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Le Coin des libraires - #30 M pour Mabel de Helen Macdonald

Comme il y a maintenant deux mois pour Barcelona de Daniel Sanchez Pardos - où vous pouvez retrouver mon avis ici - j'ai eu la chance d'être sélectionné sur le site Babelio pour participer à  l'opération Masse Critique. Cette fois, le livre en question fait partie de la rentrée littéraire 2016 - première fois que je lis un livre de la rentrée littéraire lors de sa sortie haha - et il s'agit de M pour Mabel d'Helen Macdonald


Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à dire que j'adore la couverture, je la trouve vraiment très jolie dans le choix des couleurs et avec l'autour dessus. 
L'objet livre en lui-même est très agréable à tenir en main, on sent que le papier est de bonne qualité  et issu de sources responsables, s'il vous plaît ! Je sais, ça doit paraître un peu débile comme commentaire, mais c'est quelque chose d'important pour moi, que l'objet en tant que tel donne envie qu'on s'y plonge, que la couleur du texte ne soit pas si profonde qu'on voit les caractères sur les pages du derrière, enfin voilà, tout ça pour dire que j'ai été attiré par l'objet en lui-même avant de commencer ma lecture. 

"Dans J’ai l’Angleterre dans la peau, White a écrit l’une des phrases les plus tristes que j’aie jamais lues : « Tomber amoureux est une expérience de désolation, sauf lorsqu’on tombe amoureux d’un paysage. » Il était incapable d’imaginer un amour humain partagé. Il devait transférer ses désirs sur le paysage, espace vierge et désert, qui ne peut pas vous rendre votre amour mais qui ne peut pas non plus vous faire souffrir."

Helen Macdonald, M pour Mabel.


Résumé Fleuve Editions :


Enfant, Helen rêvait d'être fauconnier. Elle nourrit des années durant son rêve par la lecture.
Devenue adulte, elle va avoir l'occasion de le réaliser.
De manière brutale et inattendue, son père, journaliste qui a marqué profondément sa vision du monde, s'effondre un matin dans la rue.
Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, le déni, la colère, la tristesse, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique. Elle va se procurer un rapace de huit semaines, le plus sauvage de son espèce, Mabel. Réputé impossible à apprivoiser. Elle va s'isoler du monde, de la ville, des hommes. Et emprunter un chemin étonnant.


Quand on m'a proposé cette lecture, j'ai bien évidemment lu la quatrième, je n'allais pas accepter de lire un livre & le critiquer si c'est pour que ça devienne une lecture forcée ! De prime abord, ça avait l'air intéressant, une histoire d'un univers qui m'est complètement inconnu, celui de la fauconnerie, alors bah, j'ai participé. 

Une fois ma lecture en cours terminée, je me suis plongée dedans sans relire la quatrième, tout ce dont je me souvenais, c'était qu'il s'agissait d'une autobiographie, que ça allait traiter du deuil, mais aussi d'une relation entre un autour (un rapace) et l'auteure, Helen. 

Au début, je me suis dit que ma lecture risquait d'être chaotique, l'auteure nous parle beaucoup de termes techniques, des termes scientifiques pour nommer les parties du corps de l'autour par exemple. Dans les premières pages, elle compare l'autour à l'épervier, souvent confondu, à tort, bien évidemment. 
Et puis en fait, ça n'a pas été si chaotique, même pas du tout. N'y connaissant absolument rien du tout sur les oiseaux en général, mais plus encore sur l'autour ou même la fauconnerie, j'avais tout à apprendre. Et ça m'a plu, contre toute attente j'ai trouvé passionnant la façon dont elle nous parle de cette espèce, de la fauconnerie en général. J'ai senti dès le début à quel point elle est passionnée par eux, à quel point elle les aime et c'est pour cela je pense, que j'ai autant accroché. On sent l'amour qui la relie à eux, amour qui existe depuis sa toute petite enfance et qui se concrétise finalement après la mort de son père. 

