) pour l'équipe de Bruges, cet amour sans borne qui rend fou par moment et qui peut être toxique, du moins qui peut rendre "grave triste" à cause d'une défaite - même si visiblement ils ne font que les enchainer, les défaites. 

Les chapitres sont organisés de sorte qu'on a pas de réel suivi, le narration est éclatée au point qu'on se demande combien de temps a passé entre le chapitre précédent et le chapitre actuel - je pense par exemple à celui où le protagoniste commence à travailler dans un journal dont il se fait virer à cause d'un papier trop passionné sur son équipe favorite. Combien de temps a passé entre ce job et celui dans la boutique de sport, juste avant les attentats en Belgique ? 

Du niveau de la temporalité, on a pas d'éléments excepté ceux liés aux attentats survenus en France et en Belgique et encore, on peut situer ces événements grâce à la mémoire personnelle, leurs dates n'étant pas notées dans le roman. J'ai trouvé ce choix de narration intéressant, ça donne un côté assez inhabituel aux romans d'apprentissage j'ai l'impression - on ne parlera pas de classiques tels que L'Education sentimentale de Flaubert évidemment... - et on termine le livre en se demandant combien de temps est passé entre la naissance du personnage principal et son émancipation à la fin - émancipation qui n'est que partielle pour moi puisque le protagoniste reste toujours chez ses parents après le tragique événement qui se situe dans les derniers chapitres. Il n'y a finalement pas d'émancipation absolue même si on peut facilement en conclure qu'elle risque d'avoir lieu assez prochainement au vu des derniers éléments du récit. 


Surface de réparation d'Olivier El Khoury, collection Notabilia.


J'ai assez accroché avec le style d'Olivier El Khoury que je n'ai pas trouvé forcément novateur dans le genre écriture contemporaine/crue/langage parlé, mais en l'occurence ça fonctionne assez bien avec ce qu'il veut nous raconter alors j'adhère ! 
C'est le fond qui m'a plu surtout, comme je le disais c'est en grande partie la façon dont l'auteur a réussi à étroitement lier le foot à la vie du personnage, l'impact que ça a sur sa vie et la façon dont il le perçoit (ainsi que les autres qui ne sont pas toujours hyper conciliant ou compréhensif). 
Chaque chapitre nous révèle alors un moment dans la vie du protagoniste même si on sent bien que ce personnage est quand même pas mal axé sur le sexe. On a droit à la remise des diplômes, à des vacances à New-York, aux années où il a fait du foot dans un club avant de se blesser, etc. 

Mais dans le fond, j'ai vraiment aimé cette façon de parler des attentats sans en faire des tonnes. Depuis que ceux-ci sont survenus, il y a tout un tas de livres autour de ces événements et je dois dire que je n'en ai lu aucun. Bizarrement j'adore l"Histoire" mais c'est trop récent pour que j'ai envie de lire un livre dessus, qui soit romancé ou non d'ailleurs. 
Je ne dis pas que c'est une mauvaise idée d'écrire sur ce sujet qui est d'actualité aujourd'hui encore, je dis simplement que ça ne me donne pas particulièrement envie, mais je salue ceux qui ont écrit pour parler de leurs proches, pour leur rendre hommage, je trouve ça humble et délicat. 

Le fait qu'on en entende parler ici m'a énormément plu parce qu'on n'entend pas parler de victimes, mais plus du regard que vont porter les individus sur notre protagoniste aux racines arabes de par son père. Ça m'a intéressé de voir que beaucoup commencent à se méfier de lui ou même que son père l'accuse carrément d'être à l'origine de l'attentat en Belgique - c'est que la ressemblance entre le suspect et le protagoniste devait être frappante ! 
Je trouve que dénoncer la vision des autres et tout aussi important que de rendre hommage aux victimes, parce que finalement les innocents qui se trouvent être comparés à ces êtres abjects ne devraient pas se trouver dans une position aussi délicate et on ne devrait pas faire ce genre de choses, il n'est pas question de couleur/pays/culture ou autre, il est simplement question d'êtres humains et aborder ce sujet qui est assez épineux me semble être une bonne chose. 

