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Le Coin des libraires - #42 Ressentiments distingués de Christophe Carlier

Comme je vous le disais dans mon article précédent, je vais aujourd'hui vous parler du roman Ressentiments distingués de Christophe Carlier, livre que j'ai eu la chance de recevoir par le biais du site livresque Babelio, et également grâce aux éditions Phébus. 

Lorsque Babelio m'a proposé de participer à un tirage au sort pour ce roman, je l'ai fait uniquement pour l'éditeur. Phébus fait partie du même groupe (Libella) que la collection Notabilia (qui appartient à la maison d'édition Noir sur Blanc. Vous le savez, j'aime énormément cette collection et surtout, j'avais extrêmement envie de découvrir certains titres chez Phébus parce que mine de rien, ça commence à faire un certain temps que je lorgne dessus. 

Pour le dire rapidement - je ne pense pas que ce soit vraiment hyper intéressant - j'apprécie beaucoup le travail effectué sur l'objet livre qui est toujours de qualité avec une couverture qui n'est pas vraiment "lisse" et une illustration vraiment très jolie à chaque fois - oui, le design d'un livre compte beaucoup pour moi quand même. 

Enfin bref, tout ça pour dire que j'ai été sélectionné, que j'ai reçu le livre et qu'une fois Au fond des bois terminé, bah j'ai enchaîné, forcément. 

Sur l’île, le facteur ne distribue plus de lettres d’amour. Mais des missives anonymes et malveillantes qui salissent les boîtes aux lettres.

Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? Irène, la solitaire ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Émilie, Marie-Lucie ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Et l’inquiétude s’accroît. Jusqu’où ira cet oiseau maléfique ?



Ressentiments distingués est un livre court, même pas 200 pages. En ne sachant rien de la quatrième de couverture, je ne pouvais pas vraiment dire au départ si l'illustration en couverture était réellement pertinente avec le sujet du livre. Je peux désormais vous dire qu'elle l'est, et que l'illustratrice Héloïse Jouanard a vraiment fait un très beau travail. 

Avec ce roman, on va être plongée sur une île, on ne sait rien de celle-ci, ni son nom, ni sa localisation, elle entre uniquement en opposition avec le "continent". 
Là où je suis passée un peu à côté, c'est que je ne savais pas où je mettais les pieds, alors que le titre est assez révélateur quand on y pense. On va suivre une espèce de dérèglement sur l'île à cause d'un mystérieux corbeau qui envoie des lettres anonymes aux habitants. Ressentiments distingués est en effet une sorte de clin d'oeil à la formule "sentiments distingués" parfois présentes dans le langage épistolaire. 

Découpé en trois parties, enfin pour moi c'est plutôt deux parties et un épilogue, mais bref. La première partie s'ouvre sur le facteur, qui, de manière parfaitement normale distribue son courrier. J'ai trouvé intéressante la vision qu'a le facteur (Gabriel) sur son métier. Comme je l'ai dit un peu plus haut, il va être question d'envoi de lettres pas forcément hyper sympa alors après avoir décrit quelques habitants de l'île, décrit leurs habitudes, l'essentiel du propos se trouve dans la rumeur, dans les ragots et les "menaces" dues à celui qu'ils ont nommé le "corbeau". La panique apparaît peu à peu, le silence s'installe et même si personne ne dit rien, tout le monde pourrait être le coupable, enfin, à quelques exceptions près. 

La deuxième partie est focalisée sur le point de vue du corbeau, dont nous est dévoilée l'identité. J'ai beaucoup aimé le suivre, en apprendre plus et j'ai trouvé intelligent de ne pas faire une nouvelle fois une histoire de vengeance, parce qu'ici, je ne considère pas que cela le soit. Je ne vais pas trop m'étaler dessus parce que je ne veux pas gâcher la surprise, mais si jusque-là ça vous intéresse, foncez ! 

Ressentiments distingués,  Christophe Carlier aux éditions Phébus.

Cette lecture amène à se rendre compte à quel point les apparences sont trompeuses déjà, mais surtout que la peur peut-être attisée n'importe où, n'importe quand. Le corbeau paraît parfois simplement s'amusait sans que ce soit de la méchanceté perverse. Il semble plus s'attacher à essayer de faire réfléchir ses "victimes" qu'à les faire culpabiliser ou à les blesser. Pourtant, quelques drames vont se produire sur l'île, parfois sans que le corbeau ait quelque chose à y faire, d'autres où c'est entièrement de sa faute - je pense aux événements de la fin de la deuxième partie. 

Pour moi, c'est une réussite du point de vue de l'esquisse des insulaires, l'auteur nous parle de pas mal de personnes, mais seulement en quelques lignes. Il parvient de manière vraiment brillante à nous décrire ces personnages que l'on aperçoit qu'au café La Marine ou même à l'épicerie et qui, finalement, sont simplement des personnages faisant partie du décor - ou non d'ailleurs. 
Cette manière de survoler les personnages a contribué à ce que je me perde dans le livre, quand l'auteur a pour la première fois abordé Tommy, je pensais que nous allions le suivre plus en profondeur, pareil pour Gwenegan qu'on ne suit pas tant que ça au final. Enfin voilà, j'ai aimé tomber dans les pièges tendus consciemment ou non pas l'auteur. 


Ce livre aussi je l'ai dévoré : l'histoire m'a plu, peut-être aussi parce qu'après avoir lu un polar/thriller assez long et assez sanglant, j'ai eu besoin de lire quelque chose de plus léger, mais qui reste dans le registre de l'enquête. J'ai aimé simplement parce que c'est sans prétention, parce que l'auteur nous donne à voir une histoire bien ficelée dans une écriture toute en simplicité et efficace. À vrai dire je ne connaissais pas du tout Christophe Carlier, même pas de nom. Il est apparemment surtout connu pour son roman L'Assassin à la pomme verte qui m'a l'air d'être pas mal d'après le peu que j'en ai entendu. 


"La vague pétrit la mer sans fin. Elle sculpte et elle anéantit. Comme la vie, elle s’étire, en dérobant ce qu’elle avait offert. On met des années à se construire une existence. Surgit une force sans visage, qui dévaste tout. Elle prend la forme de la rumeur, du vent, du hasard."
Christophe Carlier, Ressentiments distingués.



Pour une découverte, ça a été une grande découverte et je ne pouvais pas rêver mieux pour démarrer cette année 2017 en beauté. Une fois encore, un très grand merci à Babelio et aux éditions Phébus








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