Pourtant malgré cet amour, on sent une réserve face à l'animal qu'est l'autour, représenté comme un rapace sanguinaire, très négatif en somme. 
Malgré ça, elle saute le pas, elle décide de prendre un autour, de tenter de l'apprivoiser, d'en faire son ami et j'ai trouvé ça absolument magnifique. 
Cette démarche d'essayer de littéralement domestiquer ce qui ne l'est pas est passionnante, on sent qu'Helen n'essaie pas d'en faire son animal de compagnie, de le soumettre à elle, au fur et à mesure de son "apprentissage" celle-ci veut faire de son Mabel ce que les hommes ne sont pas, elle veut un être qui ne peut pas être dompté, qui ne peut pas être sien et qui aura toujours sa part de sauvagerie. 

Sauvagerie qui durant tout le roman va se confronter à l'humanité, que ce soit dans l'histoire d'Helen & Mabel ou celle de l'écrivain anglais White et de son autour Gos. 
Ah oui, parce que M pour Mabel n'est pas seulement un livre autobiographique, c'est aussi un livre qui fait un comparatif sur l'écrivain Terrence H. White que je ne connaissais pas du tout - encore une nouveauté pour moi - et qui a écrit un livre qui a énormément bouleversé l'auteure lors de sa jeunesse, L'Autour et qui raconte en gros la relation entre White et Gos. 

Ce parallèle fait que l'on s'attache énormément au deux, que ce soit à Helen avec Mabel ou White avec Gos, d'ailleurs le moment où celui-ci s'en va est vraiment très triste, mais d'un autre côté, avec un peu de recul, je trouve que madame Macdonald a fait une sorte de comparatif entre ce qu'il faut faire lorsqu'on a un autour, ce qu'elle fait et ce qu'il ne faut pas faire, ce que White fait. 
Du coup, j'avoue que ça m'a un peu refroidie même si je pense que dans le fond, la démarche de l'auteure n'est pas du tout celle-ci. 

J'ai aimé apprendre à connaître White, qui il était, ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait. En revanche, je trouvais que ça allait parfois trop loin, que l'auteure essayait limite de nous faire un essai sur White ce qui n'entre pas dans le propos du livre qui est quand même le fait qu'elle devient fauconnier après la mort de son père. Je pense par exemple au moment où elle nous fait une sorte de comparatif entre White & Merlin (parce que oui, White est également auteur d'un roman arthurien L'épée dans la pierre, qui est à l'origine de l'adaptation cinématographique de Merlin L'enchanteur) et ça vraiment, j'ai trouvé ça intéressant, mais complètement hors propos, pour moi, ça n'avait rien à voir avec ma lecture qui était M pour Mabel et non "L'existence complexe de l'écrivain T.H. White dans les années 1930". 

Pour ce qui est des personnages, on ne peut pas dire qu'il y en ait énormément, en fait il n'y a vraiment qu'Helen et Mabel (si on ne compte pas White & Gos). L'auteure nous parle de sa famille, on apprend qu'elle a un frère, qu'elle part fêter Noël aux Etats-Unis avec sa mère, a une amie prénommée Christina et un ami, Stuart qui adore également les oiseaux mais voilà, rien de plus. 
C'est un livre sur un personnage égocentrique, il n'y a qu'elle, elle et Mabel, le reste n'existe pas. Cet enfermement est dû à la mort de son père, à ce besoin de se déconnecter du monde des humains pour rejoindre celui des animaux, il y a une profonde envie de se barricader avec son oiseau et d'oublier le monde, de s'éloigner un maximum des autres et de rester dans sa solitude. 

M pour Mabel d'Helen Macdonald.

