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Le Coin des libraires - #28 Paris est une fête d'Ernest Hemingway

Bon depuis au moins un an que j'ai ce livre, il fallait bien que je prenne le temps de le lire un jour. Dernier livre de mon coffret 40 ans Folio (avec Sa Majesté des mouches de Golding & Gatsby le magnifique de Fitzgerald) je peux désormais le ranger aux côtés de mes livres lus ! 

Paris est une fête, paru à titre posthume en 1964, est celui des trois qui me faisait le moins envie. Pourtant, ce livre est revenu "à la mode" en janvier 2015 avec les attentats de Charlie Hebdo, et je dois dire que je ne comprends pas vraiment pourquoi. Une fois passé tout l'engouement autour de cette œuvre, je me suis dit  qu'après Sa Majesté des mouches il serait bien que je lise celui-ci, histoire d'arriver au bout de ces trois classiques de la littérature. 


"Je ne voulus pas en discuter, mais je pensai que j'avais vécu dans le monde tel qu'il est, où l'on trouve toujours toutes sortes de gens, et que j'avais essayé de les comprendre, même si je n'éprouvais aucune sympathie pour certains d'entre eux, et haïssais même certains autres."
Ernest Hemingway, Paris est une fête.

Résumé édition Folio


"Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur les «Vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année. Le livre, qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. 
Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs. Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961. 
Ainsi, «Le poisson-pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d'une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse. Quant à «Nada y pues nada», autre texte inédit et capital, écrit en trois jours en 1961, il est le reflet de l’état d’esprit de l’écrivain au moment de la rédaction, trois semaines seulement avant une tentative de suicide. Hemingway y déclare qu’il était né pour écrire, qu’il «avait écrit et qu’il écrirait encore»..."


Par où commencer ? Tout d'abord le titre. Il n'a pas été choisi par l'auteur lui-même, il est mort avant d'avoir écrit le dernier chapitre et titré son œuvre, ce titre a été donné par sa quatrième et dernière femme, Mary Hemingway. De prime abord, le titre est plutôt bon et surtout accrocheur, pourtant, je me suis rapidement dit que ce n'était pas forcément le meilleur titre possible pour cette œuvre parce que tous ces évènements dont Hemingway nous parle n'ont pas forcément de rapport à la fête ou même à Paris. 
Je m'explique, Paris est une fête est un livre fragmentaire, un chapitre équivaut à une anecdote en quelque sorte, il nous parle par exemple du café dans lequel il allait toujours pour écrire, des lieux dans lesquels il se rendait, et même de ses vacances à l'étranger (Espagne, Autriche) ou encore dans le sud où il est parti deux jours avec Fitzgerald.
Le titre "vignettes parisiennes" aurait été mille fois plus approprié parce que c'est ce que c'est, des vignettes. 

Le problème de ces vignettes est qu'elles sont un peu dans le désordre, on n'a pas vraiment de chronologie à laquelle se référer si ce n'est que les évènements se passent dans les années 20 - 1921-26, quelque chose comme ça, je crois - et j'ai trouvé ça dommage. J'aime quand les récits ont un fond de vérité et après avoir lu La force de l'âge de Simone de Beauvoir qui se passe environ 10 ans plus tard, je m'attendais à découvrir un Paris de folie puisque ce sont les "années folles", avant la Grande dépression. 

En réalité, ce qui m'a le plus dérangé, c'est la façon dont l'auteur a présenté les choses et ça m'ennuie de le dire mais oui pour le coup, c'est la première fois que je lis du Hemingway et j'ai été déçu. 
Ce qu'il dit est intéressant, certains passages le sont plus que d'autres forcément, mais quand on y réfléchit bien, on ne peut que féliciter l'auteur de retranscrire ses souvenirs si longtemps après les avoir vécus - bon il n'arrive pas encore à la cheville de Nathalie Sarraute non plus
Les évènements, les souvenirs sont plaisants à lire, mais où sont les sentiments ? où est passé la palette qui colore un récit ? 


Paris est une fête d'Ernest Hemingway, édition Folio 40 ans.


Je n'ai vu dans Paris est une fête qu'un texte un peu insipide qui était juste là pour parler des gens qu'il côtoyait, pour raconter sa vie du genre "ouais j'avais souvent faim, on était très pauvres, j'aimais bien boire aussi, le vin ou encore du rhum" mais après ? C'est bien de nous raconter sa vie, aucun souci là-dessus j'adore les récits biographiques/autobiographiques même si l'auteur précise bien à la fin qu'il y a une part de fiction dans ce texte. 
Donc c'est bien de raconter sa vie mais à quoi bon le faire si c'est de manière tout à fait détachée, presque anesthésiée ? On ne ressent rien à la lecture de ce texte simplement parce que l'auteur a oublié d'y mettre le plus important : l'émotion. 

