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Le Coin des libraires - #65 Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille

Avec la fin de mes partiels, j'ai eu la chance de recevoir en cadeau Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille que je convoitais depuis des mois ! Je déteste commander sur Internet parce que je déteste attendre, je ne l'ai jamais acheté avant pour cette raison - il s'agit de la toute première publication de la collection Notabilia, publié en 2013, donc il est difficile de le trouver en librairie.

Comme j'avais très envie de me plonger dedans, j'ai terminé Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara et j'ai enchaîné avec celui-ci, et on peut le dire, je n'ai pas été déçue de ma lecture.


Jefferson Woodbridge avait débarqué à Paris à vingt ans avec l’intention de devenir un romancier américain célèbre. Quelques décennies plus tard, on le retrouve, désabusé, obscur tâcheron du monde de l’édition qui apprécie ses qualités de nègre et de traducteur. Lorsque le docteur Moreno lui annonce qu’il sera aveugle dans les six mois, cela lui apparaît comme une délivrance : « Ainsi donc je n’aurai plus jamais le temps de m’ennuyer », se dit-il, en prenant la décision d’aller mettre fin à ses jours à Buenos Aires. La proximité de la mort fait également ressurgir le souvenir de Magdalena, la première femme, peut-être la seule, qui ait compté dans sa vie. Une jeune femme solaire, fantasque et insaisissable dont l’apparition un samedi soir au métro Mairie de Montreuil l’avait ébloui. Comme dans un rêve, il se souvient d’avoir vécu avec Magda la vie de bohême à Paris. Un jour elle avait disparu.



Le postulat de départ donne envie, c'est évident, et la suite également puisqu'on va remonter dans le passé de Jefferson pour en apprendre plus sur la mystérieuse Magdalena. Il m'a beaucoup fait penser au livre, Le dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse pour le postulat de départ : après une nouvelle (ici l'annonce de sa cécité, dans l'autre, l'annonce de la fermeture d'Ellis) le protagoniste se remémore sa vie passée. Celle de John se concentre sur son poste au sein de la prison, celle de Jefferson sur sa relation tumultueuse avec Magda.

Ma lecture a été addictive, l'écriture est minutieuse, et même si on connaît la finalité de la relation entre les deux, on a juste envie d'en savoir plus, de connaître tous les tenants et aboutissants qui ont mené à cette conclusion. Ce n'est pas la vie de Jefferson qui est au centre, enfin elle l'est indirectement avec le fait qu'il soit venu à Paris pour devenir un grand écrivain par exemple, mais tout tourne autour de sa culpabilité, de cette femme qui le hante encore maintenant.

Le personnage de Jefferson n'est pas particulièrement attachant, certains de ses traits le sont, sa volonté de devenir écrivain, mais à ses rêves de grandeur viennent s'ajouter ses tendances à la flemmardise et finalement, il ne deviendra jamais ce qu'il voulait, il ne publiera jamais rien de son nom, sa vie entière semble se résumer à Magda.


Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille, collection Notabilia.


Pour ce qui est de Magda, j'ai adoré son personnage. Il est raconté par le point de vue de Jefferson et il nous révèle une large palette du caractère de la femme. Sa beauté tout d'abord, mais aussi sa douleur, elle nous est pas clairement dite, mais certains passages sont extrêmement tristes, comme ceux où il lui dit qu'il est mieux qu'ils vivent séparés, ceux où il l'évite, etc. Pourtant, il revient toujours, et peut-être que ça a été le problème, peut-être que c'était trop douloureux pour elle de ne l'avoir qu'à moitié, de devoir supporter son indifférence.

Alors oui, Jefferson me fait de la peine après coup, mais il n'a pas été très correct avec elle, pas du tout même, on dirait qu'au fur et à mesure, elle est devenue l'ombre d'elle-même et c'est bien ce qu'il s'est passé.


J'ai adoré l'histoire, l'espèce de désespoir de cet Américain venu à Paris pour vivre une vie d'écrivain accompli, pour suivre les traces d'Hemingway ou de Fitzgerald et qui a dû renoncer à tout ça. Je ne peux pas m'empêcher de me demander s'il ne s'est pas saboté tout seul, s'il n'a pas eu assez de courage pour atteindre son but ou si tout simplement il n'était pas fait pour être ce qu'il souhaitait, mais dans tous les cas, j'ai de la peine pour lui. Mais tout s'efface quand je pense à Magda, au fait qu'il n'ait jamais essayé de prendre soin d'elle, qu'il ait voulu l'exhiber tel un trophée récemment gagné.

C'est un détail, mais j'aurais préféré un autre titre, je ne trouve pas que celui-ci ait suffisamment de poids pour porter une telle histoire. En se plongeant dans le livre, on s'attend à découvrir l'Argentine, ou du moins qu'on en parle plus que ça. Finalement, ici, on voyage énormément en Europe, mais on ne voit pas l'Argentine.


Maintenant que je sais que j'ai aimé Dernier voyage à Buenos-Aires, je pense bientôt m'atteler à La Péninsule, un autre livre de Louis-Bernard Robitaille paru chez Notabilia également.


"En même temps, je savais que l’image, si profondément enfouie fût-elle, ne se détruirait jamais tout à fait, qu’elle menaçait un jour ou l’autre de reprendre vie, épaisseur, couleur et forme, pour revenir me tourmenter. Je me demandai un instant si l’on pouvait mourir de honte."

Louis-Bernard Robitaille, Dernier voyage à Buenos-Aires.






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