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Le Coin des libraires - #31 La Fille du train de Paula Hawkins

Depuis l'année dernière que j'en entends parler de ce roman, il était temps que je m'y mette ! Je ne pensais pas vraiment le lire un jour, ça n'était pas vraiment dans mes projets, on va dire. 
Je l'ai vu passer des dizaines et des dizaines de fois lors de mes excursions en librairie haha et pourtant même si j'avais un peu envie de le lire, je ne l'ai jamais acheté. 

Il a fallu que j'attende cet été, une occasion que je ne pouvais pas laisser passer pour me le procurer. Une fois en ma possession, j'ai terminé mes lectures en cours et je me suis plongée dedans ! 
Bon, autant dire qu'il n'a pas fait long feu et que je l'ai rapidement lu, même si j'ai essayé de me contrôler pour ne pas le finir trop rapidement. 

"Vivre comme je le fais, c’est plus difficile l’été, avec ces journées si longues, si peu d’obscurité où se dissimuler, alors que les gens sortent se promener, leur bonheur est si évident que c’en est presque agressif. C’est épuisant, et c’est à vous culpabiliser de ne pas vous y mettre, vous aussi."
Paula Hawkins, La Fille du train


Résumé édition Sonatine 

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Avec La Fille du train, Paula Hawkins tente de toucher un public relativement large puisqu'on ne va pas se mentir, beaucoup de monde emprunte le train ou même encore le métro, le bus - ce qui est mon cas. On le sent dans ce préambule, cette page destinée aux lecteurs et où l'auteure nous explique ce que va être son livre : un roman de voyeur. 
Néanmoins, on se rend rapidement compte qu'elle cible également un public en particulier, un public féminin. 
Oui, puisqu'on va suivre trois voix différentes, trois vies différentes qui auront bien sûr des points en commun mais surtout qui sont toutes les trois des femmes. Sur la base d'un avis personnel, je ne serais vraiment étonné d'entendre que beaucoup d'hommes ont été rebutés face à cette histoire par le simple fait que tous les évènements soient racontés par le point de vue de femmes. 
Personnellement, évidemment que j'ai beaucoup aimé cet aspect même si j'avoue, j'aurais aimé avoir un dernier chapitre du point de vue de Scott, mais bon tant pis pour moi. 

On va donc suivre un personnage en particulier, celui de Rachel, à l'aube de la trentaine - si je me souviens bien ! - qui est alcoolique, ce qui pose un vrai problème quand ça a détruit ton mariage et que ça a été le motif de ton renvoi. Complètement paumée dans sa vie, Rachel vit chez une "amie" de la fac, Cathy, à qui elle n'a pas dit qu'elle avait perdu son emploi alors elle garde la face, tous les matins et tous les soirs, elle prend le train direction Londres, comme si elle allait travailler, sauf qu'elle tourne en rond. 
Rapidement, on va sentir la fascination de notre protagoniste pour une maison en particulier, celle quasiment à côté de ce qui était sa propre maison avant de divorcer de Tom qui l'a trompé avec Anna (une autre voix dans le roman). 

À côté du personnage de Rachel qui occupe plus de la moitié du roman, on va également suivre Anna qui est la nouvelle femme de Tom, celle pour qui ce dernier a quitté Rachel. Et on va aussi avoir le plaisir de suivre le personnage de Megan qui est la femme qui disparaît.

Ces trois femmes qui de prime abord n'ont rien en commun (excepté Rachel & Anna qui ont partagé le même conjoint) vont finalement se retrouver liées, elles vont chacune s'encastrer dans une autre pour former un puzzle dont nous n'aurons les pièces qu'à la fin, forcément. 

La Fille du train de Paula Hawkins aux éditions Sonatine.

Ces trois femmes sont complètement différentes, Rachel comme je le disais est une alcoolique dépressive qui n'a plus rien, qui vit au jour le jour et se repose encore et encore sur la bouteille. Elle rêve de sa vie perdue, de son Eldorado qu'était son mariage avec Tom, leur vie commune dans cette maison auprès de la voie ferrée. 
De son côté Anna vit pour sa famille, pour Tom mais surtout pour leur fille Evie. Son personnage est plus qu'antipathique, très clairement j'aurais aimé pouvoir lui mettre des claques tellement elle est suffisante et pathétique aussi. 
Enfin, Megan que l'on suit un an plus tôt - on commence à suivre Rachel le 5 juillet 2013 et Megan le 16 mai 2012 - n'est pas facilement discernable. On comprend dès le début qu'elle cache des choses et évidemment on se demande quoi et surtout si c'est ce qui a mené à sa disparition et puis bah, sa mort. 

La psychologique de ces trois femmes est bien travaillée, c'est, je dirais le gros point fort du livre, le fait que l'auteure ait réussi à nous exposer trois destins de femmes complètement différents et à les  réunir malgré tout. 
En revanche j'ai été un peu déçue par le passé de Rachel et Megan (on n'explore pas celui d'Anna ce qui m'a bien arrangé), leur même rapport à l'enfant. Enfin, j'ai trouvé ça un peu facile de faire en sorte que leur problème découle de la même chose : les enfants. 
Évidemment, ce n'est pas la même chose puisque Rachel a commencé à boire parce qu'elle n'arrivait pas à tomber enceinte et que Megan n'arrivait pas à accepter la mort de sa fille, surtout à arrêter de se sentir coupable puisque sa petite est morte par sa faute - en même temps quelle idée de prendre un bain avec son enfant et s'endormir dedans, fin bon. 