Je me suis attachée au personnage d'Helen sans que ce soit non plus un personnage auquel je m'identifie. On ressent de l'empathie pour elle tout d'abord parce qu'elle a perdu son père évidemment, parce qu'elle est une âme en peine et qu'elle vogue au milieu des autres sans vouloir être vue, sans vouloir avoir d'accroche avec le monde extérieur et ça m'a plu. Surtout, c'est à Mabel que je me suis beaucoup attachée. Évidemment c'est le personnage énigmatique du livre, tout est question d'elle, tout tourne autour d'elle, ce qu'il faut qu'elle mange pour pouvoir voler, combien faut-il qu'elle pèse, comment réagit-elle vis-à-vis d'Helen, tout ça est décortiqué dans le livre afin qu'on en sache le plus possible sur elle. Et pourtant, c'est un autour, on ne peut pas savoir quels secrets renferment ses yeux jaunes, on ne peut pas savoir ce qu'elle ressent, c'est tout bête mais c'est le cas. 
Alors on est heureux quand l'auteure nous dit qu'elle s'ébroue parce que c'est un signe de contentement, ou quand elle regarde Helen comme si elle essayait de percer l'origine du monde. Le fait que tout tourne autour d'elle, qu'elle soit le personnage principal de ce livre m'a permis de voir les choses autrement, m'a permis de me rendre compte qu'il n'y a pas que des humains qui peuvent être protagonistes d'une belle histoire. 

Plus que tout, Mabel est paradoxale, elle est cet animal sanguinaire qui brise la colonne vertébrale de ses victimes pour pouvoir les manger - certains passages de chasse sont vraiment horribles - elle est celle qui traque les lapins qui tentent de s'enfuir en vain. Mais à tout cet aspect féroce vient contrebalancer sa relation avec Helen, leurs regards ou même leurs jeux, parce que oui, contre toute attente, on peut jouer avec un autour, on peut lui jeter une boule de papier, il s'amusera avec. 
Un autour n'est pas qu'un être barbare, brutal, c'est aussi un oiseau qui peut devenir ce que vous avez de plus proche, ce que vous aimez le plus, il peut faire partie de votre famille comme le dit Helen à un moment. 

Je viens de me rendre compte que je n'ai pas dit grand chose sur le deuil d'Helen, même si sa place est absolument centrale dans l'histoire, j'ai trouvé qu'elle était reléguée au second plan au profit de l'apprivoisement mutuel entre Helen et Mabel. J'ai trouvé intéressant ces passages complètement absurdes comme celui où il faut aller récupérer la voiture de son père à la fourrière et expliquer que celui-ci est décédé, que c'est pour cette raison qu'elle est restée stationnée. Ou encore le moment douloureux où elle va voir un médecin pour se confier, pour dire enfin qu'elle pense être dépressive et  a besoin d'aide. J'ai beaucoup aimé tous ces moments que j'ai trouvés malgré tout beaucoup moins abordé que sa relation avec Mabel ou encore celle entre White et Gos. 

Je dirais donc que M pour Mabel a été une lecture très enrichissante. J'ai pris du plaisir à découvrir le monde de la fauconnerie et à apprendre des choses sur l'auteur qu'était White - je pense regarder plus en détails ce qu'il a fait - même si j'ai trouvé que c'était parfois au détriment du livre en lui-même et de son propos. 
L'auteure a fait un parallèle vraiment très intéressant entre le livre L'Autour et son propre livre, sa propre vie mais c'était un peu trop, ce qui est dommage. 

Plus qu'un livre sur le deuil, je dirais que c'est un livre sur l'indépendance, sur la recherche d'émancipation d'une femme qui ne supporte plus de vivre aux côtés des hommes et qui préfère se retrancher aux côtés des animaux. Un livre unique du moins pour moi puisque c'était la première fois que je lisais une œuvre mettant en scène une relation entre l'animal qu'est l'autour et une femme. 
En somme, une belle découverte. 


Merci encore à Babelio et aux éditions Fleuve pour cet envoi, ça a été un véritable plaisir. 


"L’autour était un feu qui dévorait ma douleur. Il ne pouvait y avoir en elle ni regrets ni deuils. Ni passé ni avenir. Elle ne vivait que dans l’instant présent et c’était là mon refuge. Sur ses ailes barrés et battantes, je pouvais m’enfuir loin de la mort. Mais j’avais oublié que l’énigme de la mort était inextricablement liée à l’autour, et que, moi aussi, j’y étais reliée."

Helen Macdonald, M pour Mabel.









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