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samedi 21 mars 2015

Le Coin des Libraires - # 14 Seuls de Laurent Mauvignier

Un roman prêté par ce qui fut un ami, commencé un peu au hasard. Ce livre, je n'en ai lu aucun autre comme celui-ci. Seuls, c'est un genre à part entière, une longue mise à nu de la part des protagonistes. Une oeuvre qui se lit d'une traite presque, sans aucun dialogue à proprement parler, tout est dans la description, l'explication de vies qui s'entremêlent et se lient, presque malgré elles.

Alors il s'empêchait de repenser à ça, puisqu'il ne savait pas ce qui était le plus douloureux de la jalousie qu'on éprouve ou de celle qu'on cache, de ce qu'on ressent ou de ce qu'on maquille. C'est fini, fini. Il se rassurait comme ça, se disant que tout était derrière lui, qu'il n'avait pas assez de larmes pour revivre tout ce qui en avait réclamé tant.

Laurent Mauvignier, Seuls.

Tout commence quand Pauline revient dans la vie de Tony, pour lui, la peur des retrouvailles est énorme face à son amie d'enfance qui est désormais une femme et que Tony n'a cessé d'aimer depuis leur rencontre. Petit à petit, l'auteur nous enfonce dans un silence sans nom, grâce au fait qu'il n'y ait pas de dialogues, silence qui représente la solitude de Tony, personnage au coeur de l'oeuvre. Ils se retrouvent, comme avant, comme des frères et soeurs. Malgré tout, l'exil de Tony est toujours présente, elle reviendra dans une deuxième partie qui s'ouvre au moment où Pauline déménage pour retrouver Guillaume. 


Contre toute attente, Tony est brisé, il disparaît après une visite rendue à son père où il lui apprend tout, son histoire avec Pauline, ses sentiments pour celle-ci. Le père, narrateur, décide de trouver Pauline, afin de comprendre pourquoi son fils est parti. Tout s'enchaîne, irrémédiablement, jusqu'au coup final, qui clôt cette tragédie. C'est un peu comme ces tragédies grecques, on connaît l'issue, on est impuissant face aux évènements qui se déroulent sous nos yeux. On suit péniblement ce désespoir qui ne cesse de s'accroître au fil des pages, l'appartement de Tony qui, au début est une sorte de sanctuaire à l'effigie de Pauline, de l'amour même. De ce besoin d'être aimé mais également de ne pas vouloir l'être, cette répulsion que ressentent les êtres, parfois, face à l'autre. Ce même appartement qui quelques pages plus loin n'est plus que l'ombre de son résident. Un lieu sombre, caché de toute lumière, qui pue le tabac froid et le renfermé ainsi qu'un clic-clac désormais toujours déplié.





"Elle a parlé de la solitude, de sa solitude en lui me disant, nous savons tous ce que c'est, la solitude. Et moi j'aurais voulu la gifler, là, quand j'ai entendu cette fille au visage trop doux, en pensant à Tony, ses mots qui résonnaient dans ma tête, comment peut-elle croire qu'elle sait, sans doute elle a lu dans les livres et même parfois elle a eu peur aussi d'être seule, un peu, de temps en temps et même si c'était injuste, parce que ça l'était, j'aurais voulu me lever et la gifler et lui dire non, vous ne savez pas ou alors ce que vous savez de ce qu'on éprouve, ça vous empêche d'y tomber."
Laurent Mauvigner, Seuls.


Ce qui est au coeur de ce roman, c'est la fragilité des êtres, le désir qui mène à la folie. J'ai cependant eu un peu de mal parfois, à suivre les changements de narrateur, je me retrouvais deux pages plus loin à me dire "Ah oui, c'est ce personnage-là, ah bon d'accord",  j'avoue que j'aurais aimé plus d'indications pour que ma lecture soit un peu plus fluide. Il faut être concentré pour le lire, car, bien qu'il soit petit, l'auteur fait énormément de phrases très - très - longues, par moments, je devais m'y reprendre à deux fois pour certains passages.

Excepté ce petit défaut, j'ai été entraînée par ce roman, célébration de la solitude, de la peur et de l'errance. Ce livre, c'est la passion qui se mêle à la répulsion de l'autre, de soi. Il nous parle, nous raconte une seule et même histoire contée par plusieurs narrateurs. Parfois on perd le fil, mais c'est pour mieux retrouver ces phrases magnifiques, lyriques et si puissantes, qu'on ne peut passer à côté de cette histoire.

