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L'Avenue du Cinéma - #21 Elle de Paul Verhoeven

Le 26 mai dernier, j'ai eu la chance d'assister à une projection du dernier film de Paul Verhoeven qui s'est suivie d'une rencontre - vous pouvez la retrouver en intégralité sur le site du Café des Images, le lien à la fin de l'article -. Réalisateur de Robocop (1987), Total Recall (1990) ou encore de Basic Instinct (1992), le cinéaste néerlandais n'est décidément plus à présenter. 

Film faisant partie de la sélection officielle du festival de Cannes 2016, retour du réalisateur après une absence de dix ans derrière la caméra, il y avait de quoi avoir envie ! Surtout quand l'on sait que Elle, n'est ni plus ni moins l'adaptation du roman Oh... (2012) de Philippe Djian que j'ai lu en décembre dernier. 

L'histoire est donc largement reprise du livre, c'est celle de Michelle (interprétée par Isabelle Huppert). une bourgeoise à l'aube de la cinquantaine qui un jour, se fait violer chez elle. Excepté quelques modifications comme le fait que Michelle est à la tête d'une société de jeu vidéo, - dans le livre, il s'agit de scénaristes - globalement, on retrouve l'emprunte Djian. 

Le film commence bien, très bien même, c'est l'image d'un chat gris qui assiste à ce que le spectateur entend, mais ne voit pas, un viol, celui de Michelle.
Comment va-t-elle vivre avec le fait d'avoir été violé ? comment va-t-elle aborder la chose ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'aime pas se la jouer victime. Michelle n'est pas une victime, elle est plus une survivante, mais une survivante qui paraît fausse comme dans la scène du restaurant où elle confesse à ses amis le viol qu'elle a subi. 
De manière désinvolte, elle le balance comme ça genre "ah oui, je ne vous ai pas dit, c'est vrai !", il ne manquait plus qu'elle demande le sel et c'était le pompon ! Je crois qu'à force de vouloir toujours paraître détachée et inatteignable, Isabelle Huppert est tombée dans l'indifférence au point que ça ne semble tout simplement pas vrai.

Et puis, Michelle continue à vivre tranquillement et ça en est parfois même un peu gênant - je pense notamment à la scène où après avoir subi le viol, elle va tranquillement prendre un bon bain moussant - et l'on se demande une fois encore comment c'est possible, comment est-ce qu'on peut préférer un bain à une douche dont le but est de se laver, de ne plus se sentir souillé ? 


Autour d'elle, on trouve tout un monde, d'abord sa mère - qui semble avoir la mentalité d'une enfant de douze ans et s'entiche d'un homme d'une trentaine d'années, son père qui est en prison pour avoir tué des dizaines d'enfants (d'ailleurs, l'histoire n'est pas la même, dans le film, il est dit qu'il a tué tous les enfants de son quartier, et dans le livre, il me semble qu'il est question d'un massacre à Disneyland). Aussi, l'ex-mari de Michelle ainsi que sa nouvelle copine, mais également son fils Vincent - qui définitivement n'est pas bien futé ou encore sa meilleure amie qui n'a pas l'air de compter plus que ça quand on sait que Michelle se fait son mari depuis plusieurs mois simplement "comme ça". 

Bien évidemment, le personnage du violeur est un personnage récurant qui ne va pas se ramener juste une fois et repartir, non, on va le côtoyer comme Michelle. D'abord sans savoir que c'est lui, en ayant simplement des doutes, puis en le perçant au grand jour. 
Je connaissais déjà l'histoire du livre, je savais déjà à l'avance qui était le violeur, ce qui n'a en rien gâché mon plaisir. En revanche, ce qui l'a gâché, c'est l'interprétation de Laurent Lafitte qui m'a tout sauf convaincu, je l'ai trouvé mauvais et douteux. C'est clair que ça ne doit pas être simple d'incarner ce type de personnage, de dérangé (non parce qu'il faut quand même y aller pour être le genre de mec qui entre chez toi par effraction pour éjaculer sur ton lit, après je dis rien...). 
Le truc, c'est que je n'y ai pas cru une seule seconde quoi, que ce soit dans le rôle du violeur ou dans celui du voisin attentionné, ça coince. Le seul moment où je l'ai trouvé à peu près acceptable a été la scène où Michelle lui parle de son passé autour d'un verre de cognac - scène qui est sans doute l'une des meilleures du film - au-delà de ça, j'ai été déçu. 

