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Série du moment - #13 The Night Of

Après en avoir brièvement parlé dans mon bilan du mois de juillet qui est ici, voilà que je reviens aujourd'hui pour vous parler plus en profondeur de la série The Night Of de Steven Zaillian & Richard Price.

Seulement composée de huit épisodes, la saison 1 de la série diffusée sur HBO a fait parler d'elle tout en étant très peu médiatisée, contre toute attente. 
Souvent, les séries HBO ne passent pas inaperçues, cela fait plusieurs années maintenant, décennies peut-être, devrais-je dire que la chaîne est à l'origine de séries qui cartonnent, pourtant, The Night Of se retrouve un peu à part. 

Je pense que la série n'a pas eu la même popularité que d'autres tout simplement parce qu'elle n'est pas vraiment une série "estivale", qu'elle s'est peut-être un peu dissipée dans le brouillard face à des séries de la plateforme Netflix par exemple - je pense notamment à Stranger Things, gros carton de cet été 2016, carton mérité d'après moi d'ailleurs. The Night Of, c'est le genre de série que j'aurais bien vu sortir en hiver, lorsque les nuits commencent à dix-huit heures et qu'il fait un froid de canard. C'est typiquement l'ambiance de la série avec ses couleurs grisâtres, son ambiance morose. 

Comme je le disais il y a quelques semaines maintenant, The Night Of est une très bonne série sous tous les aspects, que ce soit dans la réalisation, la photographie, le scénario, le jeu des acteurs, etc. C'est une série qui a tout pour plaire quand on recherche un sujet un peu "sérieux", quelque chose qui ne sera pas amusant et surtout qui sera là pour dénoncer plus que pour expliquer. 

On suit donc Nasir Khan (Riz Ahmed) qui va se retrouver accusé de meurtre, accusé d'avoir poignardé à 22 reprises une jeune femme avec qui il venait de passer la nuit, mais dont il ne savait rien. Le premier épisode qui est pour moi le meilleur pose les bases, on assiste à la rencontre entre Nasir et Andréa (Sofia Black D'Elia), comment celle-ci s'est retrouvée sur son chemin, ce qu'il s'est passé avant qu'il ne devienne inconscient et se réveille chez elle, le moment où il la trouve ensanglantée dans son lit et décide de s'enfuir en prenant avec lui l'arme du crime, le couteau qui a servi à la tuer. 
Pourtant, on ne pense pas Nasir capable d'une telle chose, garçon sérieux, personnage lisse, studieux qui semble être un peu le gentil garçon de bonne famille, qui ne fait pas de vague quoi. Alors comment aurait-il pu tuer Andréa aussi sauvagement et puis, pourquoi l'aurait-il fait surtout ? 


La suite de la saison va nous permettre d'observer Nasir qui a été arrêté et mis en prison, qui va évoluer dans le milieu carcéral et changer du tout au tout, il suffit de voir la différence physique de celui-ci entre le premier et le dernier épisode - je parle des muscles surtout, mais aussi des tatouages comme celui de la couronne sur le cou -. 
On va également suivre la défense de celui-ci en la personne de John (John Turturro) un avocat qui n'est pas réputé pour être très bon. La défense de Nasir va être reprise par une femme, Chandra (Amara Karan) qui fera de son mieux pour l'innocenter, même si son personnage n'est pas vraiment bien exploité pour le coup. 

Pour moi, le meilleur personnage est celui de John, il a une véritable psychologie et on s'attache énormément à lui, à sa manière d'être, à sa solitude. Sa maladie aux pieds fait de lui un personnage pour qui on compatis, qui amène une sorte de légèreté même si en y pensant bien, son personnage n'a rien de drôle. Il vit seul, n'a personne, n'arrive même pas à coucher avec une prostituée et ne peut même pas avoir un chat chez lui à cause de ses allergies. En gros, sa vie craint, elle craint vraiment et c'est sans doute une des raisons qui font que son personnage est si captivant. Ça et puis aussi l'interprétation de John Turturro qui est génialissime. 

En y pensant, je me dis que j'aimerais beaucoup qu'il y ait une saison (ou un spin-of) sur lui car même si l'épisode 8 sonne la fin de l'intrigue développée depuis l'épisode 1, il serait tout à fait possible de retrouver John dans une suite, même si je pense que ça n'arrivera pas - dommage. 