"Alors, c'était avant ce jour où il a franchi la porte, où il est venu parler et où à la fin il s'est effondré pour dire que la vérité c'était le réel sans lui, qu'il n'était que des yeux et son corps une éponge faite pour absorber les surplus qu'il voyait dans la vie, son corps, lourd de ce silence où les autres l'abandonnaient, croyait-il, ignorants qu'ils étaient de ce qu'ils lui laissaient à charge."
Laurent Mauvignier, Seuls.


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lundi 9 mars 2015

L'avenue du Cinéma - # 13 Cinquante Nuances de Grey de Sam Taylor-Wood

Après avoir lu la saga Cinquante Nuances de E.L. James durant ma terminale, j'attendais impatiemment de voir ce que pourrait donner l'adaptation. La question ne se posait pas, je voulais voir ce que le cinéma pouvait faire de cette histoire complexe que représente l'intrigue des livres. 
Autant le préciser maintenant, je suis contre tous les détracteurs qui se permettent de juger une oeuvre sans l'avoir lu/vu/écouté, pour moi, ces personnes ne possèdent aucune forme d'unicité quelle quel soit et suivent le mouvement des masses qui dit maintenant "Ouais Cinquante Nuances de Grey, pfff, c'est vraiment trop nul", parlons en quand on voit que la moitié de ces personnes étaient fascinées par cette histoire à sa sortie et l'autre moitié n'en a jamais entendu parler excepté dans un ou deux articles ici et là. 
Alors oui, félicitations à toutes ces personnes qui ne sont pas capables de se façonner leur propre avis, à ceux qui veulent entrer dans une tendance quitte à ne pas être fidèle à eux-mêmes.

Pour rapidement parler des romans, j'ai vraiment adoré le premier tome, que j'ai lu à une vitesse déconcertante - bon, pour tout avouer je les ai dévoré tous les trois. Avec du recul, je me rends compte que ma lecture n'était peut-être pas si bonne que ça, d'ailleurs, je me revois me dire à la fin que je m'attendais à mieux. L'histoire est intéressante, la trame pas hyper compliquée, je ne sais pas, c'est le genre de bouquin qu'on emmène l'été pour lire au soleil, sans se prendre la tête. Car oui, la saga Cinquante Nuances n'est pas de la grande littérature, les tournures de phrases sont parfois - souvent ? - maladroites, cependant, c'est le genre d'histoire où il suffit de se laisser porter par le vent, par les pages qui défilent sous nos yeux. D'ailleurs, ce sentiment fût le même lorsque les lumières de la salle de cinéma s'éteignirent, que les premières notes de la reprise I Put A Spell On You, interprétée par la chanteuse Annie Lennox se firent entendre. 

Le film, c'est un exact copier-coller du roman. On suit tout d'abord Anastasia Steele, étudiante en lettres anglaises à l'université. Je vous passe tous les détails de l'intrigue, qui doit être connue par certains d'entre vous. Comme je m'y attendais, je n'ai pas été transportée par l'histoire, je la connaissais déjà, donc aucun suspense à ce niveau-là. J'ai été le voir une semaine après sa sortie, autant dire que j'ai pu lire toutes les critiques autour du film, qui parfois au lieu d'être constructive ne sont qu'un ramassis de bêtises afin de se mesurer les uns, les autres. J'ai voulu me faire mon propre avis, ne pas avoir d'attente. Oui, j'allais peut-être m'ennuyer pendant deux heures dans une salle obscure avec pour seule occupation un film foireux, et alors ? Ce ne fût pas le cas, je mesurerais ce film à une comédie légère, à l'image de son support original. Il n'y a rien de compliquer, rien de bien méchant ou qui nous permette de nous questionner sur un sujet précis. Non, ce film se regarde comme un romance, romance américaine bien évidemment. 

Affiche Cinquante Nuances de Grey.

Pour ce qui est des acteurs, j'avais suivi de près le casting, histoire de ne pas me retrouver complètement désemparée devant les incarnations des personnages principaux tels qu'Ana ou encore Christian. On dira ce qu'on en veut, l'interprétation de Jamie Dornan n'est pas si mauvaise, il faut dire que ça ne doit pas être facile d'être l'égérie de Christian Grey, décrit avec une fascination presque déconcertante dans les romans. Personnellement, je trouve que son jeu est crédible, à l'image du personnage tourmenté et pervers qu'est Christian. Certaines scènes sont beaucoup plus réussies que d'autres, je dirais que Jamie Dornan n'est pas un acteur exceptionnel quand il s'agit de jouer l'image d'un homme à la limite du sadisme. 
Vient ensuite le personnage d'Anastasia Steele, incarné par Dakota Johnson qui m'a laissé un peu dubitative. Durant certaines scènes, elle me paraissait crédible, vraie et à d'autres... pas du tout. Son rôle n'est pas aussi simple qu'on peut le penser, - non elle ne joue pas juste une femme naïve - elle doit transmettre toutes ses émotions à l'écran, émotions qui sont décrites dans le roman. Ce qui aurait pu devenir une performance extraordinaire devient moyenne, notamment à cause de toutes ces scènes où ses expressions de visage paraissent forcées, déformées, on dirait qu'elle est désemparée, qu'elle n'arrivait pas à bien retranscrire ses émotions. Ce qui pourrait être pris comme une forme de renfermement devient parfois trop lourds à l'écran. À l'instar de ça, je l'ai trouvé bonne dans les scènes d'humour, surtout celle dans le bar, où, bourrée, elle appelle Christian, cette scène est une des rares qui m'aient vraiment faite rire. 