Avec ce livre, on vit avec le personnage des étapes fondamentales de sa vie : sa rencontre avec les femmes, son premier emploi, sa remise de diplôme, son besoin des femmes, son premier CDI, ses premiers pas d'écrivain en herbe qui deviendra écrivain publié et enfin sans doute l'étape fondamentale, la rencontre avec la mort. Tous ces événements font parties de la vie en tant que telle et  pas une fois je me suis ennuyée, grâce à une écriture qui fonctionne, à une narration morcelée et à un personnage qui m'a semblé antipathique mais avec qui on compatit malgré tout. 


Pour un premier roman, je trouve que c'est un pari plutôt réussi pour Olivier El Khoury. Je partais avec un peu d'apriori et finalement l'auteur a su les dissiper. Je suis contente d'avoir aimé lire un livre sur un sujet dont je suis novice et qui ne me passionne pas plus que ça, je suis sortie de ma zone de confort et ça a été pour passer un bon moment, alors, que dire de plus ? 


"Et ma picole était mélancolique. Je buvais des larmes de fiel et je prenais chaque regard comme un coup de poing de mépris en plein abdomen. Mes yeux erraient, vides et tristes, je m’isolais, m’exilais parfois en plein milieu d’une soirée, sans prévenir, puis avec le sentiment que ça ne gênait personne que je disparaisse comme ça. Un fantôme."

Olivier El Khoury, Surface de réparation.









mercredi 4 octobre 2017

Le Coin des libraires - #70 Petites reines de Jimmy Lévy

Je sais d'avance que cet article va être extrêmement difficile à écrire, mais il le faut, rien que pour partager avec vous le plaisir que je ressenti durant ma lecture de Petites reines de Jimmy Lévy

J'ai été interpellée par cette lecture parce qu'on m'en a extrêmement bien parlé - merci à toi Benoit qui me donne toujours plus envie de découvrir des oeuvres des éditions Cherche-midi et qui m'a permis de découvrir ce petit roman qui m'a procuré un immense plaisir. 

Je ne suis pas le genre à entrer dans l'effervescence que représente la rentrée littéraire. Ce serait mentir de dire qu'aucun titre ne m'intéresse, mais je ne suis pas à l'affût de la pépite de cette rentrée. À vrai dire, je considère qu'il y a des livres de qualité à tout moment de l'année et que la rentrée littéraire n'est finalement qu'une période d'intense publications qui favorise toujours un peu les mêmes auteurs de sorte qu'on se retrouve encerclé par une dizaine de romans sur plus de 500 - on ne dira rien sur le dernier roman d'Amélie Nothomb, celui de Leonor de Recondo (même si je compte bien me l'acheter celui-là !) ou encore le dernier Philippe Besson. 

Donc oui, la rentrée littéraire n'est pas particulièrement mon truc, je ne l'attends pas impatiemment ou je ne vais pas passer les mois de septembre/octobre/novembre à ne lire que des romans de la rentrée littéraire, mais je ne suis pas non plus contre cette énorme coup de pub que cette période représente. Quand on m'a contacté pour me demander si je voulais découvrir Petites reines, je n'ai pas pu m'empêcher de répondre positivement, comme je le dis au-dessus, on m'en a trop bien parlé pour que ça ne m'intrigue pas. 

J'ai quand même toujours un peu peur de ne pas accrocher à un livre dont on m'a si bien parlé que ce soit sur les réseaux sociaux ou même dans ma librairie, mais les goûts et les couleurs, ça ne discute pas ! Enfin bref, je suis contente de pouvoir dire que ça n'a pas été le cas cette fois et que Petites reines entre dans le palmarès de mes coups de coeur de cette année 2017 ! 


Une sidération littéraire
Deux femmes aux antipodes du monde, de l’âge, du siècle, de l’humanité, de la survie.


Une adolescente impubère, dans sa tribu primitive aux confins du désert, lutte pour échapper à la tradition sacrificielle qui pèse sur elle depuis sa naissance.


Une vieille dame indigne sur une plage californienne, au crépuscule de son existence, s’acharne à étouffer sa mémoire et à endiguer les marées de souvenirs qui refluent inexorablement.


Deux petites reines, deux tours en feu.