J'ai bien aimé aussi Dennis Box (Bill Camp) dans le rôle du flic. Son personnage est intéressant mais malheureusement son exploitation est inégale, il prend sa retraite et donc disparaît peu à peu jusqu'à son véritable retour dans le dernier épisode. Le doute qui le torturait malgré tout n'a pas disparu et il recherche toujours qui peut être le coupable si jamais ça n'est pas Nasir. Mais voilà qu'il aurait fallu explorer son personnage plus en profondeur et de manière plus uniforme. 

Le personnage de Nasir est vraiment intéressant mais au final, je suis plutôt mitigé. J'ai un peu le sentiment qu'on ne connaît jamais réellement son identité, qu'on ne sait pas s'il est coupable ou non. La certitude qu'il ne l'est pas dans les premiers épisodes est bien présente, mais pourtant la suite de la saison s'évertue à nous faire douter. 
Son évolution est trop brusque. De petit fils gentil, il devient un de ceux qu'il faut éviter en prison parce qu'il est lié au big boss, il tombe dans le "gang" trop rapidement, il met de côté sa moralité trop facilement au profit de quoi ? Quelques tatouages, un téléphone portable et une cellule. C'est trop soudain, trop peu réaliste pour qu'on puisse croire à ce détournement à 180°.
Et puis, en dehors de la prison, petit à petit, son image de garçon parfait se retrouve entachée, il vendait de la drogue à son école, il s'est plusieurs fois battu aussi, alors finalement on en vient à se demander, est-il aussi sympathique qu'on a voulu nous le faire croire ? Quel est le vrai du faux ? Et si, contre toute attente, il l'avait bien tué même "sans faire exprès" ? 

Et ce doute plane, il reste présent jusqu'à la fin de la saison et même après. On n'a pas la réponse, tout comme Nasir ne l'a pas non plus. La question qui nous turlupine durant huit épisodes ne trouve pas de réponse, tout ce dont nous avons droit est le doute. 

L'épisode 8 qui dure une heure trente contient la séquence tant attendue, le moment décisif, celui du procès de Nasir. Moment à la hauteur de mes espérances avec John qui prend le relais au dernier moment, John qui doit lui-même s'occuper de conclure - jusqu'ici, c'était Chandra qui parlait devant le jury. C'est un moment très fort que cette scène où ce "petit" avocat tente le tout pour le tout pour sauver son client, pour démontrer qu'au fond, on ne sait pas, que ça pourrait être quelqu'un d'autre, mais que la police et le procureur se sont évertués à condamner Nasir sans même chercher à côté. On ne sait pas, et c'est les larmes aux yeux que John conclut. 

Série plutôt complexe, The Night Of explore les failles du système judiciaire aux Etats-Unis - comme  beaucoup de séries américaines, ces derniers temps -, mais elle nous parle aussi du racisme puisque Nasir est d'origine pakistanaise (il faut d'ailleurs insister sur le fait qu'il n'a jamais mis les pieds au Pakistan et que tout ce qu'il connaît, c'est Jackson Heights) et directement, lui et sa famille sont rejetés de leur communauté, mais également des autres, ils sont rejetés de tous. C'est également un moyen d'en apprendre plus sur le milieu carcéral et de le dénoncer avec par exemple ces gardes qui se font soudoyer par les détenus ou encore, signaler les méfaits de la drogue avec tout d'abord Andréa et Nasir qui en consomment dès le premier épisode, mais aussi Nasir qui tombe dedans en prison et en ressort toxicomane. 

Peu importe la résolution au final, peu importe si Nasir sort ou non de prison puisque la justice n'a pas réellement fait son travail, elle n'a pas su juger et elle a brisé la vie de Nasir mais aussi celle de sa famille. Son père a perdu son entreprise de taxi, sa mère s'est fait virer et doit désormais accepter n'importe quoi, mais c'est surtout Nas, dont la vie était pleine de promesses et qui se retrouve écarté, catalogué, c'est une vie réduite à néant par la violence, par la prison, par la drogue. 

C'est avec une scène pour le moins obscure que se conclut presque ce dernier épisode : Nasir fumant sa poudre là où il était venu boire un coup accompagné d'Andréa. 
Mais c'est une dernière scène encore plus fataliste qui s'impose à nous avec John qui, chez lui, reçoit un coup de fil et on ne peut qu'imaginer la suite, quelqu'un s'est fait arrêter, quelqu'un a besoin d'être représenté, coupable ou non, sa vie est désormais détruite. 


Il n'y a encore aucune info concernant la saison 2, mais si j'ai bien compris, si celle-ci voit le jour ce ne sera plus du tout les mêmes personnages ou la même histoire puisque c'est une série d'anthologie. 









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