Pour ce qui est des autres personnages, il faudrait m'expliquer l'utilité de certaines scènes, non parce qu'on voit de nouveaux personnages par-ci par-là, personnages qu'on ne revoit plus, comme Mia Grey qui apparaît deux secondes à l'écran sous les traits de la chanteuse Rita Ora - oui oui, elle joue bien dedans ! -. Il en est de même pour les parents des protagonistes, on voit en coup de vent la mère de Christian, Grace congédiée aussi rapidement qu'elle est arrivée. Celle qui m'a le plus dérangé dans ces personnages secondaires, est Kate Kavanagh (incarnée par Eloise Mumford), déjà que je n'aimais pas particulièrement son personnage dans les livres, mais alors là, je pense qu'il est difficile de faire plus insipide, à quoi sert son personnage déjà ? Je ne saurais le dire à tel point elle est transparente, mais bon, après tout, il fallait bien caser le petit frère de Christian, Elliot (Luke Grimes).

Ensuite, j'ai eu un gros problème avec les scènes de sexes, si on peut appeler ça de cette façon. Pour moi, il n'y avait aucune électricité, tension entre les deux personnages, excepté à certains moments où l'étincelle commençait à s'enflammer, court instant parmi des scènes Dieu merci assez courtes. L'équipe technique ne pouvait y couper s'ils voulaient être fidèles aux romans. Ces scènes sont distillées ici et là en un total d'une vingtaine de minutes, temps assez court sachant que le film dure un tout petit peu plus de deux heures. À l'écran, elles me sont apparues grossières, brouillons où le seul intérêt était visiblement la poitrine de Dakota Johnson qui est sans doute dévoilée sous tous les angles.

Bien que le sexe fasse partie intégrante de l'oeuvre, l'intrigue ne se résume pas à cela, c'est tout d'abord la rencontre entre deux personnages que tout oppose, c'est une initiation à l'amour physique mais également psychologique, et dans les deux sens. Malheureusement, l'adaptation apparaît un peu naïve, peut-être même trop belle vue comme tout souris à la jeune Ana ce qui, d'après moi n'aurait peut-être pas dû être repris à la lettre du point de vue de l'adaptation. Le problème de seulement le déconseiller au moins - de 12 ans donne un rendu trop palot, trop simple pour des lecteurs de E.L. James qui décrit parfois les choses de façon assez crue.

En définitive, l'adaptation Cinquante Nuances de Grey n'est pas pire, elle n'est pas le gros bide que beaucoup avaient prévu et certains enterrés, il est un film grand public qu'il faut prendre comme telle. Une comédie romantique du XXIè siècle qui mêle amour et technologie à la façon d'aujourd'hui. Pourquoi ne pas simplement s'arrêter à cette image du film ? Il ne s'agit pas forcément d'un block-buster, un film hollywoodien ne peut-il pas simplement être une histoire entre deux êtres opposés, histoire parfois trop rapide, trop belle mais qu'on peut apprécier pour son côté simple.
Bien évidemment je ne le regarderai pas 100 fois, surtout si c'est pour entendre Love me like you do qui me perces littéralement les tympans, ah non mais vraiment, je ne sais pas qui a écrit cette chanson mais gardez là ! Dernier point négatif donc, la bande originale qui m'a laissé sur ma faim avec seulement la reprise de I put a spell on you qui vaux le détour et bien évidemment la nocturne de Chopin (Barenboim n°20 il me semble) joué par Jamie Dornan à l'image de Christian dans le roman.

"J'ai enfin ouvert les yeux et saisi l'ampleur de sa dépravation. Maintenant, je sais qu'il est incapable de donner et de recevoir de l'amour. Mes pires craintes se sont réalisées. Et curieusement, je me sens libérée."
E.L. James, Cinquante Nuances de Grey.




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