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Le Coin des Libraires #17 Au nom de tous les miens de Martin Gray

Ici, je ne fais pas dans l'original, Au nom de tous les miens est un livre mondialement connu qui est passé dans beaucoup de mains avant d'arriver dans les miennes, je ne le sais que trop bien. 
Pourtant, ce roman m'a complètement bouleversée, je savais que je le serai, bien évidemment, mais il a dépassé toutes mes espérances. 

Tout d'abord, Au nom de tous les miens raconte l'histoire d'un homme Martin Gray, ce polonais juif qui a tout fait pour simplement "vivre" durant la guerre. Le roman commence dans le présent, nous lisons les pensées de Martin, homme vieillissant rescapé de la Seconde Guerre mondial qui vit désormais à Paris. Le début m'a un peu fait penser au début du roman Moi, Christiane F, la vie malgré tout de Christiane Felscherinow, ce sentiment de répugnance face aux journalistes, ceux qui voulaient qu'ils racontent leur histoire - même si bien évidemment elles n'ont toutes deux pas la même ampleur. 

"Mais on ne pouvait pas penser longtemps à la chance qu'on sait ??    eue, on ne pouvait pas se féliciter des ruses qu'on avait inventées. La vie était devenue une course d'obstacle : on sautait le premier, un autre était déjà là, plus haut, et un autre derrière plus difficile encore et plus rapproché. On n'avait plus le temps de reprendre souffle."
Martin Grey, Au nom de tous les miens (rédigé par Max Gallo)

Et puis, tout commence, comme le dit Martin Gray, il est né en septembre 1939 au moment où la Pologne et Varsovie - la ville de l'auteur - se fait annexer par les Allemands. C'est ici que débute l'histoire, cette histoire d'horreur dont on entend presque nous-mêmes les cris, ces cris déchirants de millions d'êtres tués simplement parce qu'ils sont des hommes. 

Ce récit est peint d'une vérité si poignante et déchirante qu'il en devient difficile d'y croire. Je me retrouvais à chaque fin de chapitre en me demandant quelles horreurs allaient se produire dans le prochain.  J'ai aimé suivre Martin dans toutes ces péripéties, du moment où ils commencent à être contrebandier pour nourrir sa famille au moment où il est forcé d'être emmené au camp de Treblinka pour ne pas laisser sa famille seule. Il est toujours question de sa famille, "des miens" comme il aime les appeler.
J'avoue, pour le coup c'est la seule chose qui m'ait vraiment dérangée, qu'on retrouve toutes les deux pages un rappel du titre dans une fin de phrase, c'était, d'après moi des répétitions qui n'étaient pas forcément utiles. 

Au nom de tous les miens de Martin Gray aux éditions Pocket.

La force de ce récit, c'est sa sincérité, sa vérité qui nous apparait comme immonde mais qui est bel et bien la vérité. Certains passages m'ont juste donné envie de vomir, je pense notamment à celui où Martin tuait des enfants qui n'étaient pas morts dans les chambres à gaz, il les tuait pour abréger leurs souffrances c'est un fait, mais, je ne sais pas, c'est quelque chose de dérangeant, d'horrible tout simplement. Dans ce roman, je me suis rendue compte qu'être face à la réalité pouvait être quelque chose d'atroce. Et pourtant, au-delà de tout cela, j'ai adoré, c'est un témoignage historique si fort, d'une valeur inestimable. J'ai toujours aimé les biographies et pourtant, ici ce n'est pas cela, il s'agit simplement du récit d'une vie, d'une vie que personne n'aurait voulu et que Martin s'est évertué à préserver, encore, toujours, pour lui, mais surtout pour les siens. Pour expliquer, raconter, venger. 

Nous étions promis à la mort, tel était le destin qu'ils avaient tracé pour nous, j'en étais sûr maintenant. Ils me prenaient Zofia, cet esprit libre dans mon enfer ; ils m'arrachaient ces rires, cette douceur, tout ce qu'elle m'avait découvert : une vraie vie où les hommes ne seraient plus des loups. Je suis restée jusqu'au matin, tendu, incapable même de me souvenir des heures que nous avions passés ensemble.
Martin Grey, Au nom de tous les miens (rédigé par Max Gallo)

Quand l'on pense que c'est enfin terminé, que désormais lui aussi a accès à ce petit lot de bonheur, à New-York auprès de sa grand-mère maternelle et puis après, en France avec sa femme Dina et leurs quatre enfants. Oui, mais pourtant non, l'horreur revient une nouvelle fois, elle apparaît de nouveau face à cet homme qui n'a déjà que trop souffert. 
Et le voici de nouveau seul, nue, face à nous lecteurs, nous retrouvons un Martin qui se dévoile une dernière fois, qui se confie, qui pleure sur ses pertes, ses nouveaux morts. Il est là, devant nous tentant de refermer ses plaies, de vivre, même après cela, il faut toujours vivre. 



Je me suis documentée au-delà du roman, et j'ai appris que certains passages du roman étaient romancés et non réels. Il s'agirait des chapitres qui concernent le camp de Treblinka en particulier. Malgré ma déception, je pense que Martin Gray a été le plus fidèle possible face à de vieux souvenirs douloureux, ce qui me suffit largement. 

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