Petites reines m'a énormément déstabilisé et ce, dès le début. J'ai été choquée par l'incipit de ce roman à tel point que je l'ai relu trois fois avant de poursuivre ma lecture. Dès le début j'ai trouvé ça très cru et même dégueulasse il faut bien le dire, mais paradoxalement, c'est aussi extrêmement bien écrit. 
Je suis tombée sous le charme de ces deux petites reines que tout oppose en apparence. J'ai été entraînée dans la tribu millénaire d'Anoua, dans ses rites et coutumes et surtout par Anoua elle-même, cette petite femme qui est destinée à être tuée comme l'était sa mère avant elle, destinée à être chérie jusqu'à ce qu'elle soit en âge d'enfanter, jusqu'à ce que ses seins poussent et sa fente crache du sang. 

Il en a été de même pour l'autre petite reine, cette femme qui est plus proche de nous puisqu'elle vit en Californie, et que les chapitres lui concernant sont datés de 2001, tandis que de prime abord, on pense qu'Anoua vient d'un siècle passé, d'un passé révolu - ce qui n'est pas vrai comme on finit par le voir.
J'ai trouvé très intéressante toutes ces réflexions sur le souvenir vu comme un empoisonnement. Je suis le genre de personne qui pense tout à fait le contraire, qui ne veut absolument rien oublier en vieillissant, etc, etc. et suivre un personnage qui est littéralement malade à cause de ses souvenirs, ça m'a passionné. Et puis c'est surtout la façon dont Jimmy Lévy écrit, son style percutant et si poétique en même temps... je lisais un page et j'étais là à écrire le numéro de la dite page pour pouvoir en extraire une citation. Je l'ai fait tellement de fois que j'en suis venue à la conclusion que le livre entier est une citation, une poétique de la crudité (voire de la vulgarité parfois) en quelque sorte. 


Petites reines de Jimmy Lévy, éditions Cherche midi.


Finalement on finit par se rendre compte que ces deux femmes ont des points communs, elles ont une soif de liberté insatiable par exemple, mais elles ont tout autant de dissensions. L'une abandonne son enfant sans regarder en arrière tandis que l'autre est stérile et aurait souhaité avoir un enfant. 
Elles sont surtout le portrait de deux destins de femmes hantées par des souvenirs encombrants, des souvenirs morbides qui sont à la genèse même de ce qu'elles sont.


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Si vous n'avez pas lu ce livre, je conseille fortement de ne pas lire les lignes qui vont suivre ! - sauf si vous ne l'avez pas lu et ne comptez pas le lire - mais je pense que vous ne lirez pas cet article si c'était le cas. 
J'ai énormément réfléchi à ma lecture durant les quelques jours qui ont suivi et j'en suis venue à une espèce de théorie absolument invraisemblable, mais après tout, je n'arrive pas à me la sortir de la tête.
Disons que j'ai deux opinions à propos de ce livre : la première est que l'on suit deux destins de femmes bien réelles et si c'est le cas, cette sorte de retrouvailles à la toute fin ne m'enthousiasme pas du tout. Il est intéressant qu'elles se rencontrent, mais de là à se revoir à la fin, je ne comprends pas trop l'intérêt. 

La seconde est qu'un des deux personnages n'existent pas réellement. Je m'explique.
J'ai commencé à avoir des doutes par rapport à ça après que Pain d'épice ait renommé la californienne en Queenie, puisque ça signifie que jamais on nous donne son véritable nom, son "état civil" en gros et là, je ne sais pas, j'ai commencé à me demander si elle ne s'appelle pas Anoua ou quelque chose dans ce goût là. Je n'ai aucune idée de la véracité de ce que j'avance, mais l'auteur insiste énormément sur la place du mensonge, sur le fait que Queenie est une menteuse alors que doit-on croire ? qu'elle passe son temps à nous mentir, qu'elle est véritablement atteinte de la maladie d'alzheimer ? et si c'est le cas, n'est-il pas possible que lorsqu'elle oublie qui elle est vraiment, elle divague complètement et devient ainsi Anoua, du moins, elle se prend pour elle jusqu'au point de raconter une histoire absolument fantasmée mais dont certains points se rejoignent ? Enfin, j'ai été interpellée par le passage où Anoua parle des souvenirs qui ne la touche plus. En sachant que la rapport aux souvenirs est extrêmement fort chez Queenie, je ne sais pas, ça m'a lancé sur cette piste qui, maintenant que je l'écris vraiment me semble tout à fait loufoque ! 
Et pourtant, ça expliquerait en partie cette fin, ces "retrouvailles" qui ne peuvent se faire qu'au moment où Queenie va mourir, qu'au moment où, dans un dernier instant de lucidité elle se voit et voit en même temps sa création, son être de papier, son moi qui n'est pas réellement son moi mais qu'elle considère comme tel - une sorte de projection/hallucination de la maladie -- et oui, j'avais prévenue que ça partirait loin... 