De son côté, Isabelle Huppert joue parfaitement bien le rôle de la bourgeoise antipathique, à croire que le rôle était réellement fait pour elle. Je n'aime pas plus que ça cette actrice - ouh, je risque de me faire des ennemis - et j'avais peur que ça nuise à mon appréciation du film alors qu'en fait ça a été le contraire, elle a merveilleusement bien joué son rôle d'héroïne que l'on n'apprécie pas plus que ça et qui a une moralité douteuse, donc rien à redire à ce niveau-là. Après comme je le disais plus haut, à trop vouloir forcer dans le "je-m'en-foutisme", ça en devient trop, comme la scène où elle demande sans pression à son employé de baisser son pantalon et que lui le fait, normal. Mais globalement, son interprétation est bonne et certaines scènes sont vraiment très bien jouées, je pense notamment aux scènes du viol qui est montré sous plusieurs aspects, ou encore le moment où pendant le diner, elle explose de rire quand sa mère annonce ses fiançailles avec un homme de trente (quarante ?) ans de moins qu'elle. 

  • Du roman à l'écran  


Je pense que je n'ai pas pleinement aimé le film parce que je n'avais pas complètement adhéré au livre de Philippe Djian. Ma lecture n'a pas été ennuyeuse, mais elle n'a pas été mémorable non plus. J'ai aimé lire le livre pour le fait qu'il n'y ait pas de moral (comme dans le film d'ailleurs), qu'il n'est pas question de porter un jugement sur les femmes violées ou encore que toutes les femmes fantasment le viol - ouais non, définitivement celui qui pense ça est un bel abruti. J'ai aimé le côté osé, le fait qu'un homme ose parler à la place d'une femme sur un sujet aussi grave et important, oui cet aspect-là m'a beaucoup plu. Mais déjà l'histoire me paraissait bancale, ce délire de fantasmer sur son violeur/voisin qui a un grain, ça ne m'avait pas transporté plus que ça, pas plus que le fait de coucher avec le mari de sa meilleure amie je dois dire. 

Je ne me suis pas attaché au personnage de Michelle simplement parce qu'on ne se ressemble pas, parce que je n'aimais pas sa personnalité, mais j'aimais sa vie, son mariage raté, son fils prêt à tout pour rester avec une femme enceinte d'un enfant qui n'est même pas de lui - d'ailleurs le moment de l'accouchement dans le film est vraiment très marrant, en y pensant, j'en ris encore -. Aussi et surtout l'histoire avec son père, qui me semble être le plus intéressant. 
J'ai ressenti une forme de faiblesse dans le personnage littéraire que je n'ai pas retrouvé à l'écran et j'ai trouvé ça dommage. Dans sa solitude, Michelle reste un personnage humain, fragile qui ressent véritablement des sentiments tandis que dans les films elle est plus comme son personnage de jeu vidéo, une sorte de robot insensible, un être inexistant. 


Autre point qui m'a dérangé, le fait qu'il y est un problème de légitimité vis-à-vis de l'existence des femmes. Toutes les relations sont, de près ou de loin, liées à des hommes : sa mère qui n'arrête pas de remettre sur le tapis le père, sa belle-fille par rapport à son fils, la nouvelle compagne de son ex-mari. C'est la même chose pour la meilleure amie, son mari aussi est mêlé à l'histoire. Mais ce problème trouve sa résolution à la fin du film, au moment où Michelle et Anna décident d'emménager ensemble, on peut sans doute y voir un espoir d'existence féminine sans la dépendance vis-à-vis des hommes - c'est du moins de cette façon que je l'ai vu. 


Après avoir écrit tout ça, j'ai l'impression de ne trouver que des points négatifs à ce film, ce qui n'est pas le cas, j'ai passé un très bon moment malgré quelques défauts apparents. Je savais que le livre m'avait laissé sur ma faim alors je m'étais préparé au fait que ça pourrait être de même pour le film. Mais, quand on met de côté l'histoire en elle-même qui est la reprise du livre, le film en lui-même est vraiment intéressant et il défend des points qui me semblent être pertinents aussi. 


"Comment peut-il rouvrir des plaies à peine fermées ? Qu’il soit maudit, vraiment. Quelle foudre les frappe tous ces gens persuadés de la valeur de leur travail alors qu’on les croyait sains d’esprit, capables de sentir ce qui n’était pas bon avant même d’aller jusqu’au bout de la première phrase ? Quelle boue épaisse leur ferme les yeux ? Quel aveuglement paralyse leur cerveau ? Quel dysfonctionnement se produit dans leur cervelle ?"
Philippe Djian, Oh...


Pour lire l'interview réalisée lors de la rencontre : Retour à l'humanité - Café des Images


Pour se procurer le livre :


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