Alors oui, je sais que ce livre est le dernier d'Hemingway, qu'il ne l'a même pas terminé avant de se suicider parce que le cœur n'y était plus (et que la folie avait point le bout de son nez), j'ai conscience que pour l'auteur qui devait être dans une énorme détresse, le travail d'écriture de ce livre n'a pas été comme pour les autres, qu'il devait sans aucun doute être nostalgique par rapport à sa vie passée, à son mariage avec Hadley - qui a été son premier mariage -, à sa vie de bohème à Paris. 

Surtout là où j'ai trouvé ça vraiment dommage, c'est que l'auteur nous dit bien à la fin, dans les "fragments" que cette œuvre est dédiée à Hadley, qu'elle en est l'héroïne. Bah j'avoue, j'aimerais bien qu'il m'explique en quoi parce qu'excepté le chapitre où ils parlent de se laisser pousser les cheveux à la même longueur, son personnage est plutôt effacé et franchement futile. 
Déjà, j'ai eu trop de mal à comprendre que c'est elle qui appelait Hemingway "Tatie", je ne comprends toujours pas pourquoi ce nom-là d'ailleurs et en plus elle a quand même un rôle plus que secondaire dans le récit (tout comme son fils surnommé Bumby), excepté à quelques chapitres que j'ai une fois encore trouvés relativement plaisant, mais qui ne renseignait pas assez pour que j'en aie vraiment quelque chose à faire. 
Et puis ce n'est pas vraiment clair, il nous parle de Hadley, puis il nous parle d'autres femmes au point où on se demande s'il était encore marié à cette époque. Et on arrive à la fin du livre et on apprend qu'il a trompé Hadley avec une autre femme, Pauline, mais qu'il souhaite néanmoins tout le bonheur du monde à Hadley, ce qui est un peu ironique mine de rien. 


En revanche ce que j'ai particulièrement aimé, c'est son rapport à l'écriture. On sent qu'Hemingway aime ce qu'il fait, qu'il veut être écrivain et il est prêt à tout pour l'être et, il l'est. Cet aspect est vraiment fascinant, son besoin d'aller écrire dans un café, d'être absorbé par sa besogne au point qu'il ne voit pas la jolie jeune fille qui était entrée dans le café en sortir, mais aussi d'être régulier dans son travail, il écrit tous les jours et passe des heures à écrire des nouvelles avant de se lancer dans l'écriture d'un roman. 

Je disais plus haut que l'émotion ne fait pas partie de l'œuvre, qu'Hemingway décortique les évènements et devient simple narrateur de sa propre vie. Excepté quand il parle de Fitzgerald. Je ne sais pour quelle raison, mais j'ai eu le sentiment que son enthousiasme à l'égard de cet autre écrivain prenait le pas sur tout le reste si bien que j'aie pris énormément de plaisir à lire les chapitres qui lui étaient dédiés. Pourtant ils ont beau être tous les deux américains, on a jamais de comparaison entre la vie américaine et la vie française, absolument rien, si ce n'est qu'apparemment on ne met jamais d'huile dans une voiture américaine et qu'on le fait dans une voiture française.


Première œuvre que je lis de ce très grand écrivain - que je mets à la même échelle que Fitzgerald - et pourtant, premier roman qui me laisse sur ma faim. Loin d'être mauvais, Paris est une fête se lit bien, le style est intéressant, sans fouillis ni ajouts inutiles, mais il manque désespérément ce pour quoi je m'attache à une œuvre, il manque les sentiments que ce soit des sentiments positifs ou négatifs, pour moi, ils n'y sont pas, l'auteur est bien trop détaché par rapport à son passé ce qui ne m'a pas permis d'apprécier cette œuvre à sa juste valeur. 

Je ne t'en veux pas Hemingway ! cette fois-ci n'était pas forcément la bonne, mais je te lirai encore, par curiosité et aussi parce qu'un livre ne suffit pas pour se faire un avis sur un auteur aussi connu que toi. 


"Les endroits où nous sommes alors allés, ce que nous avons fait, l’incroyable sentiment d’un bonheur fou, l’égoïsme et la traitrise qui habitaient chacun de nos actes me remplirent d’une telle joie, une joie terrible et impossible à réprimer, que le noir remords ne tarda pas à me rattraper, et la haine du péché, mais pas la contrition, uniquement un terrible remords."

Ernest Hemingway, Paris est une fête.








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