Bon après, je n'ai absolument aucune idée de si cette hypothèse est possible ou pas, je pense plutôt qu'elle est complètement folle mais je n'arrête pas d'y penser alors autant l'exposer. 
J'ajoute enfin que si on suit cette hypothèse, je suis incapable d'expliquer les événements antérieurs à la fin et surtout la première rencontre entre Anoua et Queenie dans les années 70/80 peut-être. 
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Sans hésitation, le gros point fort de ce livre a été pour moi le style de l'auteur, vraiment, je salue cette capacité à écrire des choses si belles sur des sujets si moches, c'est sublime et répugnant à la fois je trouve que c'est une réelle prouesse et en tout cas, ça a parfaitement fonctionné avec moi ! 
C'est un roman qui reste difficile à lire parce qu'il est emprunt de réalisme, on visualise parfaitement bien la tribu ancestrale d'Anoua, la barbarie du chef clanique et des coutumes comme on visualise la mouette qui revient sans cesse auprès de la maison sur le bord de la plage. 

Pour moi c'est un livre unique qui m'a énormément bouleversé, submergé, tourmenté. En deux petits jours il était lu alors que j'avais le temps de rien et que j'ai failli refuser de le lire pour cette raison - ce qui aurait été une grossière erreur de ma part !
C'est rare qu'un roman me touche à ce point, encore plus quand il s'agit d'un roman contemporain - le seul autre que je pourrais citer là est Seuls de Laurent Mauvignier dans un registre qui est tout à fait différent. Et pourtant je sais que je garderai un souvenir impérissable de cette lecture tout aussi poignante que bouleversante. 



"Pour ce qui m’est arrivé dans des temps très lointains, il reste des lambeaux, images décolorées, parfums partiels, poudres en suspension, bric-à-brac de sentiments élimés, une gigantesque brocante de lieux, visages, objets disparus mais toujours en cours de disparition. Rien ne disparaît vraiment il reste toujours une trace, et quand la trace disparaît elle laisse à son tour une trace, et cette dernière trace de la trace devient une blessure encore plus cuisante que la douleur de la chose disparue. Les êtres et les choses sont toujours moins dangereux que leurs traces."

Jimmy Lévy, Petites reines.

"Les jolies souvenirs ne me tuent plus. Ils se sont usés à force d’être toujours les mêmes. Nago ne me tue plus. Mes rêves sont vagues et lourds. Ils s’effacent au réveil et ne me laissent qu’un goût de sang dans la bouche. Pourtant les gens de ma tribu disent que je suis au faîte de ma beauté, au comble de ma splendeur, à l’apogée irradiant de mon règne sacré. De si haut je ne peux que chuter. Il ne me reste plus qu’à attendre de déchoir. Je ne sais pas m’y résoudre. Il faut que je trouve moyen de chahuter mon coeur engourdi, de le faire battre à nouveau comme lorsqu’il voulait sortir de ma poitrine d’enfant qui courait éperdue à la rencontre du monde. Trouver la pluie qui me rendra source. Ce ne sera pas une pluie d’antan, une de ces vieilles pluies que la sécheresse absorbe instantanément. Il me faut une pluie qui inonde et dévaste, autre chose que l’immobilité de la pierre. Quitte à précipiter ma chute. Il me faut autre chose que l’attente du sable qui ensevelit. Quitte à finir dans la gueule des hyènes au milieu du désert. La seule chose que je sais, c’est que je ne peux pas continuer à être Anoua, le nuage sans pluie dans un ciel vide."
Jimmy Lévy, Petites reines.





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