J'ai trouvé ces deux explications un peu dommage, un peu facile aussi, du genre "oh bah faut leur trouver des traumas, ce sont toutes les deux des femmes, oh bah on va parler des enfants tiens". Surtout qu'il ne faut pas oublier qu'Anna est mère, qu'elle a eu Evie avec Tom ce qui n'est pas sans rappeler à Rachel qu'elle, elle n'a pas été capable d'en donner à Tom.
Bref, l'utilisation des enfants a été pour moi à outrance, ce que j'ai trouvé un peu regrettable, bah oui, ce n'est pas parce que tu parles de femme que tu dois forcément parler d'enfant, mais bref.

J'ai beaucoup aimé l'obsession de Rachel pour le couple Scott/Megan, toute cette histoire factice à leur sujet, surtout quand l'on découvre par la suite que ça n'était pas du tout comme l'imaginait Rachel. J'ai trouvé intéressant le clivage entre la réalité et les apparences qui est bien travaillé jusqu'au bout.
Oui, au début on ne pense pas que Scott ait tué sa femme. Rachel l'a dépeint comme un bon mari, un homme aimant Megan, alors ça nous paraît inconcevable. Pourtant, au fur et à mesure des pages, on s'interroge, et pourquoi pas finalement ? après tout, ce que nous avons cru n'était que superficiel, rien ne nous dit qu'elle n'était pas une femme battue ou qu'il était un bon mari. 
L'auteure joue très bien sur ce tableau puisque vient le moment où Scott apprend que Rachel ne connaissait pas sa femme, où il la "séquestre" et la menace et là, on se dit qu'il aurait peut-être pu le faire en effet. S'ensuit un chapitre avec Megan, du soir où elle a disparu et où on apprend ce qu'il s'est réellement passé entre eux, où il l'étrangle quand celle-ci commence ses révélations. 

Seulement, le lecteur sait déjà à ce moment que ce n'est pas Scott qui l'a tué, le lecteur sait déjà qui est le vrai coupable. Le moins qu'on puisse dire, c'est que je ne l'ai pas vu venir. 
En fait, j'ai eu tellement peur que ce soit Rachel qui l'ait tué et qui ne s'en souvenait plus que du coup je suis restée focalisée sur cette idée, je n'ai pas arrêté de me répéter que c'était elle, que si c'était ça, l'auteure ne s'était pas foulée et que c'était franchement bête. Et puis à un moment je me suis dit, et si c'était cette personne-là ? quelques pages plus loin, ma dernière idée s'est trouvée être la bonne et j'ai été rassuré, l'auteure s'en est bien sorti ! 

Rachel nous parle de son ex-mari comme de la perfection quand même, elle regrette tellement ces années de bonheur avec lui qu'on croirait qu'il est une sorte de Dieu qui l'a sauvé des enfers. Elle le "harcèle" lorsqu'elle a trop bu, elle n'arrive pas à s'en remettre, très clairement elle est incapable de tourner la page, même si lui n'a pas attendu qu'ils soient divorcés pour le faire. 
Tom est le genre de personnage dont on se méfie mais dont on ne se dit pas qu'il est le mal incarné, non, c'est juste un connard. En l'occurence, dans cette histoire, il est le mal incarné, il est pourri jusqu'à la moelle et prêt à tout pour que personne ne se mette en travers de sa route, que ce soit Megan, Rachel ou encore Anna. 

J'ai beaucoup aimé la fin parce que justement je ne l'ai jamais sérieusement soupçonné, je ne me suis jamais dit "bah oui, le voilà le coupable" et la surprise a été plutôt bonne je dois bien le dire même si une fois encore le motif me paraît bateau au possible : toujours une histoire d'enfant puisque Megan était enceinte. 

Pour ce qui est des dernières pages après la résolution, là aussi, j'ai été un peu déçu. Le périple de Rachel qui va visiter la tombe de Megan m'a paru un peu moyen et surtout, j'aurais aimé savoir ce qui allait se passer pour elle à présent comme pour Anna - même si je la déteste au plus haut point - ou encore Scott qui disparaît dans la nature ni vue ni connue. Mais voilà qu'on ne le saura jamais puisque les maisons sont vides et donc il n'y a plus rien à voir depuis le train. 

Je dirais que cette lecture a été plutôt addictive, un peu comme Rachel avec la boisson, j'ai eu du mal à m'en passer jusqu'à arriver au fin mot de l'histoire. J'ai aimé apprendre qu'en réalité Rachel n'est pas devenue "folle" à cause de l'alcool mais que Tom l'a manipulé tout du long. Voilà donc une héroïne qu'on ne peut que plaindre bien qu'elle ait été des plus embêtante à certains moments, lorsqu'elle ne voulait pas s'arrêter de boire même quand elle savait qu'elle devait arrêter. 
En plus d'être un roman qui recherche un coupable, La Fille du train est un roman sur le voyeurisme, sur les apparences trompeuses et aussi sur l'addiction, à recommander donc. 


"Et c’est tellement dur de se sentir responsable de quelque chose dont on ne se souvient pas. Alors je ne me sens jamais assez coupable. Je me sens mal, mais ce que j’ai fait, c’est… c’est en dehors de moi. C’est comme si ça ne m’appartenait pas vraiment."
Paula Hawkins, La Fille du train.







Commentaires

  1. Tu as raison, c'est une lecture addictive ! :)
    Je l'ai lu lors de sa sorite et c'est un roman que j'ai beaucoup aimé !

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    1. Bonsoir Camilla,

      C'est dommage qu'il n'y ait pas de petite pouce pour aimer ton commentaire, haha !
      Belle soirée :)

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